1. L’éternelle crise du logement étudiant

L’éternelle crise du logement étudiant

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Un marché de l’immobilier prohibitif, des aides insuffisantes ou mal adaptées, des retards dans les constructions et réhabilitations de logements CROUS… Le point sur la crise du logement à l’heure où quelques avancées sont proposées avec une rallonge de 11 millions d’euros pour le logement étudiant.

Le 29 novembre 2007, le président de la République a annoncé que l’évolution des loyers sera désormais indexée sur l'indice des prix à la consommation et non plus sur celui de la construction. Et le dépôt de garantie exigible par les propriétaires est ramené à un mois au lieu de deux… Ces deux réformes ont été accueillies avec satisfaction pour tous ceux qui dénoncent la crise du logement en France. "Les galériens du logement remportent une de leurs premières victoires et sabrent le mousseux, sans triomphalisme", estime Fanny Castel, l’une des animatrice du collectif Jeudi noir. Depuis la rentrée de septembre, de tout ce qui compte d’associations sur le mal logement, DAL (Droit au logement) et Enfants de Don Quichotte en tête, rejoints par l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) et Génération précaire, s’agite pour faire le forcing sur les pouvoirs publics. Comme à chaque rentrée depuis une bonne dizaine d’années, la crise du logement en général, du logement étudiant en particulier fait l’actualité. Avec le sentiment que des promesses non pas été tenues.

Victimes du marché immobilier

Les quelque 1,2 million d’étudiants sur 2,2 millions qui ne vivent pas chez leurs parents sont d’abord les victimes, parmi d’autres, d’un marché immobilier locatif dont les prix ont explosé : + 25 % en cinq ans. Selon la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier), il faut débourser, en moyenne, 300, 360 ou 370 € par mois selon que vous souhaitez habiter dans un studio à Angers (49), Rennes (35) ou Toulouse (31). Sans surprise, l’Île-de-France aligne les records. Comptez environ 480 € par mois pour une chambre à Orsay (91) ou à Créteil (94), et 530 € en moyenne à Paris, avec des pointes à 700 € dans le fameux Quartier latin, qualifié par les guides touristiques de "quartier étudiant" !
Sur un marché exorbitant, où les propriétaires exigent toujours plus de garanties, le statut d’étudiant, sans revenus stables, fait plutôt pâle figure parmi la masse des candidats à un logement minimal. Pour rassurer les bailleurs, la ministre du Logement, Christine Boutin, a bien annoncé en octobre dernier la généralisation du dispositif Locapass, qui était jusqu’à présent réservé aux boursiers. Cette "garantie de risque locatif" est l’équivalent d’une caution publique qui assure au propriétaire "d’être payé et de récupérer son logement en l’état". Mais pas de quoi inverser la tendance inflationniste.

Des aides à réformer

Pour alléger le poids des loyers – qui, selon l’UNEF, représentent entre 50 et 60 % du budget d’un étudiant –, il existe bien des aides. Selon les CAF (caisses d’allocations familiales), 692 000 étudiants bénéficient de l’ALS (Allocation de logement à caractère social), la plus courante, ou de l’APL (Aide personnalisée au logement). Pour un montant total d’environ 1 milliard d’euros. "C’est insuffisant", estime la présidence de l’UNEF, qui réclame une hausse de 10 % par an des aides au logement.
Si elles ne sont pas à la hauteur des besoins, ces aides suscitent aussi quelques inégalités, voire quelques effets pervers. "Elles alimentent la hausse des prix, car les propriétaires ont tendance à les intégrer dans le calcul de leurs loyers", dénonce Manuel Domergue, un responsable du collectif Jeudi noir, qui lutte contre le mal-logement. Pour contrer cet effet d’aubaine pour les propriétaires aux dépens des étudiants, les pouvoirs publics réfléchissent à des aides conditionnées à des loyers modérés. Par ailleurs, les critères d’at­tribution exigeraient quelques remises à plat. Par exemple, les revenus des étudiants sont pris en compte, mais pas ceux des parents. Résultat, un étudiant a droit à la même allocation, qu’il soit fils de cadres ou fils d’ouvriers. Sans compter les avantages fiscaux qui concernent les parents les plus aisés dont les enfants sont étudiants. Conséquence, les jeunes issus des classes moyennes sont les plus lésés : pas assez riches pour accéder à l’autonomie, pas assez pauvres pour avoir droit aux bourses et aux logements des CROUS (centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires).

