1. Témoignages de pros : le métier de producteur audiovisuel

Témoignages de pros : le métier de producteur audiovisuel

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

Le producteur a sa caricature. Celle d’un homme d’affaires, mûr, engraissé par quelques agapes, cigare collé aux lèvres, grosse voiture et sublimes créatures à ses côtés. Olivia Baup, coordinatrice de production dans le cinéma depuis 20 ans, dresse un tout autre portrait des hommes et femmes d’exception qui ont les compétences nécessaires pour exercer ce métier. "Un bon producteur, c’est quel­qu’un d’extrêmement complet, bon en tout. C’est une locomotive. Il faut savoir découvrir des talents, suivre l’écriture d’un scénario, avoir des idées, être créatif, gérer, trouver des financements, avoir du charisme et être un grand raconteur d’histoires pour convaincre un paquet de monde de partir dans une aventure."


Un métier de passionné

 
Porté par sa cinéphilie et habité par le rapport aux auteurs, David Thion est, avec Philippe Martin et Géraldine Michelot, l’un des 3 producteurs de la société Les Films Pelléas. Depuis 10 ans, il y produit des films d’auteurs. "Vouloir devenir producteur parce que le ciné, c’est sympa, c’est paillettes et c’est gagner beaucoup d’argent, je ne suis pas sûr que cela donne des résultats ! C’est un métier de passionné. Il faut aimer profondément le cinéma", prévient David Thion. Et si le producteur reconnaît que les succès existent dans ce métier, comme  Jean-François Lepetit, producteur de Trois hommes et un couffin, énorme succès de Coline Serreau, a pu connaître, il déconseille absolument de faire ce métier avec cette obsession.


Produire des films réussis, voire des films qui restent

 
À 38 ans, le producteur avoue être animé par sa volonté de développer, d’accompagner et de rendre possible le projet d’un auteur. Ce qui le comble, c’est de pouvoir laisser une trace en associant son nom à des films comme Le Père de mes enfants, écrit et réalisé par Mia Hansen-Love et sorti en salle en décembre 2009. "Il n’a pas été facile de convaincre les financeurs de faire confiance à une jeune auteure et réalisatrice. D’autant qu’elle s’attaquait à un sujet difficile, puisque ce film est inspiré par l’histoire douloureuse du producteur Humbert Balsan, qui s’est suicidé en 2005", confie David Thion. Un peu déçu par le nombre des entrées, le producteur est ravi d’avoir produit un film réussi, qui a eu la chance d’aller à Cannes en 2009 dans la section Un certain regard. Et compte sur les cinéphiles pour "faire le tri entre tous les films et ceux qui restent".


Le stage pour découvrir la réalité du métier de producteur

 
Lorsqu’il suit une formation à l’ESC Lyon (devenue depuis l’EM Lyon, ndr), David Thion a déjà le cinéma en tête. Un projet qui le mène ensuite à la Fémis, en option production. Par l’intermédiaire de professionnels en activité qui interviennent dans sa formation, David rencontre Philippe Martin, qui a créé Les Films Pelléas en 1990. Le jeune homme débute comme stagiaire tout en terminant sa formation. Là, il découvre la recherche de financements et la réalité quotidienne du métier de producteur de courts et de longs métrages. David note que les producteurs sont de plus en plus souvent issus d’écoles de commerce, mais qu’il n’y a pas de voie royale pour arriver à la production. "Ce qui peut manquer le plus, ce sont des gens qui ont vraiment le goût du cinéma, sans lequel on ne peut pas faire ce métier", affirme David Thion. Une passion qu’il a repérée chez une jeune femme présente sur un tournage et aujourd’hui stagiaire en postproduction au sein de la société pour laquelle il travaille.


50 % artiste, 50 % homme d’affaires

 
Alexandre Hallier a 35 ans et ressemble aussi peu que David Thion à la caricature du producteur. Sa chevelure bouclée, sa silhouette élancée et son allure décontractée lui donnent davantage l’air d’un artiste que d’un business man. L'homme est pourtant à la tête d’une société de production, La Générale de production, qu’il a créée en 2000 avec deux associés, et qui produit des films documentaires, de fiction ou institutionnels. "Producteur, c’est 50 % artiste, 50 % homme d’affaires", définit Alexandre. Il a choisi ce métier parce qu’il permet de toucher à tout : l’éditorial, l’artistique, le financier. "C’est un métier d’accoucheur, de sage-femme, compare le producteur de documentaires pour la télévision. Tu dois initier, écrire, vendre, rendre possible un projet, dénicher des talents."


