Les admissions parallèles en grandes écoles : comment intégrer une école d'ingénieurs

Par Sophie Blitman, publié le 11 Octobre 2012
7 min

Les écoles d’ingénieurs accueillent désormais 30 % d’étudiants de niveau bac + 2/3, issus de DUT, de BTS ou de licences scientifiques. Encore faut-il avoir fait partie des bons élèves de sa promotion. Vue d'ensemble sur les 72 grandes écoles d'ingénieurs qui recrutent.

Inscrit en DUT (diplôme universitaire de technologie) de génie mécanique et productique "pour orienter [ses] études vers la technique", Sory pensait s’"arrêter au bout de deux ans et travailler". Mais il découvre sur un forum qu’il est possible d’entrer aux Arts et Métiers Paris Tech après son DUT.

Encouragé par ses bons résultats, il présente son dossier et intègre l’établissement réputé. "C’est une grande fierté pour moi de faire aujourd’hui partie de cette école", raconte-t-il à l’issue de sa première année.

Comme Sory, de plus en plus d’étudiants de niveau bac + 2/3 rejoignent les écoles d’ingénieurs sans être passés par une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles). Si les titulaires d’un DUT sont les plus nombreux, d’autres possèdent un BTS (brevet de technicien supérieur), ont suivi une licence universitaire… ou une autre formation au moins équivalente à un bac + 2. Ces admissions, appelées "parallèles" ou "sur titre", représentent aujourd’hui 40 % des intégrations au niveau L3.

Les Arts et Métiers Paris Tech offrent 95 places aux BTS-DUT et 48 places aux universitaires de niveau L3 ou M1.
 

Des concours réservés aux DUT et BTS

Principal concours destiné aux bac + 2 hors CPGE, la banque d’épreuves DUT/BTS coordonnée par l’ENSEA (École nationale supérieure de l’électronique et de ses applications) offre chaque année 700 places dans 21 écoles d’ingénieurs. 4 options (génie mécanique, génie électrique, génie informatique et génie civil) sont proposées en fonction des spécificités des établissements et donnent lieu à des QCM (questionnaires à choix multiples), des oraux et des entretiens de motivation. Parmi les plus importants recruteurs figurent les Arts et Métiers ParisTech (95 places en 2012), 3IL (Institut d’ingénierie informatique de Limoges, 90 places) et l’ESIGELEC à Rouen (80 places).

D’autres écoles organisent leur propre processus de recrutement, généralement sur dossier et entretien. Si elles sont ouvertes aux bacheliers, les UT (universités de technologie) accueillent chaque année de nombreux bac + 2 : environ 800 pour les 3 UT, principalement issus de DUT. De même, les 5 écoles du groupe INSA (Institut national des sciences appliquées) recrutent chaque année un millier de bac + 2. En 2011, un quart d’entre eux venait de DUT, 13 % de L2 et 8 % de BTS.

Les titulaires d’un DUT bénéficient d’une bonne image auprès des écoles d’ingénieurs
, plus que les BTS qui ont souvent, selon les responsables des admissions, des difficultés à appréhender des problèmes de façon abstraite. "Les candidats qui ont un DUT ont en général un bac scientifique, et ceux de BTS un bac STI [sciences et technologies industrielles, aujourd’hui STI2D – sciences et technologies de l’industrie et du développement durable], plus appliqué", explique Habib Baldé, directeur du cycle ingénieur et des concours de l’ESIGELEC. Pour ces derniers, passer par une prépa ATS (adaptation technicien supérieur) peut être une solution pour renforcer leurs compétences dans les matières scientifiques avant de se présenter aux concours.

Faire partie des têtes de classe

Pour établir leur sélection, les écoles regardent tout d’abord la formation des candidats, afin de s’assurer que celle-ci correspond au champ disciplinaire de l’école : pas question d’entrer dans une école spécialisée en mécanique avec un DUT de génie chimique ! Les écoles d’ingénieurs ont en général défini des filières cibles dont les étudiants doivent être diplômés pour pouvoir postuler. Par exemple, les Arts et Métiers ParisTech ont identifié 5 DUT et 8 BTS dont la formation permet de s’adapter à leur propre cursus.

