Dossier : Après un master LSH : 5 parcours de jeunes diplômés

Raphaël, 25 ans, shopping partner manager chez Google à Dublin, après un master de lettres appliquées

Pas toujours facile de s’insérer sur le marché de l’emploi quand est diplômé d’un master en lettres ou sciences humaines. Nous avons interrogé cinq jeunes diplômés pour qu'ils vous fassent partager leur expérience. Parmi eux, une a décroché un CDI après avoir exercé en free-lance, un a pris le statut d’auto-entrepreneur, un autre est parti à l’étranger pour trouver un travail conforme à son projet et à son niveau de diplôme. Pourtant, ils disposent tous d’un CV riche et diversifié.

Après un master LSH : 5 parcours de jeunes diplômés

Moins bien préparés à affronter le monde de l’entreprise que leurs homologues d’autres filières, les diplômés de masters LSH (lettres et sciences humaines) se retrouvent souvent démunis lors leur recherche d’emploi, malgré des CV fournis. Les solutions ? Les stages, les emplois aidés, le réseau...

Une insertion délicate

Depuis des années, les enquêtes d’insertion conduisent au même constat : les jeunes diplômés de lettres et sciences humaines ont des difficultés à se faire une place dans le monde du travail. Au-delà des taux d’emploi bruts qui les rapprochent de la moyenne des diplômés, des chiffres plus détaillés montrent une moindre qualité d’insertion.

Moins de CDI, moins de cadres. Ainsi, l’enquête du CEREQ (enquête Génération diplômée en 2004 observée trois ans après) donne un taux d’insertion des masters LSH de 86 %, quasi identique à celui des titulaires d’un master en sciences dures (87 %) et un taux de chômage de 9 %. Mais les diplômés de masters LSH ne sont que 67 % à être en CDI (contrat à durée indéterminée) trois ans après leur sortie d’université, contre 84 % de leurs homologues en droit-éco-gestion et 80 % des titulaires de masters de sciences dures. Ils sont aussi moins souvent cadres : moins d’un sur deux (47 %) occupe ce niveau de responsabilités, pourtant conforme à leur diplôme, contre 61 % en droit éco-gestion et 69 % en sciences dures. Quant à leur salaire médian, là encore il est en leur défaveur : 1.590 € pour les diplômés LSH, contre environ 1.900 € pour ceux des deux autres domaines.

Pas de parcours type

Traditionnel débouché de ces filières, l’Éducation nationale n’occupe que 13 % des titulaires d’un master LSH. Le nombre annuel de postes ouverts au CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) s’élève à quelques centaines : 610 par exemple, en 2010, en l’histoire-géographie, pour quelque 6.000 étudiants inscrits en M2 histoire ou géographie. Surtout, ce nombre de postes stagne, voire diminue, réduisant d’autant les débouchés dans l’Éducation nationale. Et à la différence des élèves des grandes écoles ou issus d’autres formations plus ciblées sur des métiers (médecine, droit), il n’y a pas véritablement de parcours type d’insertion des diplômés LSH. Chaque étudiant doit faire preuve d’initiative et de débrouillardise pour s’insérer durablement.

Une réalité contrastée. Cela passe souvent par une succession de stages, des juxtapositions de contrats et missions (parfois occupés en parallèle), des grands écarts entre les concours de l’enseignement et de la fonction publique et la recherche d’emploi en entreprise privée. Certains chiffres fonctionnent parfois en trompe-l’œil. Derrière le bon taux d’emploi en psychologie (76 % selon la dernière enquête APEC jeunes diplômés, soit 12 points de plus que la moyenne) se cache une réalité contrastée : le cumul de petites missions ou des emplois occupés dans un autre secteur professionnel.