Un métier qui s’apprend par l’expérience

 
De formation universitaire, Alexandre a suivi des études de droit public avant de se lancer dans un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées, aujourd’hui master 2) de communication audiovisuelle. "La fac est une école de la liberté, de l’engagement, de l’associatif", témoigne Alexandre Hallier. En marge des études, il fait ses armes comme assistant de production stagiaire. Selon lui, le stage est fondamental, parce que la production s’apprend par l’expérience. À condition d’être très exigeant sur le choix de la nature des stages, des entreprises. Il lui est d’ailleurs arrivé de refuser des stages à des jeunes de 25 ans qui en avaient déjà fait 6 ou 7. Et de leur déconseiller de s’enfermer dans le statut de stagiaire.


Beaucoup d’enthousiasme et une dose de gestion

 
"Avec un caractère enthousiaste, volontaire, et 2 ou 3 bonnes règles de gestion, tu peux y arriver. Mais si tu n’as pas le côté artistique, ce n’est pas bon", assure Alexandre Hallier. Le producteur de documentaires compare son métier à celui d’un artisan qui doit fabriquer moins cher qu’il ne vend. Lui-même s’est découvert un talent de vendeur, estimant que c’est parce qu’il croit à ses projets qu’il peut être à l’aise dans une relation commerciale avec un client. Aujourd’hui, il reconnaît la même envie de défendre et de vendre des sujets auxquels il croit chez ceux qu’il voit arriver d’écoles de commerce vers la production. D’après Alexandre, "la plupart d’entre eux étaient de bons élèves qui ont réussi des prépas et des écoles de commerce, mais qui ne se voyaient pas faire de l’audit".


Devenir son propre média

 
La Générale de production, Alexandre Hallier l’a fondée avec deux amis diplômés de HEC (École des hautes études commerciales). Il conseille d’ailleurs de s’associer plutôt que de se lancer seul. À 25 ans, il occupait alors un emploi de journaliste au desk (endroit où arrivent les dépêches) de la chaîne d’information LCI de 4 heures du matin à 12 heures ou de 16 heures à 1 heure du matin. "À l’époque, j’étais timide et un peu complexé par rapport à ceux qui avaient fait des écoles de journalisme. Mais je me suis vite rendu compte qu’ils étaient, pour la plupart, formatés", se souvient Alexandre. L’idée de devenir son propre média lui trotte déjà par la tête.


"La Générale" commence par le câble

 
La première année d’existence de la société, Alexandre Hallier consacre 4 ou 5 heures par jour à "La Générale", comme il l’appelle, tout en gardant son travail de desk à LCI. Les 3 associés ont commencé à travailler pour le câble, "parce qu’il y a moins d’enjeux et que les chaînes du câble prennent davantage de risques à travailler avec de jeunes producteurs et de jeunes réalisateurs", observe Alexandre Hallier. À "La Générale", la production de documentaires ne représentait au départ que 20 %, pour 80 % de films institutionnels. 6 mois après sa création, la petite société parvient à revendre un film qu’elle a développé à une grosse "boîte de prod", comme on les nomme dans le milieu. Une première étape vers la reconnaissance pour la société.


Entre élitisme et souci du public

 
"Au départ, il fallait être plus pragmatique. Maintenant, je peux prendre plus de risques financiers et mettre de l’argent que je n’ai pas parce que j’aime tellement un projet que j’ai envie de le voir se concrétiser", constate-t-il. Une liberté que "La Générale" peut se permettre de prendre après 9 ans d’existence et une légitimité gagnée. "Nous pourrions avoir le travers d’être élitiste ou confidentiel", avoue Alexandre Hallier. Selon lui, il est aussi de la responsabilité des producteurs et réalisateurs de documentaires de conserver le souci de trouver un public, sans se soumettre pour autant à une prétendue demande.


Le diktat de l’étude sur l’engagement de projet

 
Alexandre Hallier observe que la télé prend de moins en moins de risques et produit de plus en plus de choses formatées, par soumission à ce qu’il qualifie de "diktat de l’étude sur l’engagement de projet". Dans une économie "subventionnée et structurellement déficitaire", dixit le producteur, les finances ont un impact sur ce que nous voyons à la télé. "C’est parce qu’ils correspondent à la case documentaire la plus financée à l’international que les sujets sur la Seconde Guerre mondiale sont surreprésentés", explique-t-il. A contrario, si les sujets sur le sport se font rares, "c’est parce que les droits sur les images d’archives sont très chers", précise Alexandre. Le producteur reconnaît qu’il a aujourd’hui intérêt à partir sur des projets coproduits par plusieurs financeurs pour avoir plus de moyens et pouvoir faire un meilleur film. Le revers, pour Alexandre, ce sont les contraintes imposées par les différents financeurs. De son côté, David Thion reconnaît être parfois obligé de réunir plusieurs petites sommes pour réussir à faire un film. Ce qui rend la recherche des financements plus ardue que lorsque 3 ou 4 partenaires mettent chacun beaucoup d’argent. Autant dire que ténacité, opiniâtreté et force de conviction sont plus que jamais des qualités indispensables pour faire un bon producteur.
 

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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