L’oral de Sciences po, 20 minutes pour convaincre

Par Camille Stromboni, publié le 13 Septembre 2013 - Mis à jour le 05 Decembre 2017
7 min

Les deux “épreuves” cruciales pour entrer à Sciences po Paris sont l’examen du dossier et l’oral. Comment tirer son épingle du jeu ? Voici les conseils des membres des jurys et d’ex-lycéens admis à l’IEP.

Après l’écrit… l’oral ! Les candidats jugés admissibles à Sciences po [grâce à leurs résultats aux trois épreuves écrites] doivent passer un entretien, qui permet de juger leur motivation, leur curiosité intellectuelle, leur capacité à mobiliser des connaissances pertinentes, leur ouverture d’esprit...

“Vous avez 20 minutes pour convaincre, insiste Delphine Grouès, directrice exécutive des études et de l'innovation pédagogique. Il ne faut pas hésiter à montrer votre enthousiasme.” Après s’être présenté, le jury vous laisse souvent le faire à votre tour. “Préparez bien les éléments que vous souhaitez porter à notre connaissance, indique-t-elle, tout en arrivant le plus frais possible.” Attention : “Il faut avoir en tête ce que vous avez écrit dans votre lettre de motivation, souligne Éric Cobast, enseignant spécialiste des concours des IEP, car ce sera le point de départ de la discussion.

Un bon oral, ça se prépare !

“Travaillez vos réponses, pour ne jamais être pris de court, conseille Adèle, admise à Sciences po en 2012 après avoir passé l’oral. J’ai réfléchi à toutes les questions que pourrait me poser le jury : les classiques sur ‘pourquoi Sciences po’ et mon projet personnel, mes points forts, mes points faibles, etc., ainsi que celles qui tournaient autour de mes passions. Enfin, les questions qui pourraient être posées à la vue de mon dossier scolaire. Je préparais à chaque fois mes réponses sous la forme de petits tirets, pour avoir en tête mes idées et m’exprimer de manière fluide, sans pour autant réciter un texte appris par cœur.”

Le jury peut également vous donner, au cours de l’entretien, une image que vous devrez présenter et analyser. Il peut s’agir d’une caricature, d’une photo, d’un document iconographique… tirés de l’actualité. “Ce n’est pas un test de connaissances mais une manière de voir la capacité d’analyse du candidat”, indique Vincent Martigny, enseignant à Sciences po. Et sa manière de réagir face à l’inconnu !

Faut-il être très cultivé pour réussir l’entretien ? Notez bien qu’il ne s’agit pas d’un oral de connaissances, de culture générale ou d’actualité. Il faut avant tout être capable de défendre son projet. Quel qu’il soit. Cela signifie un certain nombre de savoirs et un parcours cohérent.

Des questions sur votre projet et sur l’actualité

Le jury peut ainsi vous poser des colles, en lien avec ce que vous avancez. “J’ai expliqué que je voulais rejoindre le master affaires publiques. Ils m’ont demandé d’expliquer ce qu’était un préfet… J’ai séché”, raconte un candidat déçu. “Nous creusons pour vérifier la solidité du projet, confirme Vincent Martigny. Un candidat nous a par exemple expliqué qu’il aimait la politique. Nous lui avons demandé qui était Pierre Moscovici. Il n’avait aucun élément de réponse… C’est embêtant.”

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Mais l’entretien ne s’arrête pas là pour autant. “Tout le monde peut avoir un trou, même immense”, rassure l’enseignant. Un peu d’agilité intellectuelle sera ici la bienvenue : essayez de mettre en avant ce que vous savez, de manière fine et sans trop vous éloigner de la question posée.

Un suivi de l’actualité est, dans tous les cas, indispensable, au moins pendant l’année de terminale (dès la première, dans l’idéal), tout comme un intérêt pour la vie politique, qui constitue tout de même l’un des fondamentaux de l’IEP.

La cohérence de votre parcours et votre connaissance de Sciences po

Outre ces connaissances, le jury vérifie la cohérence de votre parcours avec votre projet. “Nous attendons par exemple d’un lycéen qui déclare qu’il veut devenir journaliste depuis longtemps qu’il ait au moins participé au journal de son lycée, voire qu’il l’ait créé s’il n’existait pas, ou qu’il ait effectué un stage”, illustre David Colon, professeur d’histoire et directeur de la préparation à l’agrégation.

Une bonne connaissance de l’IEP et de ses cursus est enfin nécessaire. “Passez le plus de temps possible sur le site Internet de Sciences po, il regorge d’informations”, conseille Éric Cobast. “Il faut regarder les maquettes pédagogiques, les cours, savoir à quoi ressemble une journée à l’IEP, appeler pour se renseigner sur un programme, etc.”, insiste Delphine Grouès.
Aller aux journées portes ouvertes de l’école dès votre année de seconde ou de première vous sera très utile pour découvrir l’IEP, ses enseignants, ses étudiants, et voir si cela correspond vraiment à votre projet.

Venez comme vous êtes… ou presque !

“Le meilleur conseil à donner aux candidats pour réussir l’oral, c’est de venir tels qu’ils sont, et de le rester au cours de l’entretien !” assure David Colon, reprenant le slogan d’une célèbre enseigne de restauration rapide. Et d’ajouter : “Il est en effet dangereux de présenter un projet artificiel qui ne correspond pas vraiment à son parcours, ni à ses goûts, et qui ne s’est jamais concrétisé dans ses choix au lycée et dans ses activités extra­scolaires.” Tchatcheurs s’abstenir, donc (contrairement à l’idée que l’on peut se faire parfois de Sciences po).

“Ne dites pas quelque chose pour donner une bonne image de vous, si ce n’est pas vrai”, insiste Delphine Grouès. “L’erreur des prépas privées, insiste David Colon, c’est de donner des formules de motivation ‘clé en main’, alors qu’il n’existe pas une bonne réponse à un oral de motivation.”

Même chose en ce qui concerne le style vestimentaire. “Nous voulons des gens normaux, sourit l’enseignant. Les candidats font souvent un effort particulier, par égard pour le jury, et cet effort est plutôt apprécié. Toutefois, il est d’abord important d’être naturellement à l’aise dans les vêtements que l’on porte.”

Restez mesuré aussi dans vos propos, prévient Adèle, entrée à l’IEP en 2012. C’est le conseil de mon professeur d’histoire : un moyen de faire preuve de maturité. Je l’ai mis en pratique par exemple sur le choix de master. J’ai reconnu que mon objectif actuel pouvait évoluer après les trois premières années à l’IEP et la situation du marché du travail.”

Un vocabulaire bien choisi

Profitez-en car ce n’est pas un oral “piège”. “Nous n’essayons jamais de déstabiliser gratuitement un candidat”, assure Vincent Martigny. Timides, vous avez vos chances. “Nous ne recherchons pas des candidats spécialement volubiles, l’important est d’avoir une bonne qualité d’expression”, ajoute-t-il. Commencez par bannir les expressions familières, les “génial” et les “super”, par exemple !

“Il est parfois difficile de trouver les bons mots et de garder son sang-froid en parlant de ce qui nous tient à cœur, raconte Adèle. Pour ne pas céder à l’émotion, je me focalisais sur ma très forte envie d’entrer à Sciences po, tout en me répétant toujours que je ne jouais pas ma vie sur cet oral.” Ce qui lui a réussi.

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