Immersion à la fac : les lycéens testent l'université

Par Camille Stromboni, publié le 21 Février 2013
7 min

Comment savoir si l'université est le bon choix pour vos études ? En allant voir ! C'est ce que permettent les dispositifs d'immersion à la fac ouverts aux lycéens. Reportage à l'université de Reims Champagne-Ardenne, sur le site rémois de la fac de droit, en février 2013.

Le soleil irradie le campus la Croix-Rouge de l'URCA (université de Reims Champagne-Ardenne), dans un froid d'hiver. Un climat familier aux étudiants de la fac en ce début février, avec une petite différence cette année : ils ne sont plus seuls sur le campus, quelques lycéens de première et de terminale font désormais partie du paysage.

L'université organise en effet, du 18 au 22 février, une opération intitulée “Venez vivre un jour à la fac”, ouverte à tous les lycéens volontaires de première et de terminale. À la Croix-Rouge, pour une dizaine de lycéens, cela débute par un cours de droit… qui dure quatre heures ! “Le texte règlementaire R57 tiret 8 tiret 18” ; “la circulaire du 9 juin” ; “la loi du 5 mars 2007” ; “la partie R du Code de procédure pénale” ; “l'article 35 de la loi pénitentiaire” ; “la décision du TA de Dijon du 20 octobre 1999”… Pas de doute, on est en plein cours de droit de la peine !


"Ce qui change vraiment à l'université, c'est qu'il y a beaucoup plus de monde"

Depuis 8h30, l'amphithéâtre empli d'une centaine d'étudiants en deuxième année de licence de droit écoute avec attention le professeur Herzog-Evans, qui ponctue son exposé de nombreuses anecdotes sur la vie des détenus en prison, décrivant également ses combats pour faire évoluer leurs droits auprès du législateur.

“D'habitude, c'est toujours nos profs qui nous parlent de l'université. J'ai voulu venir pour voir ce que c'est en vrai, explique Julie, en terminale ES au lycée Clémenceau à Reims (51). Je m'attendais à ce que ce soit beaucoup plus ‘brouillon’, alors qu'en fait ça va. Ce qui change vraiment, c'est qu'il y a beaucoup plus de monde. C'est aussi la prise de notes, par rapport au lycée où les cours sont un peu plus dictés.” Quant à la matière, si la lycéenne trouve que les vocabulaire du droit est “un peu barbare”, elle a aimé le cours. Ce qui a confirmé son envie de se diriger vers le métier de juriste ou de notaire.


"Je suis venue tester la fac pour voir si j'étais capable de suivre un cours"


10h00.
C'est la pause. Les lycéens de l'amphi, repérables à leur pochette d'accueil orange, pianotent sur leurs téléphones portables, pendant que les étudiants discutent ou sortent fumer une cigarette.

Université de Reims Champagne Ardenne - Campus Croix-Rouge - ©C.Stromboni-fev2013Je n'ai pas tout compris, sourit Marie, 18 ans, en terminale scientifique à Troyes (10), mais il y avait des trucs marrants à apprendre. C'est concret. Par exemple sur les fouilles corporelles, qui sont vues comme des perquisitions, et donc qui devraient respecter certains horaires. Si tu dis ça à la police, je suis pas sûre que ça marche !"

La lycéenne a décidé de venir tester la fac pour vérifier si elle était capable de suivre un cours. “Je ne suis pas la meilleure élève qui existe, et une copine m'avait dit que le droit, c'était pas pour moi. En fait, ça va, j'ai pris plein de notes et je me débrouille, se réjouit-elle. En plus, Adrien [l'étudiant tuteur du groupe de lycéens] m'a expliqué qu'on pouvait partir à l'étranger, c'est génial !”

Résultat : ce sera bien cette filière qu'elle va choisir pour l'an prochain. Avec un objectif : rejoindre l'école des détectives privés après deux ou trois ans d'études.


