DOSSIER : MOUVEMENT UNIVERSITAIRE : QUEL IMPACT SUR LES INSCRIPTIONS POSTBAC ?

Les mobilisations des universités ont-elles joué sur les choix d’études postbac des lycéens ? En avril 2009, les élèves de terminale que nous avions interrogés déclaraient ne pas avoir renoncé à s’inscrire à la fac, certains reconnaissant toutefois avoir été influencés par la contestation pour l’ordre de leurs vœux. Fin juillet, alors que l’Unef annonce 20 % d’inscriptions en moins pour l’université au niveau national, nous avons voulu dresser un premier bilan, notamment dans les facs particulièrement touchées par les grèves de l’automne 2009.

Ceux qui choisissent la fac et rien d’autre

Il y a ceux qui n’ont jamais pensé à autre chose qu’à la fac. Comme Judith : "Je voulais aller en licence et rien d’autre. J’ai choisi une double licence droit-langue à Grenoble 3, sans tenir compte du mouvement que je n’ai pas suivi. Même si l’image de la fac n’est pas très bonne, il faut essayer car il n’y a pas d’équivalent ailleurs. Si je ne suis pas prise dans cette filière, j’irai en droit et cela reste un choix".

Pour sa copine Pauline, ce sera une licence de STAPS ou de géographie à l’université de Savoie, "la plus proche de chez moi pour ne pas avoir à payer d’appartement". Le mouvement n’a pas modifié ses choix d’orientation vers la fac, mais l’a un peu perturbée. Elle qui veut devenir maître des écoles ne sait plus trop pour quelle licence opter suite à la réforme des IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres). "Au CIO (centre d'information et d'orientation) ou à l’IUFM, lorsque j’ai demandé quelle licence préparer, ils m’ont répondu de choisir celle où j’étais le plus à l’aise !"

Très déterminé, Meldel envisage une licence MASS (mathématiques appliquées aux sciences sociales) à l’UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie), la plus proche depuis chez lui, à Nogent (94). Celui qui a préparé son bac en candidat libre sait que son dossier a peu de chance d’être sélectionné en prépa et il ne redoute aucunement la liberté offerte pas l’organisation du travail universitaire. "Le mouvement ne m’a pas influencé dans mes choix puisque je travaille de mon côté. Moi, je sais que je ne me mobiliserai pas. Je suis là pour obtenir mon master."


Quand la politique oriente les études

Pour une minorité de lycéens, le mouvement des facs joue comme un aimant. Témoignages de militants de l’UNL (Union nationale des lycéens). Pour Antoine Evennou, son secrétaire général, après s’être résigné à ne pas passer Sciences po Paris, faute de temps pour préparer le concours, il a opté en premiers choix pour Paris 8, Paris 1 et l’université de Versailles-Saint-Quentin en droit ou sciences politiques. "Le mouvement Fillon contre le CPE (contrat première embauche) m’a poussé vers ces études. Le mouvement actuel prouve que la démocratie interne dans les universités fonctionne. Cela prouve qu’il n’y a pas d’homogénéité sociale ou politique comme c’est le cas dans des universités comme Paris 9 ou Paris 2. Je préfère voir des universités où les étudiants s’insultent politiquement que des écoles où tout le monde est d’accord". Même ligne pour Jérémy Chevalier, adhérent du même syndicat lycéen. "Je suis heureux d’aller dans une fac qui bouge. Paris 1 est une université très mobilisée et qui n’a pas de problèmes d’inscriptions ! C’est stimulant des gens qui bougent, qui réfléchissent". Depuis le début de l’année, Agathe vise une prépa HEC ou B/L en vue de concourir à Sciences po. La nouvelle secrétaire de la fédération girondine de l’UNL défend le mouvement. "Cela ne dégrade pas l’image de l’université. C’est bien de montrer sa détermination à part si l’année ne peut être validée".


Fabienne Guimont

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