DOSSIER : LE CAP BIJOUTERIE-JOAILLERIE SELON LUCILE

Lucile, 21 ans, vient de valider son CAP Arts et techniques de la bijouterie-joaillerie à l’Ecole privée de la rue du Louvre (Paris). A la veille de sa rentrée en BMA (brevet des métiers d’art), elle nous raconte son choix d’orientation, étonnant après un bac S, sa passion pour l’art du bijou, ses projets d’avenir et nous ouvre les arcanes d’une formation très technique.

Entre modernité et tradition : l’artisanat au service du luxe

Sur 36 heures de cours par semaine, Lucile passe 24 heures en atelier : 16 heures de réalisation technique, 4 heures de modelage et 4 heures de sertissage. S’ajoutent à cela : arts appliqués (4 heures), infographie (4 heures), dessin technique (3 heures) et histoire de l’art du bijou (1 heure). Comme elle, les bacheliers sont dispensés des 5 heures d’enseignements généraux. "Du 100% concret, analyse-t-elle. On ne perd pas notre temps à écouter du blabla en prenant des notes, mais on perçoit directement l’intérêt de chaque aspect de l’apprentissage."

Le CAP arts et techniques de la bijouterie joaillerie aborde toutes les étapes de la conception et de la fabrication d’un bijou. Né dans l’esprit du créateur, une bague, une broche, ou un pendentif est affiné par une série de croquis et généralement illustré à la gouache, pour être présenté au client. "La première année, on apprend surtout à représenter l’or et les pierres ornementales opaques, explique Lucile au sujets des cours d’arts appliqués. L’important est de bien valoriser les volumes à travers les jeux d’ombre et de lumière. En seconde année viennent les diamants, les pierres précieuses et les pierres fines facettées. Souvent, nous sommes libres de créer à partir d’un thème imposé."

Patience, minutie, concentration

En atelier, le cœur de leur futur métier, les élèves disposent de leurs propres outils (près de 1500 euros à investir en entrant à l’école). Ils ne travaillent pas avec des métaux précieux mais du maillechort, un alliage réputé pour ses propriétés mécaniques proches de celles de l’or. "Nous devons réaliser des pièces imposées qui sont systématiquement notées, explique-t-elle. Elles sont très basiques en début de première année, le temps de découvrir les gestes et de se familiariser avec les outils. Elles deviennent ensuite de plus en plus complexes avec l’apprentissage de nouvelles techniques de découpe du métal, de soudage, de mise en forme, etc. Une des principales difficultés réside dans la gestion du temps. Il faut être patient, minutieux et, surtout, doué d’une grande capacité de concentration sur la durée. Le soir, en rentrant, on est complètement vidé."

Un rythme qui est pourtant loin de déplaire à Lucile tout comme certains cours "bonus". "J’apprécie beaucoup qu’une part de l’enseignement, qui n’est pas nécessaire pour l’examen, figure tout de même dans nos programmes, ajoute-t-elle." C’est le cas du sertissage et du polissage, pour lesquels il existe des parcours de CAP spécifiques. C’est aussi le cas de la gemmologie en première année, pour apprendre à reconnaître les pierres, les vraies des fausses, ou de histoire de l’art, où ils décortiquent l’évolution des techniques et les différents styles de bijoux, de l’antiquité à nos jours. C’est enfin le cas de l’infographie.

Nouvelles technologies, CAO et machine laser

Alors que la majeure partie de la formation consiste à transmettre aux apprentis bijoutiers les gestes traditionnels de la profession, le contraste entre l’atelier et les cours d’infographie est saisissant. Les élèves de CAP apprennent à modéliser tous types de bijoux avec des logiciels de CFAO (conception et fabrication assisté par ordinateur) spécifiques. "Cela peut avoir deux applications, explique-t-elle. La première est une bonne façon d’obtenir une représentation du résultat avant réalisation, même si la gouache a souvent plus de charme. La seconde est de se servir directement des données numériques pour les transmettre à une imprimante laser 3D qui sculptera une maquette en cire pour, ensuite, faire fondre la pièce en métal."

Depuis son arrivée en première année, Lucile a été sensibilisée à une grande autonomie de travail : "Nos professeurs ne pilotent que très peu le déroulé général des cours. Ils sont surtout présents pour intervenir individuellement, lorsque nous sommes confrontés à des difficultés." Une routine professionnalisante, que son école lui a donné l’occasion de confronter à la réalité de la haute joaillerie, 5 semaines début 2010, en stage dans un atelier parisien sous-traitant des marques de la place Vendôme.

Flavien Bascoul

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