DOSSIER : MOUVEMENT UNIVERSITAIRE : QUEL IMPACT SUR LES INSCRIPTIONS POSTBAC ?
Les mobilisations des universités ont-elles joué sur les choix d’études postbac des lycéens ? En avril 2009, les élèves de terminale que nous avions interrogés déclaraient ne pas avoir renoncé à s’inscrire à la fac, certains reconnaissant toutefois avoir été influencés par la contestation pour l’ordre de leurs vœux. Fin juillet, alors que l’Unef annonce 20 % d’inscriptions en moins pour l’université au niveau national, nous avons voulu dresser un premier bilan, notamment dans les facs particulièrement touchées par les grèves de l’automne 2009.
Inscriptions sur Admission-postbac : comment les facs s'en sortent-elles ?
Du 20 janvier au 20 mars 2009, les élèves de terminale ont inscrit leurs vœux d’études supérieures (une dizaine) sur le site admission-postbac.fr. Ils avaient jusqu’au 6 juin suivant pour changer leur ordre de préférence de filières, sélectives ou non. Un timing ponctué par des annonces de surchauffe sur bon nombre de campus universitaires. Grèves et manifestations d’enseignants-chercheurs d’abord, puis contagion aux étudiants qui les ont rejoint, et durcissement du mouvement avec des blocages d’établissements.Cette mobilisation de grande ampleur et d’une durée exceptionnelle a-t-elle découragé certains élèves de venir s’asseoir sur les bancs des amphis ? Ces grèves ayant été concomitantes au moment des inscriptions dans le supérieur, on-t-elles modifié l’ordre de leurs vœux en cours de route ? Si aucune réponse globale et détaillée n’est encore possible, quelques pistes permettent de sonder le terrain.
Admission-postbac accusé de pénaliser les inscriptions en fac
L’annonce a de quoi inquiéter. Pour l’Unef, les inscriptions à la fac auraient baissé de 20 % au niveau national. La conséquence des manifestations de l’hiver et du début du printemps ou celle des baisses d’effectifs étudiants ? Nenni. Pour le syndicat étudiant qui avait appelé les étudiants à manifester aux côtés des enseignants-chercheurs, le responsable de cette baisse est la procédure d’inscription admission-postbac (APB) qui comporterait des "failles".
Selon Jean-baptiste Prévost, le président de l’Unef, "cette baisse de 20 % s'explique par le fait qu'environ 10 % des lycéens n'ont pas reçu une proposition d'affectation, que d'autres attendent des réponses des filières sélectives et ont délibérément reporté leur inscription au mois de septembre et enfin que certains ont un problème d'inscription à cause de la procédure APB". Avant même que les inscriptions ne reprennent fin août-début septembre, il pointe des reculs de 20 % dans les universités parisiennes, de 30 % à Toulouse ou encore de 20 % en Basse-Normandie.
Les facs contestataires pas si touchées
Ces inquiétudes ne trouvent pas forcément écho dans le discours des universités en pointe dans la contestation ni celui des rectorats.
"Pas de bouleversement". Symbole de la contestation et ayant même dû reporter ses examens en septembre, l’université Toulouse 2 enregistre des baisses sur les premiers choix des lycéens, mais des hausses sur les vœux suivants. Et au rectorat, de manière globale, on indique que les jeunes n’ont pas bouleversé l’ordre des filières : universités, IUT et grandes écoles rassemblent, chacune, un tiers des vœux. "Le dossier unique sur admission-postbac a surtout été rempli fin janvier et, en région toulousaine, le mouvement a surtout pris fin mars. Il n’y a pas de grosses variations entre les trois universités publiques", explique-t-on au rectorat toulousain, même si cela ne reflète pas les pertes d’étudiants des années antérieures pour Toulouse 2. En revanche, fait notable cette année : l’université catholique de Toulouse a eu beaucoup plus de demandes d’inscription. Elle peut attirer en effet des étudiants sur certaines disciplines, comme le droit ou les lettres, en concurrence avec les universités publiques.
Bonne surprise. Autre fac très contestataire, Rennes 2, n’a pas non plus vu ses demandes d’inscriptions fondre et estime qu’elles sont équivalentes à celles de 2008. Une bonne surprise, après les craintes formulées par son président, Marc Gontard, qui redoutait une nouvelle dégradation de l’image de l’établissement. Suite aux mouvements anti-CPE et anti-LRU, l’université avait en effet perdu 5000 étudiants par rapport à ses effectifs de 2006.
Disciplines en hausse, disciplines en baisse
Si l’ensemble des vœux de bacheliers n’a pas chuté à Aix-Marseille 1, certaines disciplines de son site marseillais sont très en retrait. Les sciences perdent 10 % de demandes d’inscription et les lettres et sciences humaines près de 40 %. "Les inscriptions administratives se sont déroulées du 8 au 17 juillet, sur une période plus courte qu'en 2008", essaie de tempérer la vice-présidente CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) de l’université, qui espère faire remonter ces chiffres lors de la réouverture des inscriptions prévue fin août.
Reims ou Poitiers n’hésitent pas quant à elles à parler de de chute du nombre de nouveaux étudiants. "Je compte sur une baisse importante des effectifs en L1, anticipe Françoise Lambert, la vice-présidente chargée des formations de l'université de Poitiers. Nous réfléchissons avec les composantes de l'université à la manière d'organiser les cours en cas de nouveaux blocages l'année prochaine." .
Du côté des universités franciliennes en revanche, certaines se montraient beaucoup plus optimistes après la première phase d’inscription sur admission-postbac, comme à Paris 3, Paris 8 ou Paris 2, qui a attiré un tiers des demandes d’inscription en droit des bacheliers d’Île-de-France, notamment en raison, selon l'Unef, de la fin de la sectorisation. Les universités Paris 1 et Paris 6 ont aussi été beaucoup plus demandées qu’à l’époque de la procédure Ravel, en vigueur jusqu’en 2008 pour les inscriptions dans la région.
"Avec Admission-postbac, il y a plus de concurrence entre les universités parisiennes sur les disciplines en sous-capacité, note la responsable de la scolarité à Paris 8, Marie-Louise Azzoug. Le rectorat nous a même demandé d’augmenter les effectifs d’environ 10 % dans certaines disciplines, comme la psychologie, le cinéma, les arts plastiques ou en AES. Il y aura encore des tractations avec le rectorat en septembre". Avec la nouvelle procédure nationale, toutes les inscriptions ne seront pas achevées en juillet. Même si le ministère souligne que 85 % des élèves ont reçu une affectation, "on va inscrire beaucoup de bacheliers en septembre alors qu’avant on en inscrivait beaucoup plus dès juillet", constate Mme Azzoug.
La surprise viendrait plutôt du côté des IUT
Traditionnellement considérés comme des filières plus sécurisantes pour les étudiants, les IUT ont aussi essuyé des mouvements de contestation en 2008-2009. « Les inscriptions dans les IUT sont en nette baisse cette année », déplore le vice-président de l’ADIUT (Association des directeurs d’IUT), Gilles Broussaud. Dans son IUT en Limousin, alors que les effectifs progressaient régulièrement ces dernières années, il a reçu 150 candidatures de moins. Une surprise beaucoup moins anticipée…
29 juillet 2009










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