Marcel Rufo : Révise bien

publié le 21 May 2007
3 min

Régulièrement, le pédopsychiatre Marcel Rufo vous donne des conseils sous la forme d’un courrier au petit-fils ou à la petite-fille que vous pourriez être pour lui.

Mon cher petit, ton coup de fil m’a inquiété : tu me sembles en difficulté pour te mettre à l’ouvrage. C’est vrai que tu as toujours un peu trop travaillé à la fin, avec ces fichues « nuits blanches », les jours précédant les contrôles. De mon temps, ne hausse pas les sourcils, nous étions plus organisés : on fonctionnait en groupe, chacun ayant la responsabilité d’un thème. Tu sais aussi combien je suis adepte de la pédagogie Freinet : de l’esprit de coopérative, de l’aide des plus grands aux plus jeunes, du tutorat et de l’auto-évaluation qui permet aux enseignants d’être bien positionnés dans leur rôle. Mais, et sans que cela soit une critique, la situation d’examen est une véritable récompense de la volonté que l’on a montrée pour apprendre. Alors fais-toi violence, prépare des fiches, des programmes, et rassure-toi aussi grâce à des rituels dans ta façon de travailler.

Mais nous avions déjà parlé de ça quand tu étais en primaire et que tu rechignais à faire tes devoirs. Nous avions alors décidé de chanter les tables de multiplications, et tu avais réussi à les apprendre. Désormais, je suis dépassé par ton niveau d’études et je ne peux plus te proposer cette démarche simplement poétique. L’incapacité qui est sans doute la tienne à ce moment de l’année, le moment de s’y mettre, est peut-être aussi le signe d’une perte de confiance en soi, ou encore l’impossibilité de se projeter vers un avenir professionnel. Je t’ai souvent cité en exemple un de mes amis dont l’intelligence et la finesse ne font aucun doute, mais qui n’a jamais pu s’astreindre à la souffrance des révisions. Il n’a jamais réussi à affronter les programmes. Toute sa vie, il a été accompagné par le doute, il a masqué sa richesse par une modestie défensive. Alors voilà, j’attends avec impatience ton prochain coup de fil où tu m’annonceras : « Je n’ai pas le temps de discuter, j’ai du travail. »

De mon côté, place aux « grigris » : j’ai mis sur la cheminée la photo de notre partie de pêche magique avec le gros poisson que tu avais capturé. C’est ton sourire sur cette image que je retrouverai lors de ton succès aux épreuves de juin. Pars à la pêche de ta volonté, révise bien et tu attraperas gros !

Ton grand-père attentif.

Retrouvez le pédopsychiatre Marcel Rufo dans l’émission "Allô Rufo", sur France 5, du lundi au vendredi, à 9h55.

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