La réforme de la PACES, une fausse bonne idée ?

Par Pauline Bluteau, publié le 15 Mars 2021
6 min

Depuis la rentrée 2020, finie la PACES, les futurs étudiants en santé ont désormais le choix entre un PASS ou une L.AS. Mais la mise en place de cette réforme en pleine crise sanitaire a, semble-t-il, pris de cours les universités. Entre nécessité ou fausse bonne idée, le cœur balance.

Doyens, représentants étudiants et d’universités sont unanimes : la réforme des études de santé est loin d’être parfaite. Depuis sa mise en place à la rentrée dernière, c’est tout un cursus, un système pédagogique, un processus de sélection qui ont été chamboulés. Pour le meilleur mais aussi pour le pire, à en juger des nombreuses critiques souvent négatives à son encontre.

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"Ce n’est pas seulement la réforme des études de santé, c’est la réforme de l’université", martèle Macha Woronoff, présidente de la commission Santé à la CPU (conférence des présidents d’université). Technique et complexe, cette réforme implique plusieurs changements pour accéder aux études MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kiné) dont la suppression de la PACES (première année commune aux études de santé) au profit de deux nouvelles voies d’accès, les PASS (parcours spécifiques accès santé) et les L.AS (licence avec option "accès santé"). C’est donc un nouveau schéma universitaire, parfois contraignant, qu’il a fallu installer en quelques mois.

"L’objectif de cette réforme c’est surtout de pouvoir diversifier les profils des étudiants, notamment en L.AS où les littéraires ont aussi une voie d’accès aux études de santé", explique Nicolas Lerolle, doyen de l’UFR Santé à l’université d’Angers (49). Ajoutez à cela une plus grande diversité géographique avec plus de 450 L.AS présentes partout en France qui permettront à terme de combler les déserts médicaux. "Mais ce n’est pas tout, jusqu’à présent, les étudiants se retrouvaient en année zéro s’ils ne validaient pas leur PACES, on était dans une spirale de l’échec, c’était important de pouvoir en sortir. D’ailleurs, cette réforme a été pensée pour et avec les étudiants", confirme Macha Woronoff.

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Dans les faits, la réalité ne semble pas si rose, du moins pour cette année de mise en route. "En PACES, on ne réfléchissait pas du tout à un plan B, ce que permettent aujourd’hui les PASS et les L.AS et c’est une très bonne chose. Mais cette réforme devait aussi insister sur la façon dont on évalue les étudiants, sur les compétences à acquérir et pas seulement des connaissances. Aujourd’hui, on nous remonte des problèmes de charge de travail, les PASS et les L.AS ressemblent à des doubles diplômes", avertit Adrien Cazes, vice-président en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEPF (Association nationale des étudiants en pharmacie de France). En effet, toujours dans une logique d’ouverture des savoirs, chaque étudiant en PASS choisit une discipline mineure en droit, en physique-chimie, en lettres… En L.AS, c’est l’inverse, la santé "colore" une licence classique et fait figure de mineure.

"En PASS, on a repris l’esprit de la PACES mais en réduisant les programmes d’un tiers voire de moitié pour que les étudiants n’apprennent que ce dont ils ont vraiment besoin et qu’ils aient du temps pour réviser leur mineure, détaille Eric Havet, directeur adjoint de l’UFR médecine à l’UPJV (université de Picardie Jules Verne). Mais une minorité de nos enseignants ont seulement condensé leurs cours. Les résultats aux examens étaient donc catastrophiques au premier semestre. On a tout de suite pris les choses en main pour que cela ne se reproduise pas. Pour nous, ce n'était pas facile de tout réinventer en même temps."

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Une réforme encore à améliorer

Un constat partagé par Nicolas Lerolle qui estime que la réforme a aussi été instaurée dans des conditions peu optimales. "À la décharge des facs de médecine, il a fallu gérer la réforme du troisième cycle, préparer celle du deuxième cycle, composer avec la crise sanitaire… On ne pouvait pas tout anticiper alors aujourd’hui il y a des choses perfectibles, on se rend compte de ce qui fonctionne ou non mais c’est une énorme réforme. Nous faisons un vrai travail d’analyse pour que tout ceci s’améliore."

À la CPU, Macha Woronoff insiste sur les chances de réussite des étudiants en PASS et L.AS cette année, sujet beaucoup contesté. "On comprend que pour eux ce soit difficile mais les universités travaillent pour qu’ils aient autant de chances d’admission en deuxième année de santé que leurs prédécesseurs." À l’UPJV, les étudiants en PASS auront d’ailleurs 20% de chances de réussite contre 11% les années précédentes.

Pour tous, l’enjeu sera de démontrer, à terme, l’intérêt de cette réforme. "Les étudiants qui sont aujourd’hui en PASS ou L.AS ont dû s’informer au lycée, en plein confinement et au moment où tout n’était pas encore fixé donc ils découvrent aujourd’hui ce à quoi ils sont vraiment confrontés, plaide Adrien Cazes. Il y a beaucoup d’incompréhension car il reste des zones d’ombres. Mais c’est une année de réforme, il faut à tout prix arrêter de comparer avec l’ancien modèle, la PACES avait aussi ses limites. Il faut laisser sa chance au nouveau système."

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