DOSSIER : ALEXANDRE : LETTRES MODERNES OU LLCE ESPAGNOL ?
Pour devenir prof en collège ou lycée, Alexandre, aujourd'hui en terminale S, hésite entre deux formations universitaires littéraires : LLCE (langues, littératures et civilisations étrangères) espagnol ou lettres modernes.
Lettres modernes ou LLCE espagnol ?
À 18 ans, Alexandre, en terminale S spécialité biologie-écologie-agronomie-environnement au lycée agricole Granvelle, près de Besançon (25), apparaît encore très hésitant sur son avenir, comme le montrent les choix d’orientation qu’il a effectués jusqu’à présent. Le jeune homme s’est décidé pour son lycée ou même pour sa spécialité en se basant sur ses compétences plus que par anticipation de sa vie professionnelle. "J’ai opté pour cet établissement pour pouvoir passer l’option équitation et gagner des points au bac, et le choix de ma spécialité s’est fait par élimination : physique ou mathématiques, je n’étais pas assez bon, il ne restait plus que la biologie." En ce qui concerne sa série, le lycéen s’est plié à la décision de son père. "J’aurais préféré entrer en première ES plutôt qu’en S. Mais comme j’avais de bons résultats partout, mon père voulait que je me laisse le plus de débouchés possible."
Son point fort au lycée : les matières littéraires
Malgré un redoublement en première, Alexandre présente des résultats honorables, même si son point fort reste les matières littéraires comme les langues, la philo ou l’histoire-géo. D’où son idée de passer un CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) littéraire (lettres modernes ou espagnol) pour devenir enseignant. "La pédagogie m’intéresse quelle que soit la matière enseignée. Je vais vivre une première expérience, car je suis une formation pour devenir formateur BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur de centre de vacances et de loisirs)."
En tout cas, Alexandre se sent prêt à affronter les bancs de l’université, même s’il craint de se sentir perdu au départ. Organisé et sérieux, le jeune homme sait gérer son emploi du temps entre divertissement, petits boulots et travail scolaire. "Comme je n’ai pas vraiment de facilités, je suis obligé de travailler si je veux m’en sortir ! Cette année, j’ai dû arrêter l’équitation par manque de temps", confie-il. Le lycéen essaie donc de s’avancer au maximum dans ses devoirs. "Je ne laisse pas les chapitres s’accumuler sans avoir fait le point sur mes lacunes", ajoute-t-il. Des méthodes de travail qui lui seront assurément d’un grand secours à l’université.
Définir la meilleure stratégie
Mais entre lettres modernes et LLCE (langues, littératures et civilisations étrangères) espagnol, quelle est la meilleure stratégie pour réaliser sa vocation ? La licence LLCE mention espagnol exige un bon niveau de départ dans la langue choisie. "Le niveau demandé à l’entrée correspond à ce qui se pratique en terminale pour ceux qui ont choisi l’espagnol en première langue, explique Christophe Singler, responsable de la licence à l’université de Franche-Comté, où Alexandre compte s’inscrire. Mais nous renforçons l’enseignement en langue en première année, car la plupart de nos étudiants ont étudié l’espagnol comme seconde langue."
Pourquoi pas enseigner le français en Espagne
Autre impératif : ne pas être rebuté par les exercices littéraires comme les dissertations ou les versions. La vocation de ce cursus n’est pas d’assurer de simples cours de langue, mais de faire réfléchir sur la langue et sur le monde hispanique. Avec une vingtaine d’heures de cours par semaine, le programme est très proche de la licence de lettres modernes : linguistique, expression écrite et orale, traduction, littérature, histoire culturelle des civilisations espagnoles et latino-américaines, et une seconde langue vivante. Des unités d’enseignement transversales et un parcours complètent ce cursus en fonction de son projet personnel. Alexandre semble séduit. "Le parcours français langue étrangère me plairait beaucoup, car cela pourrait me permettre d’enseigner le français en Espagne !" déclare-t-il. Les taux de passage en L2 (à hauteur de 48 % à Lyon 2 ces deux dernières années, et de 35 % à l’université de Franche-Comté, avec un pic à 47 % l’an passé) ne semblent pas l’inquiéter. "Avec du travail, je devrais pouvoir réussir !"
Rattraper son retard en lettres modernes
En licence arts-lettres-langues, mention lettres modernes, la littérature française, la littérature comparée, la linguistique, le latin et l’étude d’une langue vivante forment le tronc commun de la filière. Comme en licence LLCE espagnol, les titulaires du bac L constituent le gros des troupes. À l’université Lyon 2, cette année, sur 221 étudiants inscrits en première année, 66 % sont issus de la série bac L et seulement 13 % de la série S. Une réalité qui inquiète Alexandre. "Je n’ai pas suivi un programme aussi poussé que les L en français. En plus, je n’ai fait que très peu de latin. J’espère que je pourrai rattraper mon retard…"
Pour France Marchal-Minosque, responsable pédagogique de la licence lettres modernes à Besançon, cela ne constitue en rien un handicap. "Les exemples montrent que ces étudiants s’en sortent bien, assure-t-elle. Pour réussir, assiduité et travail personnel sont les meilleures armes !" Le taux de passage en L2 (évalué à 50 % à Lyon 2 et à 70 % à Besançon), même s’il peut varier d’une fac à l’autre et d’une année sur l’autre, joue en faveur des lettres. En plus, le taux de réussite au CAPES de lettres modernes est l’un des meilleurs (28 %, contre 15,8 % pour l’espagnol). Et puis, en cas de changement de projet professionnel, les débouchés paraissent plus ouverts à Alexandre…
Marie-Aline Desvignes











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