Les écoles prennent aussi en compte le dossier scolaire : la mention au bac, les notes obtenues au cours des 2 (ou 3) années d’études supérieures et leur évolution (progression ou baisse), ainsi que le positionnement de l’étudiant dans sa promotion. Car pour être admis dans une école d’ingénieurs en admission parallèle, il faut vraiment se démarquer des autres et se situer dans le premier tiers ou quart de la promo.

"Nous recrutons parmi les têtes de classe des IUT [instituts universitaires de technologie], confirme Christine Legrand, responsable du recrutement de CPE Lyon (École supérieure de chimie, physique, électronique), ainsi que des étudiants de licence titulaires d’une mention bien ou très bien au bac." Et de résumer la philosophie générale : "Les portes des grandes écoles sont ouvertes, à condition de faire partie des meilleurs !"
 

Les très grandes écoles encore à la traîne

Même les "très grandes" écoles commencent aussi – timidement – à élargir leur recrutement à des élèves de niveau bac + 2/3 qui ne sont pas passés par une prépa. Plus précisément, ce sont surtout les étudiants de licence qui ont leurs faveurs, et en priorité les L3. Dans ce cas, l’étudiant "perd", certes, un an d’études, mais gagne un diplôme prestigieux…

Cependant, les effectifs d’admissions universitaires dans les établissements du top 10 sont souvent moins importants que dans l’ensemble des écoles d’ingénieurs. Ainsi, l’École polytechnique a accueilli 17 étudiants de L3 en 2012 ; l’École des ponts, 7 ; l’École des mines de Paris… 1 !

Centrale Paris, elle, en a admis 25 en 2012, dans le cadre du concours CASTing mis en place avec les autres écoles du groupe Centrale. Au total, 83 étudiants titulaires d’une licence scientifique ont été admis dans l’un des 5 établissements, signe de leur volonté d’attirer de nouveaux profils.

Plus ouverte à des étudiants hors prépa, AgroParisTech en a recruté 76 en 2011 : 58 % viennent de licence, un quart a un DUT et 15 % un BTS. Mais ce sont surtout les Arts et Métiers ParisTech qui tiennent le haut du pavé en la matière, forts d’une tradition qui conjugue excellence, technicité et recrutement diversifié : outre une vingtaine d’étudiants de licence, l’école admet chaque année une centaine de DUT, et une dizaine de BTS.
 

Un esprit plus pratique que les élèves de prépa

Les élèves venant de BTS et DUT ont une formation scientifique moins poussée que ceux de prépa, et les débuts en école d’ingénieurs peuvent être difficiles. Mais ces faiblesses théoriques sont souvent compensées par leurs compétences techniques. En outre, la plupart des écoles proposent des cours de soutien ou de tutorat aux admis sur titre, en fonction de leurs besoins, afin de les remettre à niveau, notamment dans les matières scientifiques.

Enfin, les étudiants passés par ces filières ont l’habitude de ­travailler par projet, un mode d’apprentissage que les élèves de CPGE doivent acquérir en école. "Réaliser un projet demande d’avoir une vision globale, un sens de l’autonomie et de l’initiative qui n’est valorisé ni au lycée ni en prépa, détaille Jean-Michel Dumas, directeur adjoint et responsable des concours de l’ENSEA à Cergy-Pontoise (95). Les élèves de DUT et de BTS, eux, ont été confrontés à des problèmes qu’ils devaient décomposer en étapes pour répondre à un cahier des charges."

"Ils ont un esprit plus pratique et rattrapent très vite le niveau général, constate aussi Christine Legrand. Ils sont peut-être un peu moins bons en maths ou en physique, mais ils ont bien plus de facilités en TP ! Au bout de 6 mois ou un an, on ne voit plus la différence."
 

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