1. Les coulisses des « prépas Sciences po »
Enquête

Les coulisses des « prépas Sciences po »

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Les instituts privés, qui proposent des cycles de préparation aux concours des instituts d’études politiques à des coûts élevés, ne connaissent pas la crise. Même si la fameuse « prépa d’été » est en voie de disparition (le concours de Sciences po Paris se déroulant désormais en juin), ce n’est pas le cas des cycles annuels et des stages aux vacances scolaires. Les lycéens de terminale qui souhaitent intégrer les IEP se préparent de plus en plus tôt, en parallèle de leur année de terminale et parfois même, dès la première. Qu’apprennent-ils dans ces instituts ? Comment y entrer ? Quelle est l’ambiance ? Enquête.

Sur quelle planète allez-vous atterrir en prépa Sciences po ? Le rythme des révisions, la taille des groupes de travail, l’ambiance, la concurrence, le stress … Voici un bref panorama d’un univers pas forcément impitoyable.
 

Des profs impliqués et disponibles


"La prépa nous met dans une optique de travail", reconnaît Dora, qui n’a pourtant pas été très assidue lors de sa prépa d’été à Ipesup-Prepasup, actuellement en M1 à Sciences po Paris. "Un prof nous attend, il y a des devoirs à rendre. Ca aide", estime Eléonore, ancienne des Cours Galien. D’autant que les enseignants sont souvent très impliqués. "Ils nous donnaient leur mail. Nous pouvions leur envoyer des questions, même le soir et on avait une réponse dès le lendemain matin", raconte Eléonore. Notamment des questions – toujours très nombreuses - sur la spécificité des IEP et de leur concours. En effet, pour se repérer dans le système des 9 instituts, il faut se lever tôt (ou consulter régulièrement leur site … et celui de letudiant.fr bien sûr !).
 

Des classes de 6 à… 100 élèves

 
Côté effectifs dans les prépas, la plupart proposent des cours avec une trentaine d’élèves. Mais cela peut être beaucoup moins… comme beaucoup plus ! "Nous évitons le surnombre qui pénaliserait les élèves les plus fragiles", explique Jean-Luc Haussely, dont la prépa du lycée des Francs-Bourgeois réunit 20 élèves cette année. Aux cours Tocqueville, les groupes des petites vacances comptent 6 élèves. Un vrai luxe. Lucie, étudiante en première année à Sciences po, s’est, elle, retrouvée avec une centaine de camarades dans les amphis d’Ipesup-Prepasup aux "petites" vacances scolaires, même si certains autres cours se déroulent en plus petit comité, avec 20 à 40 élèves.
 

Le groupe, une source de motivation

 
Pour les prépas, l’effet de groupe constitue aussi un moyen de motiver les troupes, surtout l’été, période peu propice au travail. "Il y a une dimension affective avec une solidarité entre les lycéens, qui vivent tout un mois ensemble, souvent loin de chez eux. C’est très efficace", explique Bernard Clerté, à propos de la prépa d’été de la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur.

Une dynamique qui peut aussi permettre d’amortir le choc des premiers stress, à l’arrivée en prépa. La charge de travail et le niveau demandé font en effet souvent paniquer, même les plus volontaires. "Lorsque les résultats des premiers examens blancs de l’année tombent [en novembre-décembre] c’est quand même un choc pour les jeunes", reconnait André de Séguin, responsable de la prépa Science po d’Ipesup-Prepasup. "Il faut savoir gérer son stress et sa fatigue", souligne Eléonore.
 

Solidarité…

 
Mais pour certains autres élèves, se retrouver avec des jeunes plus motivés les uns que les autres ne serait-il pas une source de stress supplémentaire ? Eléonore n’a pas eu ce sentiment. Il faut dire qu’elle préférait travailler seule, en parallèle de la prépa. "Certains travaillaient en groupe, raconte-t-elle. Les locaux étaient ouverts jusqu’à 22h30". Pour Elise Logié, professeur en charge de la prépa du CNED, c’est tout l’inverse. "C’est tout sauf une émulation de mauvais aloi", défend-t-elle. "L’ambiance était vraiment sympa avec beaucoup d’entraide entre nous, confirme de son côté Julie, en première année à Sciences po Paris, qui a suivi la prépa d’été du CNED au lycée Lafontaine. Il n’y avait aucune compétition entre nous". Mais… "Nos grands adversaires, c’était la prépa Lakanal [prépa de la Maison d’éducation de la légion d’Honneur]. C’est ceux qu’il fallait battre", raconte-t-elle en riant. Résultat ? "Je crois que nous n’avons pas gagné", avoue-t-elle.
 

… ou concurrence ?

 
Une certaine solidarité que l’on retrouverait dans toutes les prépas Sciences po ? Pas forcément ! Si Lucie, en 1ère année à Sciences po Paris, reconnaît que ses profs étaient géniaux et "n’encourageaient pas du tout les élèves à se mettre en concurrence", la jeune fille n’a pourtant pas trop apprécié l’ambiance de la prépa. Elle a suivi tous les stages d’Ipesup-Prepasup lors des "petites" vacances scolaires, et trois semaines en été. "C’était un milieu social très différent du mien, ça m’a fait un petit choc", avoue l’étudiante de "classe moyenne", originaire d’une petite ville de province. "C’était vraiment la bourgeoisie des grands lycées parisiens. Même sur le plan vestimentaire, j’avais l’impression de ne pas trop avoir ma place", se souvient-elle.

C’est également la concurrence qu’elle a ressentie qui l’a dérangée. "Certains disaient toujours bien fort leurs notes dès qu’elles étaient bonnes pour faire de l’étalage. Pareil avec les connaissances, pour montrer qu’on en a, raconte-t-elle. Quand on recevait le relevé de notes, tout le monde regardait un peu au-dessus de l’épaule de son voisin." Un sentiment qui ne l’a pas empêchée de se faire quelques amis et de "ne pas en sortir traumatisée", dit-elle en riant. D’autant qu’elle a réussi le concours d’entrée à Paris !
Sommaire du dossier
En prépa Sciences po : tenir le rythme en plus de la préparation du bac Prépa Sciences po : s’entraîner à une méthodologie différente du lycée Prépas Sciences po : gare au formatage ! Comment les prépas Sciences po recrutent leurs élèves Un samedi après-midi ordinaire dans une prépa Sciences po parisienne