1. CEP : une voie d’admission spéciale à Sciences po Paris

CEP : une voie d’admission spéciale à Sciences po Paris

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Révolutionnaire. Quand Richard Descoings a mis en place les CEP (Conventions éducation prioritaire) en 2001, soit une voie d’entrée parallèle à Sciences po pour les lycéens de ZEP, les critiques ont été très fortes. Après 10 ans d’existence, l’IEP reste l’un des rares à avoir choisi ce type de dispositif d’ouverture sociale. Explications.

Le principe

Une voie d’admission parallèle en première année

Mises en place en 2001, les CEP constituent l’une des 4 principales voies d’entrée à Sciences po Paris en première année - avec le concours, la mention très bien et la procédure internationale. 130 élèves ont été admis par cette procédure en 2010, au sein d’une promotion de 1.475 étudiants qui ont fait leur entrée au Collège universitaire (premier cycle de 3 ans).

Cette procédure est ouverte aux lycéens des établissements de ZEP (zones d’éducation prioritaire) partenaires de l’IEP, soit 85 lycées, situés majoritairement en Île-de-France.

Sélection : au lycée et à Sciences po

En passant par les CEP, pas de concours mais une procédure en deux temps (voir le calendrier 2011) : au lycée puis à l’IEP. Chaque candidat doit réaliser, pendant son année de terminale, un dossier de presse sur le thème de son choix. Un travail présenté au printemps devant un jury d’admissibilité, au sein du lycée. En cas de succès, le candidat passe un oral à Sciences po début juillet, pendant 30 à 40 minutes devant un jury d’admission composé de cinq personnalités (professeurs des universités, cadres dirigeants, hauts fonctionnaires, enseignants et membres de la direction de Sciences po, personnalités invitées). Et à condition d’avoir décroché le bac du premier coup.

Un bac décroché dans la grande majorité des cas avec mention : en 2010, 88 % des 130 admis via les CEP ont eu une mention au bac : 23 % la mention très bien, 40 % la mention bien, 25 % la mention assez bien. A titre de comparaison, les admis via l’examen, soit 535 élèves, étaient 83 % dans ce cas (65 % la mention TB, 15 % la mention Bien, 3% la mention AB).

Les résultats

Depuis 2001, 860 lycéens ont été admis à Sciences po Paris par cette voie.

Sur 900 candidats en 2010, 130 ont été admis à l’IEP, soit environ 15 %. Un taux de sélection équivalent aux autres procédures ouvertes aux lycéens du système scolaire français (environ 10 % via l’examen d’entrée et 20 % via la mention très bien). Le nombre d’admis chaque année via les CEP a fortement augmenté (ils étaient 17 en 2001, 57 en 2005, 118 en 2008). Ce qui correspond à l’augmentation globale des effectifs de l’IEP puisque cette voie d’admission n’a jamais représenté plus de 6 % des étudiants d’une promo. Le nombre de lycées partenaires est quant à lui passé de 7 établissements en 2001 à 85 en 2010-2011.

Côté diversité, entre 50 et 70 % des admis sont des enfants de chômeurs, d’ouvriers ou d’employés. Les trois quarts sont boursiers, et les deux tiers ont au moins un parent né hors de France, indique l’IEP, qui compte pour 2010-2011, 26 % d’étudiants boursiers.

Une fois dans le cursus de Sciences po, leur réussite est équivalente à celle des autres étudiants : 9 étudiants sur 10 passent directement dans l’année supérieure, et s’insèrent aussi bien et dans les mêmes secteurs que les autres diplômés, selon l’IEP.

Points forts/points faibles

(+)
Un système efficace. Depuis quelques années, une centaine d’étudiants au minimum intègrent à coup sûr l’IEP.
Un impact sur les lycées partenaires. Les lycées de ZEP qui participent aux CEP bénéficient d’une forme d’émulation et améliorent leur image grâce à ce lien avec Sciences po.

