1. Retraite : les jeunes se mobilisent

Retraite : les jeunes se mobilisent

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Jeudi 28 octobre 2010 : nouvelle journée de manifestations contre la réforme des retraites. A cette occasion, des étudiants issus de diverses formations (université, école de commerce, d’ingénieur ou spécialisée…) nous parlent de leur engagement ou au contraire de leur opposition à ce mouvement. Ces témoignages, très contrastés, montrent que sur ce sujet des retraites, la jeunesse étudiante ne parle pas d’une seule voix.

"Ma génération restera précaire toute sa vie et va galérer jusqu’à la retraite"
Emilien Petit, 18 ans, en deuxième année à Sciences po Paris
emilien-sciencespo-parisMobilisé contre la réforme des retraites, il l’est. Étudiant en deuxième année à Sciences po Paris, Emilien a déjà battu le pavé une fois, lorsqu’il était lycéen dans le Nord-Pas-de-Calais, contre la loi LRU [autonomie des universités]. Mais ce n’était pas pareil. "Mon engagement actuel est très différent. Aujourd’hui, je suis bien plus informé sur la réforme que je ne l’étais alors", explique cet étudiant de 18 ans. Syndiqué à l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) depuis un an, il a suivi toutes les manifestations depuis la rentrée, contre l’avis de sa famille.
Pourquoi cet engagement ? "Je pense que cette réforme est injuste et inégalitaire. Surtout sur la question du financement : on taxe trop le travail et pas assez le capital. L’obstination du gouvernement qui nie la mobilisation est aussi assez dégoûtante", dénonce-t-il. Et qu’on ne vienne pas lui dire qu’il est trop jeune. "Quand je vois le mépris de la jeunesse aujourd’hui, c’est presque malsain. La retraite, on y est tous destinés. Il n’y a pas de différence entre celui qui sera à la retraite dans 20 ans ou dans 40 ans".
Pas de différence, hormis celle d’appartenir à une génération qui "restera précaire toute sa vie et va galérer jusqu’à la retraite", pas comme celle des baby-boomers, "qui auront une vraie retraite", estime Emilien. Son cursus actuel lui fait tout de même relativiser cette inquiétude envers l’avenir. "Sciences po, ce n’est vraiment pas le pire. Pour mes amis dans d’autres filières, la peur du marché de l’emploi est encore plus légitime". Propice au débat, l’IEP (institut d’études politiques) n’est pas pour autant un lieu de mobilisation, au contraire. "Les avis des étudiants sont partagés. Nous ne sommes pas bloqués et ce n’est pas du tout à l’ordre du jour", raconte-t-il. Deux AG (assemblées générales) ont été organisées dans l’établissement depuis le début du mouvement tandis que les absences sont comptabilisées, jour de manif ou pas !
Camille Stromboni


"En tant que travailleur social, je me vois mal travailler jusqu’à 70 ans"
Alexandre, 26 ans, élève en première année d’éducateur spécialisé
alexandre-irts"AG jeudi 28 octobre à 12h30". C’est ce qu’on peut lire à l’entrée de l’IRTS (Institut régional du travail social) de Paris. C’est la première assemblée générale de l’institut, faiblement mobilisé depuis le début du mouvement. Une mobilisation un peu tardive selon Alexandre, 26 ans, élève en première année d’éducateur spécialisé. Après un bac S, une licence de géologie et un passage par l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres), le jeune homme a fini par trouver sa voie à l’IRTS.
Jeudi 28 octobre, Alexandre ne participera pas à l’AG. "Ma formation impose que je sois en cours du lundi au mercredi et en entreprise durant la fin de semaine", déclare le jeune homme. Mais il reste mentalement mobilisé.
Pour informer les étudiants, quelques tracts étaient distribués à l’entrée du métro. Mais personne n’est venu les chercher. Cela n’empêche pas Alexandre de se sentir concerné. "Cette réforme m’inquiète. En tant que travailleur social, je me vois mal travailler jusqu’à 70 ans. Les conditions d’exercice de notre métier ne sont pas faciles". Pour se forger son opinion, il a eu la possibilité d’aborder la question des retraites en cours grâce à l’une de ses formatrices. "Certains formateurs prennent le temps de revenir sur des réformes antérieures, comme celle de Balladur en 1993, pour que l’on puisse avoir un certain recul critique". En 2006, Alexandre s’était déjà mobilisé pour le CPE (contrat première embauche).
Une culture de la grève ? Pas vraiment. "Ma mère est fonctionnaire et mon père travaille dans le privé. Il y a encore quelques temps, il n’avait pas l’âme d’un revendicateur. Depuis quelques temps, il se mobilise de plus en plus et veut vraiment se faire entendre". Si le jeune homme se surprend à douter de l’intérêt des manifestations, il ne se prive pas d’y aller. "Il ne faut pas non plus se laisser prendre au piège par la fermeté du gouvernement qui scande que la bataille est perdue d’avance. Même s’il faut reconnaître que c’est une technique efficace pour pousser les indécis à restez chez eux", ajoute l’étudiant, craignant que le mouvement ne s’essouffle.
Daisy Le Corre

