Rapport Descoings sur le lycée : des réactions plutôt positives

Par Virginie Bertereau, publié le 02 Juin 2009
6 min

A peine le directeur de Sciences po Paris rendait-il à Nicolas Sarkozy ses préconisations pour réformer le lycée (après une consultation de plusieurs mois notamment auprès de 80 établissements) que les réactions n'ont pas tardé côté gouvernement et côté partenaires sociaux. 

Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale : "Des préconisations utiles soumises aux chefs d'établissements"

Le ministre de l'Education nationale a déclaré que le rapport Descoings comprenait des "préconisations utiles" qui touchaient "à des domaines absolument centraux", comme "l'orientation, le rééquilibrage des filières, le statut des langues vivantes, le privilège qu'il faut raccorder à la langue française et puis aussi à l'organisation du temps de travail".

Ces propositions seront "soumises aux chefs d'établissements" selon la volonté de Nicolas Sarkozy. "Le président de la République a souhaité que ces préconisations soient largement débattues dans nos établissements scolaires. Nous allons le faire, les distribuer, les faire connaître, de sorte que nous puissions faire remonter les synthèses des opinions, des réactions à ce document", a déclaré Xavier Darcos, en réponse à une question de Muriel Marland-Militello (députée UMP des Alpes-Maritimes) à l'Assemblée nationale. Les chefs d'établissements sont invités à faire des remontées aux recteurs qui eux-mêmes feront des remontées au ministère. Lequel devrait prendre en compte ces retours, le rapport Descoings et le rapport Apparu pour mettre en place "un projet d'action utilisable dès la rentrée 2010".

Antoine Evennou, secrétaire général de l'UNL (Union nationale lycéenne) : "Nous sommes un peu plus confiants mais nous restons sur nos gardes"


"Richard Descoings reprend beaucoup de revendications de l'UNL (sur l'engagement du lycéen, la pédagogie, etc.) et donc a répondu à sa mission de consultation. Seul problème : l'orientation. Son rapport mentionne des propositions intéressantes mais oublie la création d'un service public d'orientation comme l'avaient prévu Xavier Darcos ou Benoist Apparu, dont le rapport comportait des idées intéressantes mais ne parlait pas spécifiquement de la pédagogie ou de l'engagement lycéen. S'il y avait demain une réforme à mettre en place, nous préférerions donc commencer par le projet Descoings qui répond davantage à nos attentes.
La question fondamentale qui se pose aujourd'hui est : que va faire le gouvernement de ce rapport et quelle politique budgétaire va être mise en place ? L'UNL pense qu'il faut mettre des moyens dans l'éducation. Les propositions de Richard Descoings - la rénovation de la voie technologique, l'augmentation du nombre de co-psys, l'accompagnement scolaire... - nécessitent une augmentation de moyens.
Nous demandons donc une vaste concertation. Nous espérons repartir sur de bonnes bases. Nous sommes un peu plus confiants mais nous restons sur nos gardes. Les lycéens ne seront pas dupes et sauront se mobiliser s'il le fallait."

Roland Hubert, co-secrétaire général du SNES-FSU, principal syndicat de professeurs du second degré :"Un rapport prudent"


"Le rapport Descoings, avec prudence, reprend certaines de nos préconisations comme la mise en place d’une vraie classe de seconde de détermination, un travail sur les trois voies du lycée (générale, technologique et professionnelle), le développement de la spécificité de la voie technologique (et notamment la rénovation de la filière STI), une réforme qui s’attache à la structure mais aussi aux contenus et à la méthode, etc. Comme nous, Richard Descoings émet des doutes sur une modularisation des enseignements préconisée par Xavier Darcos et Benoist Apparu, le rapporteur de la mission parlementaire sur le lycée. Autant de points entendus lors de la consultation...
Néanmoins, le rapport Descoings manque de précisions (par exemple sur la définition de la mission des conseillers d’orientation psychologues) et fait peu de propositions concrètes. Il évoque un certain nombre de scenarii à la fin. On attend de voir ce que va choisir le politique… En outre, nous attendons un message fort : une réforme du lycée n’est pas faite pour gagner des moyens mais pour favoriser la réussite des jeunes. Elle doit s’inscrire dans la durée et être dégagée des contraintes budgétaires."

Tristan Maupoil, porte-parole de RNL (Réformons nos lycées) : "Rien de concret pour les lycéens"
 

Fidèle à l'UMP, Tristan Maupoil, le porte-parole de l'association RNL (Réformons nos lycées) qui avait ouvert un groupe Facebook pro-réforme Darcos à l'automne 2008, a jugé que la consultation de Richard Descoings n'aboutissait qu'à "des évidences connues depuis longtemps mais rien de concret" dans un communiqué. "La revalorisation des filières technologiques, le rééquilibrage des filières générales, la diminution des heures de cours : autant de sujets qui ont été abordés bien avant la nomination de Monsieur Descoings", déclare-t-il dans un communiqué. "On approuve bien évidement ces déclarations d'intentions, de même de la revalorisation de la démocratie lycéenne, mais on se demande où sont passées les préconisations révolutionnaires de Richard Descoings", ajoute-t-il.
RNL salue l'idée d'avoir de l'oral dans les épreuves de langues au bac mais s'oppose à des heures de travail personnelles obligatoires dans l'emploi du temps du lycéen, "idée reprise à la commission Apparu".

Christian Chevalier, secrétaire général du SE-UNSA :"Les mesures proposées relèvent trop souvent de l’anecdotique ou du vœu pieux"
 

Dans son communiqué, le syndicat des enseignants - UNSA s'interroge sur ce qu'il faut penser du rapport Descoings et hésite entre "pragmatisme réaliste, déminage politique et habileté tactique". Selon son secrétaire général, "tous les acteurs sont entendus, reconnus, valorisés, "aimés"". De quoi rester sur ses gardes... "Si on résume les propositions qui pourraient être mises en oeuvre à la rentrée 2010, où seront les vrais changements ? Les voies générale et technologique maintenues séparées, une série S plus typée, une série L plus polyvalente, ne changeront rien aux hiérarchies existantes !", déclare le communiqué.

"Pour le SE-UNSA, les mesures proposées relèvent trop souvent de l’anecdotique ou du vœu pieux. Certes, Richard Descoings insiste, à raison, sur l’importance de l’orientation, de l’accompagnement personnalisé et de la rénovation des enseignements. Mais comment faire sans toucher à l’organisation de la scolarité, à l’emploi du temps des lycéens et aux missions des enseignants ? Or, ces sujets sont esquivés ou renvoyés à une hypothétique "vaste concertation", dont on pensait pourtant qu’elle venait d’avoir lieu…", déplore le syndicat, dont les membres restent vigilants. 

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