(-)
Un dispositif limité aux lycées  partenaires de Sciences po. 85 lycées participent aux CEP. Entre 3 et 10 postulent chaque année pour intégrer le dispositif.

Amir, diplômé de Sciences po Paris, est passé par la voie CEP : « Cela crée une émulation dans tout un lycée, ça change les esprits »

Amir, 25 ans, découvre Sciences po Paris en seconde, quand des étudiants de l’IEP viennent le lui présenter dans son lycée en Seine-Saint-Denis. Résultat : le jeune homme, qui ne connaissait que la médecine ou le droit comme « belles études », nourrit alors l'ambition de rejoindre l’institut de la rue Saint-Guillaume. Le plus dur reste à faire.

Trois admis via le CEP issus de son lycée en Seine-Saint-Denis

Au cours de sa terminale ES, il prépare les épreuves de la procédure CEP : une revue de presse, pour laquelle il choisi le thème de l’Amérique Latine. Sélectionné d’abord par le jury de l’établissement (proviseur, professeurs, personnalités invités) avec 9 camarades (sur 25 candidats), le boursier au mérite (dans le secondaire puis le supérieur) réussit ensuite l’oral de Sciences po, comme deux autres élèves de son lycée.

Exit la Seine-Saint-Denis donc, direction Saint Germain des Prés. Au total : 37 étudiants sont admis à Sciences po à la rentrée 2003 via la procédure CEP. S'est-il alors senti en retard par rapport aux autres ? « La première année, c’était plutôt catastrophique. En fait, c’était l’adaptation à l’enseignement supérieur qui était difficile. A Sciences po au final, je n’ai pas spécialement brillé mais j’étais dans la moyenne », indique-t-il.

Une intégration à l’IEP sans gros problème

Et l’intégration au sein de l’institut, qui réunit un public venant plutôt des bons lycées parisiens ? « Au bout de quelques mois seulement, on ne voyait plus la différence. D’autant que Sciences po a bien fait les choses : nous n’étions jamais tous dans les mêmes conférences car nous nous inscrivions avant et il n’y avait que deux ou trois places par groupe », explique-il.

Un job avant même d’être diplômé

Côté stages par contre, Amir était peut-être un peu au dessus de la moyenne, voire hyper actif ! Avant son master en affaires publiques, il a enchaîné les expériences durant l’année à l’étranger et l’été qui a suivi : stage dans une organisation internationale à New-York, dans une banque, au conseil d’Etat, dans une ambassade française à l’étranger…

Résultat : il se tisse son réseau et épaissit son CV. « 3 semaines avant la fin de mon master, j’avais une réponse positive pour un emploi de juriste en droit des affaires en VIE [volontariat international en entreprise], dans les bureaux d’un cabinet français à l’étranger », raconte le diplômé 2008, qui s’envole alors pour le Maghreb. De retour en France depuis septembre 2010, pour préparer le concours d’avocat, il est inscrit à l’IEJ de Paris 1 et a retrouvé le statut de stagiaire, cette fois-ci dans un cabinet d’affaires parisien, avec un salaire de plus de 2000€ par mois (bruts).

Sans CEP, je ne serais jamais arrivé à Sciences po.

Serait-il arrivé jusque là sans les CEP ? En tout cas, jamais à Sciences po, il en est sûr. « Je me serais perdu dans le système. J’aurais probablement fait du droit. », estime-t-il. Inutile non plus de crier sur tous les toits qu’il est passé par les CEP. « Je n’ai pas honte mais dans ce milieu d’élites, mieux vaut se fondre dans la masse  Surtout qu’en France, on aime bien mettre des étiquettes et je ne veux pas de l’étiquette CEP ».

Ce qui ne l’empêche pas de garder un lien avec le dispositif : au sein d’une association d’anciens de l’IEP, il coache de jeunes lycéens qui tentent les épreuves d’admission à Sciences po via la procédure CEP. « Cela crée une véritable émulation dans tout un lycée. Ca change les esprits !", se réjouit-il.

Camille Stromboni

(réactualisé en septembre 2011)

 

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