"Si l'on peut au moins éviter aux lycéens qu'ils abandonnent moins en cours de première année"


“Ce qui est bien, c'est que les lycéens viennent de partout. De Reims, de Troyes, de Charleville ou même de la Somme ou de Picardie”, se réjouit Adrien, étudiant en master 2 de droit du vin et des spiritueux, qui est l'un des volontaires pour guider les lycéens sur le campus durant ces journées.

“Je me rappelle de mon premier jour en amphi, tout seul … C'était un peu froid et pas forcément évident. Si on peut, avec cette opération, leur éviter la surprise, et faire en sorte qu'ils abandonnent moins en cours de première année, parce qu'ils savent mieux à quoi s'attendre, c'est positif”, explique le tuteur, qui remarque que les lycéens sont souvent assez timides, et impressionnés par les cours magistraux.


"J'ai vu quelques étudiants dormir, ou passer le cours sur Facebook"

 

“Nous allons reprendre le cours”. Deux heures encore. Les “faisceaux d'indices en sa faveur” côtoient la nécessité de voir “les sanctions proportionnées” à la faute commise. Les claviers d'ordinateurs, surtout des netbooks, crépitent de nouveau – une bonne moitié d'étudiants tapent directement leurs notes sur leurs ordinateurs – aux côtés des copies doubles et divers blocs notes.

Adrien - Université de Reims Champagne Ardenne - Campus Croix-Rouge - ©C.Stromboni-fev2013“Nous arrivons aux deuxième point du cours. Grand B : ‘Les correspondances téléphoniques’. Après avoir vu la question des correspondances écrites en grand A”, poursuit l'enseignante. Les grands I. grands A. petit b) et 3° sont en effet le quotidien des étudiants de droit !

Seule, en bas de l'amphi, armée de son thermos de café, l'enseignante est devant un immense double tableau à la craie, entouré de deux petites horloges qui scandent la mesure. “Cette étude montre que les visites au détenu de son ex-épouse ont un impact… criminogène”, glisse-t-elle, provoquant une petite vague de rires dans l'amphi, aux tables couleurs bois et chaises “strapontins” sur sol rouge, avec de grandes baies vitrées en haut des murs, laissant filtrer quelques rayons de soleil.

“J'ai vu quelques étudiants dormir, ou passer le cours sur Facebook. Ça, on ne peut pas le faire au lycée!” sourit Marie, qui découvre avec plaisir une partie de la fameuse liberté universitaire. Heureusement pour eux, la professeur enregistre ses cours et les met en ligne.

12h30. Fin du cours et nouvelle découverte pour les lycéens qui ont choisi de passer toute la journée sur le site : direction le restaurant universitaire – bondé –, avant d'enchaîner sur un nouvelle séance, de droit constitutionnel cette fois-ci !


"Un jour à la fac" en quelques chiffres
Organisée pour la seconde fois en 2013, l'opération “Venez vivre un jour à la fac” de l'URCA (université de Reims Champagne-Ardenne) est ouverte aux lycéens de première et de terminale, sur la base du volontariat. Elle intervient au moment des vacances scolaires des lycéens, qui peuvent s'inscrire pour assister à un ou deux cours dans la discipline de leur choix. Si près de 500 lycéens – principalement des élèves de terminale – se sont inscrits l'an dernier, la moitié s'est réellement déplacée. Cette année, plus de 600 lycéens sont inscrits. Une trentaine d'étudiants volontaires se relaient pour les accueillir.

Les autres universités qui font tester leurs cours
L'université de Reims n'est pas la seule à avoir mis en place un dispositif d'immersion à la fac en plus de ses JPO (journées portes ouvertes). Les universités lilloises, Nantes, Angers, Montpellier 2, ou encore la Catho de Lille, organisent des opérations similaires – et la liste n'est pas exhaustive. Renseignez-vous donc auprès de l'université que vous envisagez de rejoindre.

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