Concours des écoles de commerce : des fuites, et la machine se grippe

publié le 26 Août 2011
7 min

Des informations diffusées sur un forum ont créé des changements de dernière minute dans les choix d’écoles des étudiants. L’ESC Rouen, l’ICN et l’Escem en ont pâti.

Les concours des écoles de commerce à la française résisteront-ils au web 2.0 ? Comme pour le bac, secoué par des révélations sur un forum, on est en droit de se poser la question au vu des évènements de l’édition 2011.

Ici, ce ne sont pas des fuites sur les épreuves, mais sur la moindre sélectivité de certaines écoles qui ont créé une mini-tempête. Résultat : Rouen Business School, une des meilleures écoles (9e de notre palmarès), s’est retrouvée avec 35 places vacantes. Du jamais vu.

L’explication semble très conjoncturelle : la liste complémentaire d’admis de Rouen Business School s’est révélée insuffisamment longue, alors qu’elle l’avait été l’année précédente. Les candidats étant le plus souvent admis dans plusieurs écoles, ils ont cette année moins choisi Rouen en 1er choix.

Des fuites sur un forum

Pour le directeur Arnaud Langlois-Meurinne, qui ne masque pas sa déception et son désarroi, l’explication est en partie liée au fait que Rouen a légèrement relevé sa barre d’admission cette année (de 0,05 points). Mais la véritable raison est ailleurs. « Des informations divulguées sur internet ont sans doute beaucoup compté. Nous avons été victime de concurrence déloyale », juge-t-il.

En effet, les étudiants avaient jusqu’au 22 juillet minuit pour valider leur choix définitif. Ce jour-là, nombre d’entre-eux sont encore indécis, car beaucoup d’écoles se ressemblent, et notamment Rouen et Reims, jumelles et rivales.

Ce matin là, sur prepa-hec.org, un forum très consulté par ces étudiants, un utilisateur prénommé supdeco publie les statistiques sur le concours Tremplin. Ce qui ressort de ces chiffres ? Cette année, les étudiants doublement admis ont très légèrement préféré Reims à Rouen. La source semble incontestable : la banque de concours elle-même. Cet élément d’information suffit pour faire basculer des indécis, et à l’arrivée, et accentuer la tendance.

Un étudiant de Reims impliqué

La diffusion de ces chiffres provoque l’ire de la banque de concours Ecricome, qui s’empresse de demander la supression du message… Qui n’interviendra que plusieurs heures après. Mais le mal est fait (le « topic » est vu 3 765 fois en à peine 5 heures, avec 2 000 visites uniques) et les données avaient déjà été copiées-collées ailleurs.

Rapidement, les « fuites » de l’utilisateur supdeco sont identifiées comme issues d’un étudiant de Reims management school. Qui affirme tenir ces chiffres de Patrick Coustenoble, directeur des concours de l’école remoise. D’après nos informations, celui-ci n’avait toutefois pas autorisé leur diffusion sur prepa-hec.org.

Perte financière, perte d’image

De l’extérieur, cela ressemble à une tempête dans un verre d’eau. Mais au delà de l’aspect financier (une perte d’environ 840 000 € pour l’école), c’est surtout en terme d’image que les dégâts sont sensibles. Pour nombre d’étudiants de prépa, une école « qui ne fait pas le plein », est un signal négatif.

Sur les forums, des étudiants spéculent déjà sur la baisse du « cours » de l’action ESC Rouen, et anticipent ce non remplissage comme un présage de chute de l’école. En témoigne ce commentaire bblack : « Va-on devoir dire à nos recruteurs : vous savez, quand j’ai intégré Rouen, elle était classée 8e ? Est-ce le commencement d’un cercle vicieux ? ».

Le système des concours ressemble de plus en plus à une place financière. D’ailleurs, l’année dernière, lorsque l’EFMD (« l’agence de notation ») avait « dégradé » l’Escem en suspendant son accréditation, le « marché » avait réagi vivement : 120 places étaient restées vacantes dans cette école.

L’Escem et l’ICN, autres victimes collatérales

Rouen Business School n’as pas été la seule victime des fuites sur prepa-hec.org. Le 23 juin, supdeco avait déjà créé une mini tempête en publiant les « barres d’admissibilité » des écoles Ecricome, affirmant qu’il tient ses informations du service des concours.

Toutes les barres y figurent sauf… celles de l’ICN (Nancy) et de l’Escem, qui, selon supdeco « refusent de les communiquer ». Les utilisateurs du forum font en choeur la même analyse : ces barres sont tellement basses que leur diffusion nuirait à l’image de ces écoles. Dans l’esprit d’un étudiant de prépa, une barre basse est synonyme de moindre sélectivité, et donc de moindre « qualité » du groupe d’admis.

Résultat : l’ICN, pourtant une bonne école, ne remplit pas (39 places vacantes). L’Escem se sauve de justesse, grace à une liste d’attente particulièrement longue (2 300 admis pour 255 places).

« Personne ne nous a demandé si nous souhaitions ou pas communiquer la barre », conteste aujourd’hui l’Escem, qui envisage de donner des suites judiciaires à cette affaire.


 

 Le système SIGEM
Les étudiants qui passent le concours "prépa" des écoles de commerce ont des épreuves écrites communes. Ils sont ensuite admissibles dans différentes écoles, qui décident de leurs "barres" d'admissibilité.
Généralement, chaque étudiant est admis dans plusieurs écoles. Il doit alors faire son choix. Les préférences des étudiants sont très hiérarchisées et "conservatrices" pour le haut du tableau (depuis plusieurs années, les étudiants admis à HEC et à l'Essec préfèrent HEC, ceux admis à l'ESCP et à l'Edhec choisissent l'ESCP.. ect.). Au total, il y a presque autant de candidats (9444) que de places (8149). Mais chaque année, les écoles du "bas du tableau" ont des places non pourvues, les étudiants préférant cuber ou s'orienter vers d'autres filières.

Pour en savoir plus :
Le tableau SIGEM 2011, et la répartition par école sur Educpros.fr


Jessica Gourdon
Aout 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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