Pourriez-vous vous plaire en lycée pro ?

Par Isabelle Dautresme, publié le 26 Février 2016
5 min

Vos enseignants vous conseillent d'opter pour la voie professionnelle, mais comment être bien sûr que cette filière vous convient ? Répondre à ces questions suppose de bien vous connaître, de vous interroger sur vous-même, et le cas échéant, de comprendre pour quelles raisons l’enseignement général vous correspond moins.

Se poser les bonnes questions

Avant de choisir la voie professionnelle, interrogez-vous sur ce qui vous plaît ou déplaît à l'école. Quelles sont les matières que vous préférez au collège et celles, à l'inverse, qui vous rebutent ? Quels sont vos atouts et vos points faibles ? Qu'est-ce qui vous intéresse ? Avez-vous un projet ? Souhaitez-vous rejoindre rapidement le monde du travail ? Pour certains, à l'instar de Clément, actuellement en classe de première au lycée professionnel Louis Guillot à Rennes (35), le choix de la filière professionnelle était une évidence : "Au collège, cela se passait plutôt bien mais je ne me voyais pas passer encore trois ans assis toute la journée à écouter les professeurs parler de choses qui ne me passionnaient pas. Moi ce que j'aime, c'est bouger, rencontrer des gens",  témoigne-t-il. Clément a choisi de s'orienter en filière hôtellerie-restauration suite au stage d'observation de 3e qu'il a fait dans une pizzeria. "Tous les midis, on sert les clients dans le restaurant du lycée, ça me plaît beaucoup", s'enthousiasme-t-il.

Même évidence pour Cécile, actuellement en deuxième année de BTS en alternance d'industrialisation des produits mécaniques : "Au collège, je m'ennuyais, les cours étaient très théoriques. En seconde, j'ai choisi la voie professionnelle et je ne le regrette pas, cela correspond mieux à mon esprit pratique", explique la jeune fille.

Pour d'autres, le choix est moins évident. "Beaucoup d'élèves n'ont pas les résultats suffisants pour passer en seconde générale et n'ont aucune idée de ce qu'ils veulent faire", témoigne Dominique Auvigne, principal adjoint du collège Françoise Dolto à Paris. "Pour ceux-là, le travail de discussion et de réflexion peut être long, mais on finit toujours par trouver une filière qui leur convient. Des ados qui ne s'intéressent vraiment à rien et qui n'ont aucune compétence, aucun point fort, cela n'existe pas", martèle le chef d'établissement. "Notre travail à tous, professeurs principaux et conseillers d'orientation psychologue (COP) est de faire émerger ces centres d'intérêt."


Se réconcilier avec les matières générales

Ne pas être à l'aise ou tout simplement ne pas aimer les matières générales peut être une bonne raison de choisir la voie pro et pourquoi pas de se "réconcilier" avec elles. C'est ce qui est arrivé à David, en première au Lycée des métiers du bois et de l'habitat à Aubun (12) : "J'ai quitté le collège avec 3,5 de moyenne en maths. Aujourd'hui, j'ai 17", lâche-t-il assez fier.

Pour Régis Signarbieux, qui a été formateur auprès de professeurs de lettres-histoire de lycée professionnel sur l'académie de Versailles, il n'y a là rien de très surprenant. "Ce n'est pas que les élèves de la voie professionnelle n'aiment pas les matières générales, c'est que dans l'esprit d'un grand nombre d'entre eux, elles riment avec échec", explique-t-il avant de préciser : "En seconde professionnelle, on revoit la méthodologie. On commence par expliquer comment on apprend une leçon, des choses qui semblent évidentes mais qui ne le sont pas pour la plupart de nos élèves."

Autre spécificité de l'enseignement des matières générales en lycée professionnel : leur ancrage dans le réel. "On s'inspire des expériences des élèves, de leur environnement, du concret, pour passer, dans un deuxième temps, à des choses plus abstraites. L'idée, c'est que les enseignements généraux aient une prise dans le réel" confirme le formateur. N'allez surtout pas en déduire que l'enseignement du français, des maths et de l'histoire-géographie y seraient au rabais. "Les enseignements restent extrêmement exigeants, c'est la démarche pédagogique qui diffère, pas les attentes", martèle M. Signarbieux.

Autre changement, en lycée professionnel vous serez davantage encadré et accompagné. "Les professeurs des matières professionnelles, mais également ceux des matières générales, rendent visite à leurs élèves en stage ; d'où une plus grande proximité entre eux. Il est fréquent de voir nos élèves réviser leurs jugements sur les professeurs qu'ils percevaient jusqu'alors comme des "distributeurs de mauvaises notes et de sanctions", analyse Régis Signarbieux. Chloé, élève en terminale professionnelle des métiers de la mode au lycée Jean Moulin de Saint-Brieuc (22) confirme : "En lycée pro, on est moins nombreux et les professeurs prennent plus de temps pour nous expliquer. Ils donnent l'impression d'être plus concernés par notre réussite. L'enseignement est plus individualisé."


Reprendre confiance

L'orientation dans la voie professionnelle peut être l'occasion d'un nouveau départ pour des élèves démotivés par l'école.

Il n'est pas rare de voir des jeunes en difficulté au collège devenir de très bons élèves en lycée pro et reprendre petit à petit confiance en eux. "Certains élèves nous arrivent en seconde très abimés, convaincus qu'ils sont nuls, capables de rien", témoigne M. Signarbieux, "pour peu qu'ils investissent les enseignements, leurs notes remontent et ils s'aperçoivent qu'ils ont des capacités qu'ils ne soupçonnaient pas, qu'ils ne sont pas plus bêtes que les autres. A partir de ce moment, ils peuvent se projeter dans l'avenir et travailler à un projet", explique l'enseignant. Il n'est pas rare de voir des élèves avoir un déclic et changer complètement leur rapport à l'école. En témoigne Wilfried, en terminale secrétariat au lycée la Champagne à Vitré (35), qui a choisi la voie professionnelle pour rentrer au plus vite dans la vie active et qui, maintenant qu'il réussit, envisage de s'inscrire en BTS communication après son bac.

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