1. Présidentielle : la jeunesse des finalistes

Présidentielle : la jeunesse des finalistes

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Saviez-vous que Ségolène Royal a grandit sous le joug d’un père militaire qu’elle assignera en justice aux côtés de sa mère lorsque celui-ci refusera de divorcer et de leur verser une pension ? Imaginiez-vous que Nicolas Sarkozy était un élève médiocre et dissipé avant de devenir le brillant associé d'un cabinet d'avocats et d'entrer en politique ? A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, retour sur quelques faits marquants de la jeunesse des deux finalistes.

Sa bataille s’inscrit dans « la longue marche des femmes, riche de silences et d’injustices » qui lui tient tant à coeur. La candidate du PS a franchi un pas décisif. Quelle que soit l’issue du scrutin du 6 mai prochain, elle restera dans l’histoire la première femme présidentiable de France.


L’école, la clef de la liberté. Excellente élève, elle sait très tôt que ce sont les études qui lui permettront d’échapper à l’avenir auquel on la destine. Ce rôle d’épouse modèle vouée aux tâches ménagères, Marie-Ségolène n’en veut pas. Déjà, la petite fille menue aux longues nattes brunes supporte mal l’inégalité de sa condition. Se battre pour le droit des femmes, sera plus tard une de ses constantes préoccupations. « C’est par le combat féministe que j’ai découvert la chose publique et la politique, raconte t-elle. Je refusais le destin réservé aux femmes dans les familles traditionnelles. Cela me semblait injuste ». Rebelle sous ses airs sages, elle se plie avec difficulté à la loi paternelle. C’est qu’il faut marcher droit chez les Royal, tel un bon petit soldat ! Officier d’artillerie, le père ne badine pas avec la discipline et élève sa jeune troupe à la baguette. Jacques Royal et Hélène, née Dehaye, ont eu huit enfants en neuf ans. Cinq garçons et trois filles.

Le retour aux sources. Née à Dakar, le 22 septembre 1953, où son père est alors en garnison, Marie-Ségolène est la quatrième de la fratrie. Après l’Afrique, Châlon et Fort-de France, c’est le retour en Lorraine, le berceau familial. La proclamation de l’indépendance de l’Algérie a ébranlé les certitudes de ce militaire engagé à l’âge de 19 ans, conformément aux souhaits de son père le général Florian Royal. Dérouté par les évènements, à 43 ans, Jacques Royal demande sa retraite anticipée pour se retirer sur la terre de ses ancêtres. Marie-Ségolène a 10 ans. C’est dans la maison de la famille paternelle, à Chamagne, un petit village des Vosges de 400 habitants, que la jeune fille va vivre son adolescence. Un ancien pavillon de chasse ayant appartenu aux ducs de Lorraine.

L’apprentissage de la discipline. L’ambiance est austère dans la grande maison vosgienne. La vie est ponctuée par le bénédicité, les vêpres et la messe dominicale à laquelle la jeune tribu se rend en rang par deux. Depuis son retour à la vie civile, Jacques Royal se consacre à ses nouvelles activités de voyageur de commerce et d’adjoint au maire de Chamagne. Lorsqu’il n’est pas sur les routes, ce père traditionaliste, pointilleux sur l’éducation religieuse, autoritaire et avare de tendresse, se fait un devoir d’inculquer à sa famille les valeurs qu’il juge essentielles : l’obéissance et l’honneur. Celui-ci à la main facile et les coups pleuvent sur garçons à la moindre incartade. Il attend d’eux qu’ils perpétuent la tradition familiale et servent la patrie. Mais seul l’aîné de ses fils, Gérard, fera l’école de guerre. Les filles, on leur demande seulement d’être des jeunes femmes accomplies, qui se consacreront plus tard à leur foyer.

L’émancipation.
C’est sa scolarité irréprochable qui aide Marie-Ségolène à s’émanciper du joug paternel et à gagner sa liberté. A 15 ans, Jacques Royal accepte de la laisser partir en pension à l’institution Notre-Dame d’Epinal. Son baccalauréat en poche, elle obtient la permission de poursuivre ses études et s’inscrit en sciences économiques à la faculté de Nancy (54). C’est à cette époque que sa mère, Hélène Royal, jusque-là si docile, claque la porte du domicile conjugal. Aux côtés de celle-ci, décidée à le faire payer, Marie-Ségolène assigne son père en justice qui, fidèle au principe de l’église, refuse de divorcer et de verser une pension pour ses enfants. Tenace, elle obtiendra gain de cause après des années de procédure, peu de temps avant la mort de son père en 1981, emporté d’un cancer du poumon à 60 ans.

