1. Egalité des chances : ces filières qui font des miracles
Reportage

Egalité des chances : ces filières qui font des miracles

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Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

Damien, Loïc et Yacine sont venus "en anciens", rendre visite à leurs successeurs. En cette première semaine de septembre, la nouvelle promotion vient à peine de faire sa rentrée dans les vastes bâtiments blancs du lycée Marie-Curie, dans la zone pavillonnaire de Nogent-sur-Oise (60). Les trois copains semblent fiers d’avoir surmonté "tout ça", heureux d’en parler… mais soulagés que "tout ça" soit derrière eux.

"Il y a encore deux ans, cela ne m’aurait même pas effleuré l’esprit"


Eux ont quitté les bancs du lycée l’année dernière. Pas ceux de la classe de terminale, mais ceux de la prépa ATS (Adaptation technicien supérieur), qui leur a permis, en un an, de passer un concours commun à une quarantaine d’écoles d’ingénieurs en France. Fin septembre, tous trois entrent dans un établissement supérieur de la banlieue parisienne.

L’envie de continuer

Damien a choisi l’école EPMI (Ecole d'électricité, de production et des méthodes industrielles) de Cergy-Pontoise (95) après un BTS (brevet de technicien supérieur) électrotechnique au lycée Marie-Curie. Il souhaite aujourd’hui se spécialiser dans l’ingénierie des transports : une carrière qui ne lui aurait même pas effleuré l’esprit il y a deux ans. "Mes parents travaillent tous les deux sur les hippodromes, c’est le premier milieu professionnel que j’ai vraiment connu puisque j’y travaille aussi tous les week-ends pour payer mes études, explique ce timide blond de 22 ans originaire de Brenouilles (60). Après le bac, j’étais parti sur une formation de technicien. Puis j’ai fait un stage en entreprise, où j’ai eu des responsabilités. Et ça m’a donné envie de continuer."

À un moment donné de sa scolarité, comme ses "collègues" de prépa ATS, Damien a osé se dire : "Une école d’ingénieurs, pourquoi pas moi ?" Mais la démarche ne va pas de soi.

"Les étudiants ont tendance à s’autocensurer"

Un chemin à parcourir

Yacine, 21 ans, la "grande gueule" du groupe, est aujourd’hui étudiant à l’ENSEA (École nationale supérieure de l’électronique et de ses applications), à Cergy-Pontoise. Il voudrait devenir ingénieur en génie électrique. En revenant sur son parcours "un peu chaotique", cet étudiant volubile prend la mesure du chemin parcouru. "Je voulais faire une prépa avec mon bac techno pour intégrer une école d’ingénieurs, mais mon dossier a été classé sans suite, résume-t-il. Alors j’ai fait un BTS pour essayer de rentrer sur dossier. Mais ça n’a toujours pas marché… Je ne voulais pas aller à la fac, pour ne pas être livré à moi-même. J’ai donc décidé de m’inscrire en prépa ATS. C’est un copain qui m’en a parlé."

"Un emploi quasi assuré"

Aujourd’hui, Yacine revient au lycée pour "faire la promo" de cette filière. "C’est bien, car les étudiants ont tendance à s’autocensurer : la prépa les intéresse, mais ils se disent qu’ils n’auront pas le niveau et ne sauront pas tenir le rythme, déplore le professeur de génie électronique, André Mesa. Pourtant, nous recrutons des élèves pour la plupart dits moyens…" L’équipe pédagogique ouvre à ces élèves "moyens" les portes d’un bac + 5 : sur les cinq dernières années, 91 % des élèves de prépa ont intégré une école d’ingénieurs. "Avec notre cursus, on a la chance d’avoir fait des stages, se réjouit Loïc, 24 ans, le troisième de la bande. On a plus de maturité, une meilleure expérience de la vie de tous les jours. Et un emploi quasi assuré." À l’évocation de ces derniers mots, tous les trois ont le sourire aux lèvres.
 


Les prépas ATS
Il existe plus d’une vingtaine de prépas ATS, qui s’adressent aux BTS et DUT industriels et préparent en un an à l’entrée d’une quarantaine d’écoles d’ingénieurs, par le biais du concours ATS ou par recrutement propre à chaque école.

Sommaire du dossier
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