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Reportage

L'artistique s'invite dans les écoles de commerce

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De plus en plus d’écoles de commerce cherchent à cultiver la fibre artistique de leurs élèves. Objectif : favoriser leur épanouissement personnel, cultiver les différences de parcours, rendre les étudiants plus créatifs et plus curieux. Illustration à l’ESCE et dans les ESC de Grenoble et d’Amiens.

"Quand la moutarde me monte au nez, je suis capable de commettre un crime !", s’exclame Sophie devant son auditoire. La scène se déroule au 10ème étage d’un immeuble, dans une petite salle où tous les rideaux sont tirés. En chaussettes, 18 étudiants se succèdent au milieu de la pièce. Qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes pas au cours Florent mais bien à… l’ESCE, école de commerce postbac basée à La Défense (92).
 

Des cours pendant 3 semestres

 
esceCes étudiants ne se sont pas égarés. Ils sont là parce qu’ils l’ont choisi. Dans le cadre de leur école, ils suivent 5h de cours de théâtre par semaine et se sont engagés à le faire sur 3 semestres consécutifs (1ère année et début de 2ème année). À terme, ils valideront 9 crédits ECTS (link vers labels) nécessaires à leur passage en année supérieure. Les élèves seront jugés sur leur implication, l’évolution de leur pratique théâtrale et leur assiduité. Avec en ligne de mire, la représentation de la pièce de théâtre devant la communauté de l’ESCE, en juin. Bref, à l’ESCE, le théâtre est un vrai cours, aussi important que le marketing ou les techniques commerciales ! Cette nouvelle initiative, proposée depuis la rentrée 2010 aux étudiants de 1ère année, a remporté un très vif succès. 40 élèves ont envoyé une lettre de motivation puis ont passé un entretien. Au bout du compte, 18 candidatures ont été retenues. Le critère principal ? La motivation.
 

Apprendre à se connaître… et à se vendre

 
escePour Mahmoud Shahali, le professeur de théâtre de l’ESCE, cette démarche est salutaire. "Les étudiants doivent apprendre à se vendre en vue des entretien d’embauche . Il s’agit pour eux de se dépasser, d’aller au-delà d’eux-mêmes pour jouer l’autre. Ce n’est pas un simple amusement", déclare-t-il. À terme, l’école prévoit un minimum de 20 % de cours entièrement consacrés à l’ouverture culturelle. "On ne va pas tarder à étendre le projet au domaine de l’écriture et de la peinture", explique Emmanuelle Baruch, responsable de la communication de l’école.

Chaque jeudi après-midi, le rendez-vous est donc donné. De 15h à 20h, les commerciaux-comédiens forment une petite troupe. "Ne vous dispersez pas, restez ici", lance le prof de théâtre pour stopper les rires de certains. Quelques secondes plus tard, les étudiants tournent, se croisent et recroisent en émettant de drôles de sons : c’est la séance relaxation, étape indispensable d’un cours de théâtre. Au bout de 20 minutes, les premiers se jettent à l’eau. Cet après-midi-là, ils doivent faire découvrir au public le texte qui leur a été imposé lors de la dernière séance. "Entrez dans la fosse au lion !", blague Mahmoud Shahali en pointant la scène du doigt. "N’ayez pas peur d’être ridicule. Un acteur, c’est par les tripes qu’il parle. Transformez le lire en dire", explique-t-il, plein d’enthousiasme.
 

Lâcher prise

  
esceAttentifs, les disciples tentent de mettre à profit les conseils du maître. Pour Alice, le message a l’air d’être bien passé. "Bravo ! C’est super !", s’exclame le professeur. "Pour moi, le théâtre, c’est une remise en question perpétuelle. Cela me permet de lâcher prise et d’oublier les petits tracas de la vie quotidienne", explique l’étudiante, qui a déjà fait 5 ans de théâtre. Certains n’osent pas encore "se lâcher". Alors Mahmoud Shahali n’hésite pas à les interrompre pour leur prodiguer de précieux conseils. "C’est quoi comme chien ?", lance le prof à son élève, un peu prise de court. "Heu… un labrador !", répond l’étudiante en fixant un carré de moquette, représentation loufoque de son chien imaginaire… "Avec de longues canines, hein ?", poursuit le professeur avant de mimer les gestes d’un personnage qui tente de retirer ses pieds de la gueule d’un chien. "Au théâtre, on peut tout faire, il faut se débarrasser doucement du texte et ne pas oublier son corps", insiste le metteur en scène.

Pour Claire, le théâtre est un bon moyen de prendre confiance en soi. "Sur scène, ce n’est pas nous, c’est un personnage. On peut faire n’importe quoi sans avoir honte". Avant d’intégrer l’ESCE, Léa rêvait secrètement d’être… actrice ! Un peu comme Sophie qui a longuement hésité entre les cours d’école de commerce et le cours Florent.
 

Un atout sur le CV

 
En tous cas, le théâtre sera sans doute un atout sur le CV de ces étudiants. Alice en a déjà vu les premiers effets. "Cela m’a permis d’obtenir un job de vendeuse. Pour ce genre d’emploi, les recruteurs y sont très sensibles". Laurent Lecardonnel, directeur du groupe AdviseHR et par ailleurs enseignant à l’ESCE, approuve : "Ces cours de théâtre permettent aux étudiants d’enrichir leur cursus d’un savoir-être, ce qui les dotera d’une certaine authenticité lors des entretiens d’embauche. Pour des futurs cadres, il est primordial qu’ils sachent bien articuler et qu’ils soient parfaitement à l’aise dans leurs corps", ajoute-t-il.

Pour aller plus loin : Les atouts des écoles de commerce / Est-ce que les études en école de commerce me plairont ? / Grandes écoles de commerce : comment elles vous arment pour demain

Sommaire du dossier
Des "musiciens managers" à l’ESC Grenoble Shakespeare et Mozart à l’ESC Amiens