"Le blocage permet de mobiliser et d’avoir de bonnes discussions"
Yacob Sadoune, 22 ans, étudiant en première année de capacité en droit à Paris 1
yacob-droit-parisÉtudiant en première année de capacité en droit à Paris 1, Yacob tient le piquet de grève pour bloquer l’accès aux étages de son université, dans une ambiance plutôt bon enfant. "Le blocage permet de mobiliser les gens et d’avoir de bonnes discussions entre étudiants. Mais, à mon avis, il faut le faire uniquement les jours de manifs". Membre du parti communiste et affilié aux Jeunes communistes depuis 4 ans, Yacob a l’engagement politique déjà bien enraciné. "Cette lutte contre la réforme des retraites est l’occasion de réfléchir à un autre projet de société. J’y crois et ça me vient sans doute de mon père qui était assez politisé", précise cet étudiant qui est le seul de sa famille à être engagé et qui s’est initié à la contestation lors des manifestations contre le CPE (contrat première embauche). "Cette loi qui s’en prenait aux jeunes a été le déclencheur de mon engagement. Avant le CPE, je ne m’intéressais pas à la politique".
Mais son militantisme ne lui fait pas oublier ses études. Il adopte un discours carré qui tranche franchement avec l’image du militant de gauche. "Cela peut surprendre mais j’estime que le droit c’est comme la médecine : c’est une science, il faut assister aux cours magistraux et aux TD, il faut être rigoureux et mettre de côté ses convictions politiques et religieuses". Et à la question de savoir ce qu’il envisage après ses études, Yacob prend l’air ravi de celui qui va surprendre à nouveau son interlocuteur. "J’envisage de devenir policier… Oui, policier, plus précisément officier de police judiciaire, gardien de paix ou lieutenant de police, selon ma réussite aux concours. C’est un choix de conviction, parce que c’est à travers ce métier que je me sentirai utile à la société". En attendant, Yacob se prépare pour la grève du 28 octobre. Côté manifestant sans aucun doute.
Sommaire du dossier
Pourquoi ces étudiants sont contre la mobilisation UNEF-MET : le face-à-face sur les manifs Etudiants en AG à Paris 1 : le blocage de la fac en débat Lycéens et étudiants, le 21 octobre 2010 : "Pourquoi on manifeste encore!" Monique Dagnaud, sociologue : "Les inégalités générationnelles n’ont jamais été aussi criantes" L’UNEF, la Fidl et l’UNL appellent les jeunes à une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites Interview de Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF : « Ce n’est pas en brûlant des voitures que nous mobiliserons » Reportage : mère et fille en route vers la manifestation du 19 octobre 2010 Après les lycéens, les étudiants se mobilisent dans certaines facs Nasser Ramdane-Ferradj : "La seule façon d'arrêter un mouvement lycéen, c'est de lui donner la victoire" Manifestations lycéennes : les coulisses d’une organisation à Paris Réforme des retraites : les lycées professionnels également en rogne Victor Colombani, président de l'UNL : "Nous n’avons pas besoin d’être manipulés pour exprimer notre colère" Les jeunes contre la réforme des retraites : comment des élèves s’organisent pour bloquer leur lycée Réforme des retraites : au tour des lycéens de descendre dans la rue Retraite : les étudiants se mobilisent Mobilisation des jeunes : les syndicats nostalgiques du mouvement anti-CPE Mobilisation des jeunes : quand les syndicats rêvent d'un mouvement anti-CPE Mobilisation des jeunes : les syndicats retentent le coup du CPE