1. Écoles d'ingénieurs : des TP en interaction avec la recherche
Décryptage

Écoles d'ingénieurs : des TP en interaction avec la recherche

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S'ils sont en général conçus comme des enseignements expérimentaux qui viennent illustrer des notions complexes étudiées en cours, les TP (travaux pratiques) peuvent aussi être l'occasion, pour les élèves-ingénieurs, d'entrevoir ce qu'est un véritable travail de recherche.

 
Dans la peau d'un chercheur

 

C'est ce que s'attache à faire le service des TP de l’Institut d’optique Graduate School (SupOptique) en proposant, par exemple, aux étudiants d'effectuer une manipulation qui est la "copie quasi conforme d'une célèbre expérience d'optique quantique menée à la fin des années 1980", indique le responsable des TP Lionel Jacubowiez. Baptisée "HOM", du nom des chercheurs Hong, Ou et Mandel qui ont démontré cet effet dit "d’interférence quantique", la manipulation consiste à étudier le comportement de photons particuliers, générés par un laser et envoyés sur une lame semi-réfléchissante. "L'évolution des techniques permet aujourd’hui de faire réaliser en 4 h 30 une recherche qui a demandé plus de 4 ans et demi pour aboutir. Et le résultat contre-intuitif de cette expérience est absolument stupéfiant !", sourit le chercheur. Placer les élèves devant une telle découverte, c'est commencer à leur entrouvrir les portes de la recherche,surtout quand ils travaillent sur du matériel très sophistiqué, utilisé par les chercheurs eux-mêmes.

 
À l'école de la rigueur scientifique

 

À Grenoble INP, les élèves de Phelma ont la chance d'avoir accès à une salle blanche : un ensemble de pièces où la concentration des particules est maîtrisée, de même que la température et l'humidité, afin de pouvoir réaliser des expériences minutieuses dans des domaines comme la micro-électronique et les biotechnologies.
 

Formation par la recherche des ingénieurs 2 - Elèves de Phelma en salle blanche - © Grenoble INP - Olivier Garde

Des élèves de Grenoble INP-Phelma réalisent des TP en salle blanche sur du matériel sophistiqué, habituellement utilisé par les chercheurs // © Grenoble INP - Olivier Garde.


"C'est assez impressionnant d'entrer dans cette salle", se souvient Emmanuelle, 23 ans, aujourd'hui en 3e année. Il faut dire qu'avant de franchir le seuil il faut avoir enfilé combinaison, masque, gants, sur-chaussures… "Il y a un petit côté science-fiction !, s'amuse la jeune fille. En même temps, la salle blanche nous oblige à être hyperrigoureux : c'est une bonne formation pour un chercheur mais aussi pour un  ingénieur."

Après un cours théorique sur les semi-conducteurs, les élèves ont ainsi travaillé sur la conception informatique d'un dispositif qu'ils ont ensuite réalisé en salle blanche : un TP qui leur permet de mener une expérience du début à la fin, et de se familiariser avec des techniques particulières, utilisées par des chercheurs académiques ou dans l'industrie. "Cela m'a été utile quand j'ai effectué un stage en laboratoire, témoigne Emmanuelle, car les procédés étaient similaires. Et pour chercher un emploi, c'est toujours mieux de mettre en avant qu'on sait faire une manip' plutôt que de dire qu'on a suivi un cours sur le sujet."

 
Se préparer à l'innovation en entreprise

 

Certains établissements s'attachent aussi à concevoir des TP qui découlent directement des projets menés par les enseignants-chercheurs. C'est le cas dans une autre école de Grenoble INP : Pagora, spécialisée dans le secteur de l'industrie du papier. "L'objectif est de préparer nos élèves à l'innovation en entreprise : en tant qu'enseignants et chercheurs, nous sommes à l'affût des thèmes d'avenir. Nos projets de recherche nous permettent d'être réactifs, d'adapter la formation pour qu'elle soit en phase avec les développements industriels, voire si possible en avance sur ces problématiques", explique Anne Blayo, responsable pédagogique de l'option ingénierie de la communication imprimée.

Alors que les recherches sur les encres dites fonctionnelles, dotées de propriétés isolantes ou au contraire conductrices, ont pris de l'ampleur depuis une petite dizaine d'années, l'école a mis en place de nouveaux TP autour d'applications concrètes comme les antennes RFID (radio-identification). "Nos diplômés doivent être au fait des dernières innovations et capables de s'adapter à un milieu industriel qui évolue très vite : il en va de notre responsabilité", conclut Anne Blayo. Les TP contribuent à acquérir ces compétences professionnelles.

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