1. Marcel Rufo : "Une année sabbatique"

Marcel Rufo : "Une année sabbatique"

Envoyer cet article à un ami

Régulièrement, le pédopsychiatre Marcel Rufo vous donne des conseils sous la forme d’un courrier au petit-fils ou à la petite-fille que vous pourriez être pour lui.

Tu m’as appelé, mon cher petit, très affecté, pour me parler de ton chagrin d’amour. On pense, trop souvent, que ce comportement est féminin. Non ! La parité existe dans la douleur de la perte ou le sentiment d’abandon exprimé par le départ de l’être aimé. Ton amie est tombée sous le charme d’un de tes aînés en médecine, chirurgien, chef de clinique, alors que tu viens, toi, d’entamer à peine la préparation du concours d’internat. Tu te sens bafoué et impuissant car il représente ce à quoi tu veux accéder. Tu te sens fragile et tu ne peux plus travailler.

Tu m’as dit que tu voulais partir.
J’ai eu peur que cela ne manifeste des idées suicidaires. Ma déformation professionnelle de pédopsychiatre me fait souvent envisager le pire pour l’éliminer. Tu me parles d’un vrai voyage. Je t’ai souvent amené avec moi, à cause de mes rêves non aboutis, dans cet endroit de l’île Saint-Louis où une association propose une sélection de voyages en cargo autour du monde ; je t’ai trop souvent raconté que j’ai refusé un voyage avec la Jeanne d’Arc, le bateau d’application de la Marine française. J’ai préféré poursuivre ma carrière hospitalière, plutôt que la mettre entre parenthèses pendant les dix-huit mois que le périple imposait. Si je ne regrette pas mon parcours hospitalo-universitaire, il reste en moi ce manque de ne pas avoir fait ce tour du monde.

Voilà pourquoi je t’ai si souvent trimballé pour me renseigner sur les propositions d’un voyage en cargo. Pas un paquebot, non ! Plutôt un bateau de travail, avec un équipage de vrais marins, qui chiquent et gravent des os de baleine. Comme toujours, tu vois, je parle d’un autre temps. Si tu acceptes mon conseil, prends une année sabbatique, pars sur les chemins, travaille comme plongeur dans un restaurant de Floride, construis une cabane au Canada, pars à la découverte de l’Amérique du Sud, va jusqu’à la Terre de Feu, en bus, en stop… Il te reste encore l’Asie : apprends les petits métiers au Vietnam, reviens par la Sainte Russie, Amsterdam et le TGV.

Te revoilà ! Tu es un homme, tu t’es endurci. Remets-toi au travail pour réussir ton concours. Tu repartiras plus tard, pour un inter-CHU ou pour une année de formation à l’étranger dans le pays que tu auras préféré.
Je sais que tu as de la peine, mais ose le voyage que je n’ai pas entrepris.
 
Ton grand-père impatient d’écouter tes aventures


Retrouvez le pédopsychiatre Marcel Rufo dans l’émission "Allô Rufo", sur France 5, du lundi au vendredi, à 9h55.
Sommaire du dossier
Retour au dossier Marcel Rufo : Révise bien Marcel Rufo : engagé en médecine Marcel Rufo : Erasmus prolonge la saison des amours Marcel Rufo : il faut que le bizut passe ! Marcel Rufo : harcèlement à l’école Marcel Rufo : tricher Marcel Rufo : l’internat Marcel Rufo : l’incroyable modernité de la génération Y Marcel Rufo : "La ville universitaire que vous aurez choisie deviendra une part de votre identité" Marcel Rufo : "Tout se rejoue toujours" Marcel Rufo : "La rentrée universitaire est un nouveau départ de votre vie, de votre devenir" Marcel Rufo : le temps des étoiles filantes Marcel Rufo : petits boulots, petits remplacements Marcel Rufo : l’inquiétude d’entrer en prépa Marcel Rufo : Pas d’effort sans confort Marcel Rufo : Vive l’histoire ! Marcel Rufo : "La bourse ou la vie" Lettre à mon petit-fils : Amours virtuelles Marcel Rufo : "Lutter, souffrir un peu pour se construire" Marcel Rufo : "À un promeneur de lycée" Marcel Rufo : “Ne pas oublier les anciens” Marcel Rufo : "Vacances humanitaires" Marcel Rufo : " Choisir d’être parents-étudiants" Marcel Rufo : "Une année sabbatique" Marcel Rufo : "Médiateur : un métier impossible" Marcel Rufo : "Vive les sciences humaines !" Marcel Rufo : "Soyez 'sophraddict' !" Marcel Rufo : "Des études, puis un métier" Marcel Rufo : "Enseignante, c’est maintenant !" Marcel Rufo : "Bonne route"