Moins de 8 % logés par les CROUS

De son côté, le système public de logements étudiants est mis à rude épreuve par la situation de pénurie et de spéculation sur le marché locatif privé. Avec un parc de quelque 156 000 places (dont 103 000 chambres en résidences universitaires de 9 m2 et 53 000 studios de 18 m2 gérés dans le cadre du logement HLM) pour des loyers mensuels entre 75 et 300 €, les CROUS logent moins de 8 % des étudiants.
Un plan de rénovation et de réhabilitation a bien été initié à la suite du rapport du député UMP Jean-Paul Anciaux. Mais ce plan "Anciaux", lancé en 2004, a pris du retard avec 8 300 constructions réalisées, contre 20 000 prévues, et 17 500 réhabilitations, pour un objectif de 28 000. Le député a été invité par le gouvernement à plancher à nouveau sur le sujet. Dans l’attente d’un plan "Anciaux 2" prévu avant Noël 2007, une rallonge de 5,7 millions d’euros a été attribuée aux CROUS en plus de 63 millions affectés aux réhabilitations. "Je suis prêt à monter au créneau pour obtenir des moyens supplémentaires, mais il faut que tout le monde mette la main au porte-monnaie, y compris les régions", estime le député.

Des propositions qui ne manquent pas

En attendant les arbitrages budgétaires, chacun y va de ses propositions. Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, on vante les mérites de la "colocation intergénérationnelle", autrement dit de l’hébergement d’étudiants par des personnes âgées. "Ce genre de colocation est certes une alternative, mais cela relève vraiment du palliatif, car les étudiants n’ont pas vocation à être des aides médicales en échange d’un toit", estime Thibault Weber, président de la FAGE (apolitique). Autres pistes avancées par le syndicat UNI (La droite universitaire) : faciliter les constructions nouvelles en intégrant le logement étudiant dans la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains) et remettre en cause l’interdiction de louer des chambres de moins de 9 m2. "La labellisation par l’État de ces petites surfaces sous réserve de normes de confort permettrait de mettre de nouveaux logements sur le marché", estime Olivier Vial, président de l’UNI. "Il y a déjà beaucoup de logements insalubres qui sont loués et ne le devraient pas, rétorque l’UNEF (gauche). Diminuer la surface minimale de location, sachant que 9 m2, c’est déjà très peu, reviendrait à accepter que les étudiants soient une sous-catégorie de la population."

Un enjeu de plus en plus crucial

Malgré ces divergences de vue, les syndicats comme tous les autres acteurs de ce dossier partagent l’idée que la question du logement étudiant "n’a jamais été aussi urgente à résoudre". Une vieille ritournelle. Mais qui a peut-être fini de tourner dans le vide. "Car cette fois, chacun a conscience que c’est un enjeu décisif dans la concurrence qui se prépare au niveau des universités et des collectivités locales pour attirer les étudiants dans les meil­leures conditions matérielles", estime Jean-Pierre Guyet, directeur adjoint du CNOUS (Centre national des œuvres universitaires et scolaires). Pas un luxe donc, une nécessité.

Sur le Web

Voici une sélection de sites utiles et/ou militants qui traitent de l’actualité du logement étudiant :
www.cnous.fr
www.adele.org
www.logementetudiant.fr
www.infologement.org

www.oeil-fr.com
www.ministeredelacrisedulogement.org
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Emmanuel Vaillant
Sommaire du dossier
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