Université-entreprise : des liens à développer

En lettres et sciences humaines, la distinction entre le master recherche et son équivalent professionnel n’est pas toujours évidente. “Nous tendons de plus en plus à indifférencier ces formations”, indique Jean-Claude Piat, vice-président de l’université Paris 13 en charge de l’orientation et de l’insertion professionnelle. “Finalement, la principale différence entre les deux formations réside dans le lieu du stage professionnel : dans un laboratoire de recherche ou un environnement scientifique ; ou dans une entreprise privée ou une administration. C’est ce semestre d’expérience à l’extérieur de l’université qui va donner une tonalité plus recherche ou plus professionnelle au master.”
 
Prise de conscience. Les différents dispositifs pour renforcer les liens entre l’université et le monde de l’entreprise (Opération Phénix, création des BAIP – bureaux d’aide à l’insertion professionnelle…) montrent une prise de conscience, même si ces systèmes ne font pas des miracles. “Le BAIP, ce n’est pas Pôle emploi, tranche Jean-Claude Piat. L’université ne maîtrise pas l’emploi dans son bassin local. Au mieux, on peut offrir une plateforme d’offres de stages et d’emploi. Notre rôle est plutôt d’accompagner l’étudiant pendant son cursus sous forme d’ateliers pratiques sur les techniques de recherche ou avec des conférences métiers.”

Rompre l’isolement. Pour les jeunes diplômés, l’APEC (Association pour l’emploi des cadres), l’AFIJ (Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés), les fédérations et associations professionnelles sont d’autres centres de ressources pour trouver des offres, des conseils, un soutien. La principale difficulté est de se retrouver livré à soi-même, isolé et de conserver confiance et dynamisme, quand la période de chômage se prolonge. Les réseaux sociaux du type Facebook et Viadeo permettent également de rester en contact avec ses anciens camarades de promotion et d’échanger d’éventuels bons plans ou infos.

L’importance des stages et du réseau

C’est par le biais des stages et du réseau que se joue en priorité l’insertion. Selon une récente enquête d’insertion menée par l’université Lyon 3, le stage reste le moyen privilégié pour décrocher un premier emploi. Plus de 30 % des emplois sont trouvés dans l’entreprise d’accueil du stage de fin d’études (31 % pour les masters langues, 36 % pour les masters lettres). Toutefois, les relations et le networking prennent de plus en plus d’importance dans l’accès au premier emploi : 22 % des diplômés de masters lettres et 14 % des étudiants de filière langues ont utilisé ce moyen pour obtenir un premier poste.

Internet : indispensable. Dans tous les cas, l’exemple d’Isabelle Latournerie, jeune traductrice, montre l’importance stratégique de passer par une formation réputée (en l’occurrence l’ESIT, école rattachée à Paris 3), qui fait bénéficier ses étudiants de son réseau d’anciens et de ses contacts professionnels. Si l’on est diplômé d’une formation moins reconnue sur le marché de l’emploi, il faut se constituer son propre réseau mais cela peut prendre plus de temps. “J’utilise beaucoup Internet dans ma recherche d’emploi : c’est un moyen rapide et cela coûte bien moins cher que d’envoyer des lettres par la poste !”, assure de son côté Frédéric Troilo, 30 ans, archiviste. La recherche sur Internet compte pour 13 % des masters en lettres (14 % en langues). Viennent ensuite les candidatures spontanées (11 % pour les deux filières), l’intérim (10 % pour les lettres mais 17 % dans les langues) et les concours (5 % pour les lettres et 2 % pour les langues).

Mauvaise passe. Dernier point, en sortant de l’université en plein marasme économique, les diplômés de la promotion 2009 ont joué de malchance. Il est à souhaiter qu’un retour de croissance fasse évoluer l’insertion dans un sens plus positif. Pour ceux qui n’ont pas encore trouvé, comme pour les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi.
Pour aller plus loin
Le guide des études en lettres et sciences humaines
Faut-il avoir peur de la fac ?
Que vaut votre master ?
Classement des universités : lesquelles ont le meilleur taux d’insertion professionnelle ?
Elles sont étudiantes en sciences humaines


Mathieu Oui
Novembre 2010

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