Faismesdevoirs.com ferme ses portes

publié le 21 May 2007
5 min

L'Etudiant sélectionne pour vous une série de bons plans pour petits budgets.

« Les nouvelles technologies doivent servir à nous améliorer et non à nous assister. » La phrase ne vient pas d’être trouvée sur un quelconque forum de discussion dénonçant le très bruyant concept de faismesdevoirs.com, mais figure sur la page d’accueil du site lui-même. Vendredi 6 mars 2009, à 18 h, son jeune fondateur, Stéphane Boukris, a finalement annoncé la fermeture du site, le lendemain de son lancement.


Ce site Internet, payant, avait affolé le monde de l'éducation pendant une semaine. Celui-ci proposait en effet aux collégiens et aux lycéens de faire réaliser faismesdevoirs.comleurs devoirs dans sept matières (+ une catégorie exposé/TPE) par des "professeurs". Soit, selon les propriétaires du site, 80 % d’étudiants de grandes écoles et 20 % de "professionnels" (enseignants ou professions libérales) payés de 15 à 35 € de l’heure. Pour les tarifs clients, étaient annoncés 5 € les trois questions de maths résolues, 10 € le plan détaillé d’une dissertation d’histoire, 25 € les quatre exercices de physique, 30 € l’exposé de géographie clé en main… Le tout, promis juré, livré entre 24 et 72 heures après l’envoi de l’énoncé, selon le niveau de difficulté. Pour commander, il aurait suffit de créer un compte à points rechargeable par SMS, Audiotel, PayPal, mandat postal, cash ou cartes prépayées disponibles au départ dans quelques points de vente fréquentés par les djeunes (salles de jeux en réseau, vidéoclubs, cybercafés…).

S.O.S devoirs

Finalement, le site créé par Stéphane Boukris, le jeune co-fondateur du site (il est âgé de 25 ans) de la société Staaf, spécialisée dans les services à domicile, ne faisait qu’institutionnaliser (industrialiser ?) une pratique existante dans les cours de récréation. "Franchement, ça se fait déjà au lycée, entre élèves. Quand on galère sur un devoir, cela dépanne, le temps de bien comprendre le cours. Cela permet aussi de prendre quelques points pour maintenir ou rattraper une moyenne. Après, il ne faut pas que cela devienne une habitude…", témoignait Marie, lycéenne lucide en terminale S.

La réflexion plus importante que le résultat

Et les enseignants, qu'en disaient-ils ? "Cela n’a aucun intérêt. Premièrement, cela pose la question du sens des devoirs et de la communication professeurs/élèves. Si j’apprenais que les miens utilisaient ce genre de procédé, je chercherais à savoir pourquoi. Je leur expliquerais que les devoirs constituent des extensions du cours. Que l’important n’est pas le résultat mais la démarche. A la rigueur, s’il n’y a pas de réflexion, autant ne pas faire le devoir du tout ! Deuxièmement, tout cela est très illusoire… Il suffit de faire passer les élèves au tableau et de les titiller un peu pour connaître leur niveau réel. Enfin, cela brouille les cartes : cela donne l’impression que l’élève travaille bien alors qu’il obtient de mauvaises notes aux contrôles. Cela sape notre diagnostic", avait démontré Cédric Lémery, professeur de physique-chimie et créateur du blog physique du Web pédagogique.

"Anti-pédagogique" selon le ministre

De son côté, Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, avait dénoncé "le caractère anti-pédagogique de l’offre de devoirs" du site et s’élève contre "les pratiques mercantiles qui, sous prétexte de venir en aide aux élèves, tendent en réalité à accroître les contrastes sociaux et prétendent réserver la réussite scolaire à ceux-là seuls qui ont les moyens de la financer". Et de faire l’apologie de l’accompagnement éducatif gratuit après l’école et des stages de langue intensifs qu’il a mis en place des pour les lycéens.

L'idée qui fait parler

Toutes ces accusations, Stéphane Boukris (diplômé de l’ESSEC), les connaît par cœur. Et, il avait alors rétorqué aussi sec. "Faismesdevoirs.com est un vrai outil pédagogique. Il est destiné à aider les élèves en grande difficulté. Pour preuve, les utilisateurs pourront se servir des annotations pour progresser. Il n’est pas question de tricherie puisqu’ils seront évalués lors de leurs contrôles", affirmait-il pour sa défense. Le chef d’entreprise, qui comparait son activité à du "conseil en stratégie" rappellait également que tout cela restait légal (il s'était d'ailleurs entouré de plusieurs avocats pour bétonner le dossier). Mais le buzz aura finalement été grand : après avoir buggé le jour d'ouverture, sans doute à cause des trop nombreuses connexions, les fondateurs du site se sont rétractés. Ils ont tenus à "présenter toutes [leurs] excuses dans la mesure où [ils] réalisent à ce jour, à quel point ce site va à l’encontre de [leurs] propres valeurs".



Virginie Bertereau

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