1. Sondage exclusif présidentielle 2012 : les étudiants deux fois moins extrémistes que la moyenne des 18-24 ans

Sondage exclusif présidentielle 2012 : les étudiants deux fois moins extrémistes que la moyenne des 18-24 ans

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Sondage exclusif - Présidentielle 2012 : entre gauche et droite, l'électorat étudiant très divisé Au premier tour, l'ensemble des candidats de droite et du centre rassemblerait 51% des intentions de vote chez les étudiants. François Hollande l'emporterait néanmoins au second tour dans un match avec le président sortant, selon un sondage exclusif Ifop/L’Etudiant. Des intentions qui varient fortement selon les filières d'études.  

Forcément acquis à la gauche le vote des étudiants ? Rien n’est moins sûr. Au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande rassemblerait 30% de leurs intentions de vote, selon un sondage exclusif Ifop/L’Etudiant (*). Mais Nicolas Sarkozy est à peine derrière, captant 28% de leurs voix. François Bayrou n'obtiendrait, lui, que 11% de leurs intentions.

« L’image de l’étudiant se résume souvent à celle du jeune en fac de lettres. Or, la droite réalise un score important dans les grandes écoles et les filières sélectives. Il existe un vrai clivage à ce niveau », observe François Kraus, directeur d’études à l’Ifop.
 

INTENTIONS DE VOTE DES ETUDIANTS AU 1ER TOUR DE LA PRESIDENTIELLE*

NOMS DES CANDIDATS AU PREMIER TOUR
DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES (22 AVRIL 2012)
Ensemble
des étudiants
(23 mars - 30 mars 2012) 
(%)
Ensemble
des Français
(29 mars – 2 avril 2012)
(%)
Nathalie Arthaud 1 0,5
Philippe Poutou 0,5
Jean-Luc Mélenchon 15 12,5
François Hollande 30   27,5
Eva Joly 3 2,5
François Bayrou 11 11
Nicolas Sarkozy 28 29
Nicolas Dupont-Aignan 1 1
Marine Le Pen 11  15,5
Jacques Cheminade
 TOTAL 100 100

*Réponses à la question : "Si dimanche prochain devait se dérouler le premier tour de l'élection présidentielle, pour lequel des candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?*".Réponses en pourcentage des suffrages exprimés.

Hollande vainqueur au second tour
Au total, les étudiants sont donc loin de voter massivement pour la gauche au premier tour. Mais dans un second tour Hollande/Sarkozy, le candidat socialiste gagnerait avec 56% des voix.

« Au premier tour, les étudiants restent un peu plus à gauche que l’ensemble des Français. Mais ce qui surprend, c’est que François Hollande peine à garder cette avance au second tour. Il obtient à peine plus que ce qu’il réalise chez l’ensemble des électeurs. Il semblerait que son discours, son image et sa personnalité emportent difficilement l’adhésion auprès des étudiants », estime François Kraus.

Quant à la gauche de la gauche, elle ne fait pas un raz-de-marée dans les amphis. Jean-Luc Mélenchon obtient 15% des intentions de vote, Philippe Poutou est inexistant, et Nathalie Arthaud plafonne à 1%. « Les étudiants sont loin d’être un bastion pour l’extrême gauche », remarque François Krauss.

« Finalement, les étudiants votent globalement comme les Français. Il n’y a pas de spécificité dans leur vote, comme on peut l’observer chez certaines catégories de population », constate Anne Muxel, sociologue au Cevipof/Sciences Po.

Moins à l'extrême droite que l'ensemble des jeunes

Une particularité reste tout de même à signaler : Marine Le Pen a du mal à recruter sur les campus. Mais pour Anne Muxel, ce retrait doit être nuancé : « Avec 11% des intentions de vote, c’est moins que parmi l’ensemble de la population, mais c’est plus que son score auprès des étudiants en 2002 et 2007. Même chez eux, elle bénéficie d’une dynamique de dédiabolisation ».

Surtout, ce score contraste avec les 26% d’intentions de vote que la candidate frontiste obtiendrait chez les jeunes (CSA/Le Monde du 9 avril). Un vrai clivage existe donc entre le vote des 18-24 ans (6 millions), et, en son sein, les étudiants (2 millions). « Le diplôme est un facteur très discriminant dans le vote FN, qui recueille l’essentiel de ses voix chez des personnes peu qualifiées et confrontées à des débuts difficiles dans la vie active », décrypte Anne Muxel.

Des électeurs indécis, et très abstentionnistes

Par ailleurs, les étudiants se caractérisent par un rapport distancié à la politique. S’ils sont 71% à se dire intéressés par la campagne, ils sont aussi très abstentionnistes : 39 % pensent ne pas voter – contre 32% parmi l’ensemble des électeurs.

De même, ils sont très indécis : 51 % des sondés pensent pouvoir changer d’avis d'ici le premier tour, contre 32 % des Français. « Là encore, cela rejoint une tendance qu’on constate chez l’ensemble des électeurs. Rappelez-vous qu’en 2007, 22% s’étaient décidés le jour du premier tour ! », lance Anne Muxel.

L'éducation et le chômage, pas assez présents dans la campagne 

Cette attitude révèle aussi un mécontentement général vis-à-vis de la campagne : 73% des étudiants estiment que les prétendants au poste « ne répondent pas à leurs préoccupations ».

« Ce qui distingue les étudiants du reste des Français, c’est leur intérêt pour les questions qui touchent au chômage, à l’éducation et à la précarité, résume François Kraus. En revanche, et contrairement aux autres électeurs, ils sont moins sensibles aux débats autour des retraites, l’assurance maladie, l’impôt et la dette. » A quand un vrai « candidat des étudiants » ? 

Quotas de boursiers, sélection et frais de scolarité à la fac : des étudiants divisés

Instaurer une sélection à l’entrée de l’université ? Si 56% des étudiants sont contre, cette position varie énormément d’une filière à l’autre. Ainsi, ceux qui sont en dehors du système (les élèves de CPGE, d’écoles de commerce et d’ingénieurs) sont massivement pour la sélection !

Concernant l’augmentation des frais de scolarité à l’université, les trois-quarts des étudiants y sont hostiles. Cette opinion est plus nuancée au sein des écoles de commerce, où 38% des jeunes pensent que cette hausse serait salutaire. Rien d’étonnant : ce sont aussi ceux qui paient, dans le cadre de leurs études, les frais de scolarité les plus élevés.

Enfin, l’idée d’instaurer des quotas de boursiers dans les classes prépa est plutôt bien acceptée dans les filières sciences humaines et les écoles de commerce, mais refusée au sein des écoles d’ingénieurs et des facs scientifiques. Au total, la moitié des étudiants sont pour, et les autres sont contre !

 
L'ADHESION A DIFFERENTES MESURES CONCERNANT L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

 

(*) Sondage réalisé entre le 23 et le 30 mars 2012 sur un échantillon de 805 étudiants représentatifs, sélectionnés selon la méthode des quotas. Pour la comparaison, sondage réalisé pour le JDD auprès d’un panel de Français représentatifs, effectué du 29 au 30 mars.
 

Lire la suite de notre dossier "Filière par filière, le vote des étudiants à la présidentielle"

La campagne présidentielle 2012 vue par les jeunes, sur le blog "2012 est à vous" de l'Etudiant.

Lire aussi l'analyse sur Educpros : Présidentielle : une fracture grandes écoles-universités dans les votes des étudiants

 

Jessica Gourdon

Sommaire du dossier
Filière par filière, le vote des étudiants à la présidentielle