DOSSIER : BAC L : FICHES RÉVISION PHILOSOPHIE

Bac L - Fiches révision philo - La morale


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Morale et conformisme
En philosophie, la réflexion morale cherche à définir les fins de l’existence humaine afin de déterminer les conduites des individus. Il faut donc distinguer des fins "bonnes" de fins "mauvaises", ce qui permet d’opposer de "bonnes mœurs" et de "mauvaises mœurs".

Cette recherche des fins devait mener, dans la philosophie antique, à une sagesse se reflétant dans le mode de vie de l’individu : être par exemple épicurien signifie alors, non seulement adhérer à une morale "théorique", mais surtout vivre d’une certaine façon, qui se différencie nettement (dans les apparences vestimentaires, les occupations habituelles, la nourriture, l’indifférence à la vie politique ou sociale...) du quotidien des non-épicuriens. Cette relation entre choix moral et mode de vie nous est devenue peu à peu énigmatique du fait de l’existence d’une sorte de morale "moyenne" (celle que Bergson qualifie de morale "close"), tacitement admise par (presque) tous.

C’est la présence de cette morale "moyenne" qui se manifeste par exemple lorsque survient un événement qui, à l’évidence, la transgresse – qu’il s’agisse d’un enlèvement d’enfant ou d’un meurtre particulièrement violent : dans le public, l’émoi provoqué par l’annonce de tels méfaits indique le sursaut d’une conscience morale, ordinairement diffuse, qui reprend de la force pour affirmer, dès lors qu’elle se sent agressée, la nécessité de certaines valeurs. Dans cette optique, le qualificatif de "monstre", rapidement appliqué au fautif, vaut son exclusion hors de l’humanité normale, mais rappelle du même coup que cette dernière, pour exister ou s’affirmer, a besoin de respecter, non seulement des lois instituées, mais, en amont, la différence entre "ce qui se fait" et "ce qui ne se fait pas".

Il faut néanmoins se demander si cette morale "moyenne" – celle qui suffit en gros à régler le comportement de tout le monde sans que surgissent trop de problèmes ou de conflits – est authentiquement "vécue" par chacun, ou si elle ne constitue qu’une simple habitude passive, c’est-à-dire ce que l’on nomme un conformisme. Les hommes semblent se conduire moralement et respecter ordinairement la différence entre le bien et le mal, mais, en deçà de cette
apparence, cette conduite est-elle fondée sur une prise de conscience authentique, ou ne dépend-elle que d’une sorte de domestication progressive qui finit par leur faire tenir pour respectables des valeurs qu’ils admettent sans réflexion aucune ?

Lorsqu’il entreprend de préciser les conditions de la moralité humaine, Kant considère qu’à la limite, une vie simplement conforme au devoir pourrait suffire pour garantir l’harmonie entre les hommes : la réflexion a donc pour but, d’une part, de justifier l’exigence morale elle-même, d’autre part, de renforcer, par une fondation sérieuse, la moralité.

Telle n’est pas la position de Nietzsche, qui ne voit dans cette moralité diffuse que le résultat d’un abêtissement progressif de l’humanité?. En adoptant les valeurs du "troupeau", l’individu renonce à ce que l’existence peut avoir d’exaltante, dans son déploiement même.Pour Nietzsche, les valeurs dominantes – celles qui fondent le conformisme – témoignent de l’influence du christianisme et de la mentalité "démocratique". Cette dernière impose l’idée qu’un égal traitement est dû à tous les hommes, tandis que du christianisme provient le principe d’un amour universel, dans lequel Nietzsche dénonce l’envers d’une impuissance à se venger des affronts subis. À ces (fausses) valeurs, synonymes pour lui de "décadence" européenne, il oppose les valeurs des hommes "forts", de courage et de rivalité, orientées vers le dépassement de soi-même. La moralité ordinaire, avec son obéissance à un "devoir" anonyme et abstrait, ne signifie rien d’autre que l’asservissement à un idéalisme qui oublie les exigences du corps, de la joie et de la "volonté de puissance", c’est-à-dire l’appel de la vie elle-même. Elle annule les singularités et impose à chacun, quelle que puisse être son ambition initiale, une attitude faite de bassesse et d’hypocrisie.


Morale et liberté
S’il est vrai que la vie quotidienne exige généralement peu de réflexion sur la morale,
et que nos comportements dans ce domaine sont dus à de simples habitudes provenant de l’éducation, des normes sociales ou même de la religion, il n’en reste pas moins que,de temps à autre, l’individu peut se trouver confronté à une situation problématique, qui met en cause, même de façon peu explicite, les notions de bien et de mal. En termes plus simples ou moins impressionnants : ce qu’il convient de faire et ce qu’il convient de ne pas faire.

