Les étudiants en santé, frileux à l’idée d’effectuer une mobilité internationale ?

Par Pauline Bluteau, publié le 15 Octobre 2021
5 min

INFOGRAPHIE. D’après l’agence Erasmus+, seulement 2% des étudiants en mobilité viennent des filières médicales et paramédicales. Il s’agit des formations les moins représentées. En cause : de nombreux freins liés aux spécificités des études de santé.

Ils ne partent pas, non pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils n’en ont pas ou peu l’opportunité. C’est en tout cas ce qu’affirment à l’unanimité les associations représentantes des étudiants en santé.

D’après l’agence Erasmus+, seuls 6.200 étudiants venant des filières médicales ou paramédicales ont profité d’un séjour à l’étranger entre 2014 et 2020. À l’inverse, la France a accueilli 9.700 étudiants en santé. Une balance assez exceptionnelle comme l’affirme Laure Coudret-Laut, présidente de l’agence Erasmus+. En 2018–2019, 2% des étudiants mobiles venaient du domaine de la santé alors qu’ils représentent plus de 12% des étudiants en France.

Des chiffres assez peu surprenants malgré la motivation des étudiants pour partir à l'étranger

Infographie

"Nous avons recensé 13 universités avec une composante médicale ayant envoyé, sur la période 2014–2020, plus de 100 étudiants sur le domaine 'Santé et Bien-être' incluant la médecine, la pharma, l’odonto, les soins infirmiers…", estime l’agence Erasmus+.

"Cela n’est absolument pas étonnant", réagit Laura Faucher, présidente de l’ANESF (association nationale des étudiants sages-femmes). Réaction similaire du côté de l’ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France) et de la FNESI (fédération nationale des étudiants en sciences infirmières) qui affirment pourtant que les étudiants en santé sont nombreux à souhaiter s’expatrier. "On reçoit des mails tous les jours d’étudiants qui nous demandent quelles sont les démarches à accomplir, ils ont vraiment envie de partir, c’est indéniable", tranche Mathilde Padilla, présidente de la FNESI.

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Des freins spécifiques aux études de santé

Ce qui cloche n’est donc pas lié à la motivation des étudiants mais plutôt à la spécificité des cursus. Parmi les principaux freins, l’agence Erasmus+ relève celui de la barrière de la langue et également le manque de reconnaissance ou d’équivalence des enseignements médicaux ou paramédicaux. Une problématique que connaissent bien des étudiants sages-femmes. "Nous avons des études très spécifiques et très prenantes, à cela s’ajoutent des compétences très différentes selon les pays, affirme Laura Faucher. Aujourd’hui, il n’y a pas d’égal ailleurs : dans les autres pays, la formation est souvent plus courte et des sages-femmes ont moins de responsabilités. Nous sommes en train de faire un état des lieux des pays qui pourraient tout de même présenter des compétences similaires, le Canada en fait partie par exemple." Avec un rythme d’un mois de stage et un mois de cours, difficile aussi de s’expatrier sur une longue durée et donc de bénéficier d’une bourse de mobilité (souvent accessible à partir du deuxième ou troisième mois).

Du côté des étudiants en médecine, rien de tout cela. Dans les faits, un autre programme permet déjà de bénéficier d’une mobilité internationale, mieux connus des étudiants : l’International federation of medical students associations (IFMSA). "C’est un échange clinique où les étudiants partent en stage pendant un ou deux mois, explique Nicolas Lunel, président de l’ANEMF. Le programme est plus complet qu’Erasmus car il y a tout un volet culturel et découverte du pays qui s’ajoute. C’est aussi plus intéressant pour les stages car les services sont habitués à accueillir des étudiants étrangers."

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Les étudiants-infirmiers tirent leur épingle du jeu

Seuls les étudiants-infirmiers poussent davantage les mobilités Erasmus+ vers le haut grâce aux mobilités de stage. Mais selon la présidente de la FNESI, le programme reste encore fort méconnu des IFSI (instituts de formation en soins infirmiers). "Les IFSI sont peu ou mal rattachés à l’université, donc peu d’étudiants sont au courant des mobilités, encore plus les mobilités d’études, plaide Mathilde Padilla. Il faut que ça évolue, il y a tout un travail à faire avec les IFSI et les universités. Car en attendant, les étudiants partent avec des ONG mais les prix sont souvent exorbitants et puis, il faut qu’ils puissent être bien encadrés, le programme Erasmus+ le permet." Affaire à suivre…

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