1. Les bacheliers précoces font-ils des carrières exceptionnelles ?
Enquête

Les bacheliers précoces font-ils des carrières exceptionnelles ?

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Maximilien Janisch a intégré l'université à 10 ans // © Editions Favre
Maximilien Janisch a intégré l'université à 10 ans // © Editions Favre

Ils ont décroché leur bac à 13, 14 ou 15 ans, à l’heure où la plupart découvrent les épreuves du brevet. Alors que leur précocité pouvait laisser présager un parcours exceptionnel, ils ont préféré, pour la majorité, l’ombre à la lumière, souvent par manque d’assurance ou de difficultés relationnelles.

Ils sont quelques-uns, chaque année à se présenter à 13 ou 14 ans à la porte de l’enseignement supérieur, un bac décroché haut la main en poche. Ces jeunes bacheliers qui n’ont fait qu’une bouchée de leur scolarité fascinent. Au moment des résultats du bac, les médias se les arrachent, avant de les renvoyer dans l’ombre d’un parcours universitaire et professionnel certes brillant mais rarement exceptionnel.


De bons experts

« Les enfants qui passent leur bac très jeunes, 15 ans ou moins, deviennent le plus souvent de bons experts », affirme Ladislas Kiss, psychiatre spécialiste des enfants précoces. Ils font de bons médecins, architectes ou avocats… Arthur Ramiandrisoa en est une  illustration. Après avoir passé son bac à 11 ans et 11 mois en 1989 (un record jamais battu), obtenu une maîtrise (bac +4) de mathématiques à 19 ans, suivi d’une thèse à 23 ans, il est aujourd’hui urbaniste. "Les enfants intellectuellement précoces aiment être rassurés par leur expertise. Le fait de s’aventurer sur des terrains nouveaux les inquiète. Ils passent, en effet,  beaucoup de temps à gérer leurs angoisses, les conflits interpersonnels, le jugement des autres, ce qui les pousse à se cantonner à des exercices professionnels relativement balisés", analyse le psychiatre.

Peu de goût pour la lumière

Si ces jeunes prodiges se distinguent rarement dans leur vie professionnelle, c’est d’abord par manque d’appétence pour la lumière." Les enfants précoces sont très souvent mis en avant au cours de leur enfance et adolescence. Adultes, ils veulent se fondre dans la masse, que l’on ne les remarque pas », souligne Sophie Cote, fondatrice de l'AFEP (association française des enfants précoces), et ce d’autant plus qu’au cours de leur scolarité, ils ont pu se sentir diminués. James, étudiant en école d'informatique et bachelier à 15 ans, reconnait qu’au lycée il n’avait pas d’amis. « Ce n'est que pendant mes études que je me suis fait des copains », témoigne le jeune homme. « Les adultes qui ont été des enfants très précoces sont parfois trop sensibles pour avoir envie de se confronter aux autres", explique Sophie Cote.


 Et Jean-Charles Terrassier, psychologue spécialiste des surdoués et membre d'honneur de l'ANPEIP (Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces) d’ajouter : "Dans la vie professionnelle, ce qui compte, c’est moins le quotient intellectuel que la personnalité."

Peu présents en politique

C’est sans doute pour cela que l’on  trouve peu de bacheliers précoces parmi les hommes politiques, les chefs de grandes entreprises ou les artistes célèbres. Certes Pierre Mendès-France (1907-1982) a eu son bac à 15 ans. Mais à part Valéry Giscard d’Estaing qui a décroché son bac au même âge, aucun des derniers présidents de la République n'a obtenu son diplôme précocement. Jean-Charles Terrassier, psychologue niçois spécialiste des surdoués, confirme : "La politique ne leur convient pas, ce sont des métiers où il faut séduire, mentir, et renoncer finalement à être soi-même. Surtout, il leur manque un sens relationnel indispensable pour faire carrière.»


Des adultes épanouis

Mais de là à en conclure que tous les jeunes précoces ont nécessairement des problèmes relationnels, il y a un pas qu’il serait imprudent de franchir trop vite.
Parmi eux, certains, sont même des étudiants épanouis. À l’instar de Cécile, bachelière à 14 ans, qui, étudiante, s'est particulièrement investie dans son école vétérinaire : elle a été élue vice-présidente du BDE (bureau des élèves). "J’ai eu la chance que ma mère m’ait encouragée à continuer mes activités extrascolaires, ce qui m’a permis de rester très équilibrée." 

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