Cette émergence de deux valeurs contradictoires impose un choix. Or, ce dernier n’est concevable ou possible que s’il y a bien dans tout homme ce que l’on nomme de la liberte?. Personne n’attend d’un animal qu’il choisisse lucidement, après mûre réflexion, son comportement, parce que tout le monde pressent que ce dernier est entièrement déterminé (par l’ensemble de ses instincts, ou par le dressage qui s’y substitue partiellement). En conséquence, on ne peut reprocher à un chien d’avoir eu une conduite immorale en dévorant le rôti qui ne lui était pas destiné (on sait qu’en un sens, "il n’avait pas le choix"). Par contre, on estime qu’un enfant qui a mangé les confitures alors qu’on lui avait interdit d’y toucher a "mal" agi. C’est donc que l’enfant – du moins à partir d’un certain âge : celui auquel il comprend la différence entre les deux attitudes possibles – avait le choix et qu’il était libre d’obéir ou de désobéir. La désobéissance semble impliquer, non la simple ignorance de ce qu’il faut faire, mais bien son repérage initial, puis la volonté de le transgresser.

En affirmant ainsi la présence d’un principe de liberté dans l’être humain, on admet implicitement qu’il lui est toujours possible de faire un "mauvais choix". L’être humain "invente" ou définit le bien, mais aussi le mal (si l’on admet par contre qu’il reçoit la définition du bien d’une "autorité supérieure", on voit qu’il est immédiatement délicat de situer dans cette même autorité l’origine du mal : l’homme irresponsable du bien, peut-il ne l’être que du mal?). Lorsqu’il choisit le mal, est-ce en le connaissant comme tel ? Ou en le prenant (par erreur) pour le bien ? Socrate, en considérant que "nul n’est méchant volontairement", fait de ce choix du mal, étranger à la volonté, le résultat d’une ignorance. Certains auteurs chrétiens (Augustin, Malebranche) seront du même avis.

Mais une autre tradition, également chrétienne, affirme, depuis saint Paul, que l’homme choisit réellement le mal, et en toute connaissance de cause, parce qu’il y a en lui un véritable penchant pour le mal. C’est ce que répétera Kant à sa manière, reprochant notamment aux Stoïciens un optimisme métaphysique et moral qui les mène à affirmer que "tout est bien", et évoquant, lorsqu’il y a choix du mal, ce qu’il nomme un véritable "détraquement" (de nature pathologique) de la volonté. On peut en déduire que, pour être moral, l’homme doit bien lutter contre certains de ses penchants : s’il était possible d’être moral sans difficulté ni combat intérieur, l’homme y serait en quelque sorte spontanément invité, sinon déterminé. Dès lors, en l’absence de liberté authentique, on voit mal comment la moralité resterait possible, ou comment l’individu pourrait se féliciter d’être moral plutôt qu’immoral.


Morale et universalité
Dès l’Antiquité, on constate que les philosophes sont en désaccord sur la nature
des principes qui nous invitent à bien agir : il y a notamment opposition entre les partisans de l’eudémonisme, pour lesquels la fin ultime est le bonheur, et ceux de l’hédonisme, qui considèrent que le plaisir suffit. Des deux côtés cependant, on ne se préoccupe guère de savoir si le bonheur ou le plaisir sont compatibles avec l’universalisation d’une conduite : ce qui ferait mon bonheur (ou mon plaisir) ferait-il celui de n’importe quel autre homme?

C’est d’abord sous l’influence du christianismeque se manifeste l’exigence de conduites universelles : puisque tous les hommes sont égaux devant Dieu, c’est de la même façon qu’ils peuvent accéder au bien. Mais dans ce contexte, comme le montre Thomas d’Aquin, la philosophie doit être "la servante de la théologie" : la morale reste soumise à la religion, et n’a pas de valeur en elle-même.

Ce n’est qu’avec Kant et sa conception d’une réelle autonomie de la volonté que la compréhension de la morale se libère du "tutorat" de la religion : c’est parce qu’il y a dans tout homme une Raison "pratique" (qui n’est que le versant de la Raison en général appliqué à la "pratique" c’est-à-dire à l’action) que tout sujet est immédiatement législateur universel et que la morale est nécessairement la même pour tous les hommes. Sans doute peut-on objecter que la loi morale que chacun doit ainsi découvrir en lui-même (pour lui en même temps que pour l’humanité dans son ensemble) est capable de susciter d’insolubles "conflits de devoirs", ou que la "pureté" de la morale telle que Kant la comprend est trop éloignée des simples exigences quotidiennes, ou enfin que l’universalité affirmée est loin d’être réalisée. Il n’en reste pas moins qu’en insistant sur la responsabilité de chacun dans la définition du Devoir, Kant met en lumière ce qui peut fonder ou garantir la dignité de l’homme, et qu’admettre la possibilité d’une morale universelle constitue un pari qui mérite au moins d’être tenu.

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