Premiers ratés sur la procédure d’affectation dans les lycées parisiens

Par Emmanuel Vaillant, publié le 02 Juillet 2009
6 min

Affelnet, 3ème ! Pour sa troisième édition, le logiciel Affelnet, chargé de valider les inscriptions des collégiens dans les lycées, a connu, cette année comme en 2009, quelques ratés, notamment en région parisienne.

parents mobilisés devant le rectorat de parisLa procédure informatique d’affectation des collégiens parisiens qui a été inaugurée en 2008 vient-elle de connaître son premier bug ? Jeudi 2 juillet, alors que tombaient les premières annonces d’affectation, environ 1600 élèves se retrouvaient sans aucune affectation. Un millier postulaient dans un lycée professionnel et 572 dans un lycée général ou technologique. Dans un premier temps, le rectorat de Paris ne constatait "aucun dysfonctionnement majeur". Il assurait que "tous les enfants trouveront une place dans un lycée parisien". Vendredi 3 juillet dans la matinée, après avoir reçu des délégations de parents mécontents, Philippe Fatras, l’inspecteur d’académie du rectorat de Paris pour le second degré, se voulait rassurant :  "Techniquement, les affectations se sont très bien déroulées dans la plupart des cas, puisque que 95 % des élèves ont été acceptés dans le lycée de leur choix, et 90 % sur leur premier vœu."

"Des places... dans les plus mauvais lycées"


Mais ces chiffres n’ont évidemment pas calmé la colère des parents dont les enfants n'avaient aucune affectation acceptée. Une centaine d’entre eux s'est regroupée ce vendredi 3 juillet devant le rectorat. "Ma fille qui a pourtant 12,5 de moyenne générale se retrouve sans aucune place, témoigne par exemple Sylvie. Elle a été refusée dans les six lycées auxquels elle avait postulé. Et la seule réponse que nous donne le rectorat est d’attendre." "Mon fils avait choisi son lycée en fonction d’une option artistique, témoigne Isabelle. Nous venons d’apprendre qu’il n’est pas pris dans aucun établissement alors qu’il a un bon dossier scolaire et que des élèves ayant le même niveau ont été retenus." "On nous demande de nous inscrire là où il reste des places, c’est-à-dire dans les plus mauvais lycées", tranche Hélène qui a ouvert  un blog pour fédérer les parents. De fait, sur le site du rectorat, un état des lieux des places vacantes dans les lycées est en ligne. Par exemple, 10 places sont libres au lycée Bergson (19e arrondissement), 37 au lycée Edgard Quinet (9e), 42 au lycée Camille See (15e), 19 au lycée Verlomme 15e) ou encore 46 au lycée François Villon (14e), autant d’établissements qui figurent en bas de classement des lycées parisiens.

Des critères objectifs mais incompris


Mise en place l’an passé (voir l’article publié sur Educpros le 8 juillet 2008), cette procédure d’affectation visait pourtant à rompre avec un système longtemps décrié en raison des inégalités de traitement. Lors de commissions d’affectation, les proviseurs de lycée "faisaient leur marché" en se passant les dossiers des élèves. Désormais, l’affectation s’opère en fonction de critères précis traités par informatique. L’élève formule six vœux. Ils sont examinés par un système informatique qui attribue un maximum de 1500 points sur des critères précis : 700 points concernent les notes du contrôle continu du brevet, 400 points sont accordés en fonction de la proximité du domicile au lycée, 200 points si l’élève est boursier, 150 points si le lycée est un premier vœu et 50 points si un frère ou une sœur est déjà inscrit dans le lycée demandé. "Nous n’avons aucune information sur le nombre de points qui, au final, ont été affectés à chaque dossier, râle Nadine, une mère d’élève sans affectation. C’est le flou le plus total et le rectorat se réfugie derrière ce sacro-saint système informatique."

Un effet social qui fait grincer


pétition parents affectation lycéePar ailleurs, aussi objectifs soient-ils, ces critères et leur pondération sembleraient créer un biais social dont l’enjeu est de taille. "Une majorité de bons élèves non boursiers avec 13 à 16 de moyenne générale en troisième n'ont eu aucune affectation alors que des boursiers ayant 10 ou 11 de moyenne sont pris dans des lycée au niveau très élevé comme Chaptal ou Claude Monet," souligne Hélène. Plus vindicatif, François-Xavier, père d’un enfant scolarisé dans un établissement du 5e arrondissement, ne décolère pas : "Ces lycées ont été dépouillés de leurs élèves. C’est peut-être politiquement incorrect à dire, mais j’estime que nos enfants n’ont pas à payer individuellement le prix de la mixité sociale !". Le mot est lâché, et suscite quelque gêne du côté de certains parents. "On a bien conscience que le sujet est très sensible, note Karen, une mère d'élève. Ce système profite aux boursiers et c'est tant mieux. Mais il pénalise ceux qui ont un niveau correct et qui ne sont pas boursiers." Côté rectorat, Philippe Fatras apporte une explication : "Il y a là un effet que nous n’avions certes pas prévu sur des lycées cotés qui ont été très demandés par des boursiers dans certains quartiers parisiens. Cependant, le critère de boursier apporte certes des points supplémentaires, mais pas plus que l’an passé."

Des solutions envisagées sauf pour les élèves issus du privé


Apparemment conscient du problème soulevé, le rectorat s’est engagé vendredi 3 juillet sur plusieurs propositions qui devraient "libérer des places" à l’occasion d’un deuxième tour qui débutera le 6 juillet : "Les élèves ayant une affectation doivent s’inscrire dans leur lycée avant samedi 4 juillet à 12 heures, explique Philippe Fatras. Toutes les places laissées vacantes seront mises au pot commun pour être proposées aux élèves sans affectation." Par ailleurs, les proviseurs seront invités à ouvrir à tous des places qui étaient fléchées sur des options spécifiques.

rectorat de parisReste les parents qui, devant le rectorat, étaient les plus dépités : ceux dont l’enfant est inscrit dans un collège privé et qui souhaitent passer dans un lycée public. Ils ne pourront solliciter une place que lors d’un troisième tour prévu la semaine du 6 juillet. "Ma fille à 16 de moyenne générale. Elle a travaillé dur pour se préparer à passer dans un lycée public de qualité. Et aujourd’hui on ne lui permet même pas de déposer un dossier. Autant nous faire courir une course en nous retenant sur la ligne de départ," témoigne le père d’une élève. "Nous sommes victimes d’une véritable discrimination. Nous payons des impôts comme tout le monde et nous n’avons pas accès au service public," s’emporte une mère qui envisage sérieusement de saisir sur ce sujet rien de moins que la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité). Pour ces parents, l’inspecteur d’académie ne laisse entrevoir aucun espoir : "C’est une politique du rectorat que nous avons toujours affichée clairement : nous ne pouvons pas garantir à un élève du privé qu’il aura une place dans le public." 

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