L’adhésion au PS.
Elle décroche sa licence de sciences économiques mais n’a pas l’intention d’en rester là. « Je voulais apprendre, j’aimais les études », confie t-elle. Elle entre ainsi à l’IEP (institut d'études politiques) de Paris dont elle sort diplômée en 1978 et tente l’ENA (Ecole nationale d'administration), où elle est reçue au bout de la seconde fois. C’est alors que la future candidate à l’investiture pour l’Elysée prend sa carte de membre du Parti socialiste. Son penchant pour les idées progressistes de gauche n’est pas tout à fait nouveau. Cela fait déjà un moment qu’elle s’est rendue à un meeting socialiste écouter parler Michel Rocard lors de son passage à Epinal et qu’elle suit avec intérêt les interventions télévisées de Françoise Giroud. « Elle m’inspirait beaucoup de respect et m’a marquée. C’était une grande journaliste, une femme de tête et de caractère qui a su réussir dans un monde alors presque exclusivement féminin », explique t-elle. C’est aussi à cette même époque qu’elle abandonne le Marie de son prénom. Une façon de tourner une autre page sur son enfance.

Une élève discrète. Pour beaucoup d’anciens camarades de la promotion Voltaire, son passage à l’ENA n’aura pas laissé de grands souvenirs. On la décrit comme une étudiante plutôt en retrait. « Insignifiante », disent certains. Mais si elle semble effacée, peu encline à se mettre en avant, d’autres louent son caractère intransigeant et sa grande indépendance. Volontaire, elle ne lâche pas prise. Malgré des débuts en politique difficiles, elle patientera cinq ans pour décrocher une implantation d’élue qu’elle obtiendra finalement grâce au soutien de Mitterrand. Elle est parachutée dans les Deux-Sèvres. Peu importe. Après une campagne musclée, elle rafle la députation d’une circonscription historiquement ancrée à droite et savoure son premier succès politique.

Coup de foudre à l’ENA. Bosseuse et acharnée, elle a un autre atout : on la trouve « charmante ». Lors d’une soirée de l’ENA, son charme séduit en tout cas l’une des stars de la classe. François Hollande est un joyeux drille, aussi expansif et chaleureux qu’elle se montre sérieuse et discrète. Pourtant, malgré les différences de caractère, chacun semble avoir trouvé l’âme sœur. Et c’est sans voile blanc ni bague au doigt que la jeune fille pétrie dans la religion catholique depuis sa plus tendre enfance choisit de vivre sa relation avec François Hollande. Le couple aura quatre enfants et optera pour le Pacs en 2001.

Les copains d’hier et d’aujourd’hui. Sur les bancs de l’école se nouent des amitiés indéfectibles. Les copains de l’ENA se nomment Henri de Castries, aujourd’hui président du directoire d’Axa, Michel Sapin, secrétaire national du PS chargé de l’économie et Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture. S’ils ne font pas parti du clan, la promo compte également dans ses rangs quelques futures célébrités dont Frédéric Bredin, directeur délégué auprès du directoire de Lagardère active Média, Pierre Mongin, PDG de la RATP et notre Premier ministre, Dominique de Villepin. Un cru assez exceptionnel !

Un pied à l’Elysée. Moins bien classée que son compagnon qui sort onzième de l’ENA et intègre la Cour des Comptes, Ségolène obtient la 95ème place et choisit une affectation de magistrate au tribunal administratif de Paris. Vite repéré par Jacques Attali, François Hollande entraîne sa compagne dans son sillage. Tous deux profitent de la vague rose et se retrouvent chargés de mission à l’Elysée en 1982, formant désormais un duo politique incontournable.

Femme et présidentiable.
Médiatique, Ségolène Royal laisse volontiers pénétrer les français dans son intimité. Alors ministre, elle n’hésite pas, à peine avoir accouché de son quatrième enfant, Flora, de montrer le bébé aux photographes et aux caméras de télévisions. Elle aime rappeler : « Je suis une femme, je suis une mère et je peux l’assumer dans ma relation au pouvoir ». Et mettre en avant cette sensibilité féminine pour toucher le cœur du public.
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Nicolas Sarkozy, la fascination du pouvoir