1. Ouverture sociale des grandes écoles : où ça coince encore

Ouverture sociale des grandes écoles : où ça coince encore

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Même si les taux de boursiers progressent dans les grandes écoles, le chemin à parcourir reste encore long pour aboutir à une véritable diversité sociale des élites. Passage en revue des verrous qui restent à débloquer.

« Des premiers résultats encourageants ». Tel a été le satisfecit de la CGE (Conférence des grandes écoles) lors de la publication de son livre blanc sur l’ouverture sociale des grandes écoles en décembre 2010. Un document qui fait le point sur les actions menées par les grandes écoles pour diversifier l’origine sociale de leurs étudiants. Selon lui, 61% des écoles membres de la Conférence comptent aujourd’hui plus de 30% d’étudiants bénéficiaires d’une bourse sur critères sociaux (bourse CROUS ou autres). Et si l’on s’en tient au seul indicateur «boursiers du CROUS », un tiers des établissements compte plus de 30% de boursiers, la barre symbolique fixée par le président de la République.

Alors, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas tant que ça… L’ascenseur social reste bloqué pour un grand nombre d’étudiants.

Une diversité sociale encore faible dans les écoles du top 10

Premier verrou : la diversité sociale des écoles les plus prestigieuses. Un enjeu crucial car ces établissements forment une grande partie des dirigeants de demain. De l’aveu même de la CGE, ces très grandes écoles se situent globalement dans la tranche de 20 à 30% de boursiers. Et seuls 10 à 20%  des élèves de ces établissements sont des boursiers du CROUS. Plus précisément, on compte 4,2% de boursiers à l’ESSEC, 4,4% à l’ESCP-Europe, 8% à HEC, 12% à l’Ecole des mines de Paris ou à l’Ecole des ponts, 13% à l’entrée à Polytechnique, 17% à Centrale Paris, selon les données collectées auprès des écoles lors des palmarès 2011 des écoles de commerce et des écoles d’ingénieurs.

Une faible mixité qui s’explique notamment par le vivier resserré de classes préparatoires dans lesquelles ces écoles recrutent. Des prépas souvent situées dans les quartiers chics de Paris ou des grandes villes de province. Un tiers des étudiants de HEC proviennent de 4 CPGE : Henri-IV ou Ipesup à Paris, Sainte-Geneviève à Versailles ou Saint-Jean de Douai. Du côté de Polytechnique, un tiers des étudiants français sont issus de deux prépas : Louis-le-Grand à Paris et Sainte-Geneviève à Versailles. De quoi limiter de fait la diversité sociale des écoles.

Des actions qui s’adressent aux plus favorisés des défavorisés

Second verrou : le public visé par les actions d’ouverture sociale. L’OZP (Observatoire des zones prioritaires) a mené l’enquête dans 6 académies (Aix-Marseille, Besançon, Créteil, Lille, Nice et Versailles – Val d’Oise). Résultat : seules 27 % des Cordées de la réussite (dispositifs d’ouverture sociale labellisés par le ministère de l’Enseignement supérieur) concernant des lycéens ont lieu dans des territoires dits prioritaires. Pour le président de l’Observatoire, Marc Douaire, ce chiffre est révélateur : « Les politiques menées touchent plus l’individuel que le collectif. Il s’agit d’exfiltrer les élèves méritants de milieu modeste de leur environnement scolaire pour les aider à rejoindre l’élite scolaire et non d’améliorer les performances de tous ».

Une analyse qui rejoint celles d’Agnès van Zanten. Dans une tribune parue dans Le Monde en septembre 2010, la sociologue explique que les programmes d’égalité des chances s’adressent aux « pépites de banlieue, comme les appellent certains ». « Le double ciblage – d’établissements d’une part (…) et de bons élèves très motivés d’autre part – conduit à intégrer des élèves issus des classes populaires mais aussi des classes moyennes (ces derniers représentent entre la moitié et les deux tiers des bénéficiaires). Si l’on ajoute le fait que ces politiques ne concernent qu’un nombre d’élèves très réduit, on est en droit de conclure qu’elles ne visent qu’un renouvellement modéré et contrôlé des élites scolaires. »  Des dispositifs qui visent donc à se donner bonne conscience plutôt qu’à révolutionner le système. Une rénovation des concours d’accès aux grandes écoles pour les rendre moins discriminants pourrait avoir davantage d’impact sur la diversité sociale des grandes écoles. Mais pour le moment, cette réforme d’ampleur reste encore dans les limbes…

Les élèves boursiers sont-ils nuls ?
Début 2010, lorsque la polémique sur l’ouverture sociale des grandes écoles a éclaté, le niveau des élèves boursiers a été mis en cause. Alors, les élèves boursiers sont-ils nuls ? Une chose est sûre : ils sont moins nombreux à se présenter à l’entrée en classes préparatoires. Alors que 30 % des bacheliers issus de milieu enseignant ou supérieur ayant obtenu une mention entrent en prépa, seuls 12 % des élèves issus de milieux populaires les intègrent, selon le livre blanc de la CGE consacré au sujet. En cause : l’autocensure, la difficulté d’accéder à l’information, le manque d’ambition des proches...
Mais, une fois en classe préparatoire, les élèves boursiers ont-ils autant de chances de réussir que les autres ? Oui, semblent dire les dernières statistiques. Aux concours 2009 des écoles de commerce, 21% des candidats étaient boursiers et 21% des admis étaient également boursiers. Même constat pour les écoles d’ingénieurs. Des statistiques qui engagent les étudiants boursiers à tenter leurs chances… et à croire en leurs capacités !
L’ascenseur social en panne dans d’autres filières de l’enseignement supérieur
La part des enfants des classes populaires est en baisse dans beaucoup de  filières de l’enseignement supérieur, selon la dernière enquête de l’OVE (Observatoire de la vie étudiante). Entre 2006 et 2010, elle est passée de 35 % à 31 %. La part des enfants d'agriculteurs, d'employés et d'ouvriers, par exemple, n’a pas augmenté : de 19 % à 18 % en prépa, de 21 % à 20 % dans les filières de santé ; mais elle a même chuté de 42 % à 34 % en IUT et de 53 % à 49 % en STS (section de technicien supérieur)... Dans le même temps, la proportion des classes supérieures dans l’enseignement supérieur a grimpé de 32 % à 36 %.

Sylvie Lecherbonnier
Mars 2011



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Sommaire du dossier
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