1. Supérieur
  2. Ecoles de commerce
  3. Ouverture sociale des grandes écoles : pourquoi ça ne profite pas assez aux plus concernés
  4. PEI : une prépa gratuite pour les lycéens à Sciences po Lille

PEI : une prépa gratuite pour les lycéens à Sciences po Lille

Envoyer cet article à un ami

« Nous avons choisi un programme de démocratisation qui reste attaché au concours d’entrée républicain ». Voici le mot d’ordre du directeur de Sciences po Lille, Pierre Mathiot, quant à son programme « Egalité des chances » intitulé PEI (Programme d’études intégrées), et mutualisé désormais aux 5 autres IEP du concours commun (Aix-en-Provence, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse). Avec un double objectif : la préparation au concours commun de ces 6 IEP et l’accompagnement des lycéens vers l’enseignement supérieur.

Le principe

Une préparation gratuite au concours d’entrée de l’IEP

Mis en place en 2007 par Sciences po Lille, le programme PEI (programme d’études intégrées) est une préparation gratuite au concours concours d’entrée en première année, destinée aux lycéens de milieu défavorisé. Elle est étalée sur 6 mois, de janvier à juin

En quoi consiste cet accompagnement ? Il s’agit tout d’abord d’un accès à la plateforme IEPEI, qui agrège l’ensemble du contenu nécessaire pour le concours, mais aussi une vaste panoplie de conseils méthodologiques et un suivi pointu de l’actualité. Des professeurs alimentent, réactualisent et adaptent le site en permanence. Devoirs par correspondances et concours blancs jalonnent la préparation. Des étudiants de l’IEP lillois jouent également le rôle de tuteurs auprès des jeunes recrues. Enfin, une semaine intensive de cours est organisée à l’IEP.

Réservée aux boursiers et aux plus motivés

Cette préparation est destinée aux lycéens de terminale (situés dans la zone géographique de l’institut). A noter : le programme s’est élargi aux élèves de première, de seconde et même aux collégiens, avec diverses initiations à la culture générale et aides à la construction d’un projet vers l’enseignement supérieur. En 2010-2011, 400 élèves au total suivent le programme PEI-Lille (du collège au lycée).

Comment sont-ils sélectionnés ? Sur un critère social : il faut être boursier du secondaire ou futur boursier du supérieur, ou dépasser de peu le plafond nécessaire pour obtenir ces bourses (ainsi, 20 % des participants à PEI ne sont pas boursiers). Les futurs candidats peuvent postuler au programme de manière individuelle, à condition d’avoir l’accord d’un professeur référent et du proviseur de leur lycée, avec qui l’IEP signera une convention. Sont également prises en compte la moyenne scolaire et la motivation. Il est nécessaire d’être au minimum « moyen » et de ne pas avoir des notes trop faibles dans des matières comme l’histoire ou les langues, cruciales pour le concours.

"Préparer un concours est violent, explique Xavier de Glowczewski, responsable du programme lillois avec Jacques Staniec et conseiller du directeur de l’IEP sur les questions de démocratisation, nous ne prétendons pas transformer les élèves d’un coup de baguette magique. Prendre un élève en grande difficulté ne ferait que l'enfoncer et aurait un effet destructeur, compte tenu de la charge de travail que demande le programme".


Les résultats
Pour le programme PEI-Lille
Au total, 1.270 élèves ont été accompagnés par le dispositif PEI-Lille depuis sa création en 2007, dont 550 lycéens de terminale. En 2009-2010, les 400 élèves qui suivaient le programme étaient issus de 80 lycées et de 10 collèges.

Côté réussite, 90 % des lycéens de terminale (2009-2010) ont obtenu une mention au bac. 30 % ont réussi à intégrer un IEP. Parmi les 70% restants, 50 % ont rejoint une classe prépa, 22 % une fac de droit. Des proportions qui bougent peu depuis la création du dispositif, hormis la réussite au concours commun, qui augmente légèrement.

Pour IEPEI, le programme mutualisé aux 6 IEP du concours commun

Depuis la rentrée 2008, le dispositif PEI a essaimé chez ses 5 confrères du concours commun : les instituts d’Aix-en-Provence, Lyon, Rennes, Strasbourg et Toulouse. D’où son nouveau nom : IEPEI. Ils utilisent désormais tous la plateforme en ligne, organisent un concours blanc et des périodes de rassemblement des lycéens, chacun à leur manière. A Lyon par exemple, les lycéens de terminale sont réunis tout au long de l’année le mercredi après-midi à l’IEP.

Au total, 1250 élèves ont participé au programme PEI en 2009-2010, dont plus de 400 en terminale. Parmi eux :
- 95 jeunes ont réussi à intégrer un IEP, soit 21 % d’entre eux.
- 35 % se sont dirigés vers une classe prépa (CPGE)
- 20 % ont rejoint une fac de droit.

Au total, 160 lycées sont concernés par le dispositif, 200 étudiants des instituts y participent ainsi que 200 professeurs (lycées, universités, IEP et CPGE).


Points forts/points faibles
(+)
Le même concours que tout le monde. Aucune distinction possible avec les autres admis dans les IEP, puisque les étudiants qui ont suivi PEI passent le même concours d’entrée.
D’une pierre deux coups. Outre la préparation au concours, PEI permet aussi d’être accompagné vers l’enseignement supérieur. Si 30 % des lycéens intègrent un IEP après avoir suivi PEI-Lille, ils sont 50 % des participants restants à rejoindre une  classe prépa et 22 % en fac de droit.
(-)
Un nombre de lycéens limité qui intègrent un IEP. Cela s’explique par le très fort taux de sélection du concours commun, même si les participants PEI réussissent mieux que les autres (21% des participants aux programmes IEPEI ont intégré un IEP en 2010, tandis que le taux global d’admission au concours commun est de 10 %).
Et si c ‘était à refaire ? - François : « Avec PEI, nous passons le même concours que tout le monde, nous ne sommes pas privilégiés »

De toute façon, il voulait faire Sciences po depuis la seconde, pour être journaliste ! Avec, plus précisément, en ligne de mire, l’IEP de Lille. François, 19 ans, aujourd’hui en 1re année au sein de l’institut visé, a préparé le concours avec le dispositif PEI (programme d’études intégrées). Et c’était pour le moins inattendu : l’étudiant était dans un lycée privé (Saint-Dominique à Béthune) !

« Je croyais que le dispositif PEI était destiné uniquement aux lycéens de ZEP alors qu’en fait, cela dépend de la situation de chacun », explique le jeune homme, boursier du secondaire puis du supérieur. C’est grâce à une relation qu’il a découvert cette prépa gratuite au concours commun : une élève de terminale de son lycée qui suivait PEI lui en a parlé quand il était en première.

Accepté dans le programme quand il arrive en terminale, il débute alors une « année entière de sacrifice ». « Depuis le début à l’école, je m’en sors parce que je travaille beaucoup, explique-t-il. Là, j’ai donc dû mettre les bouchées doubles. ». Avec succès puisqu’il réussit le concours et obtient même son premier choix parmi les 6 IEP : Lille.

En cas d’échec, qu’aurait-il fait ? Une classe prépa littéraire. Mais même sans PEI, il aurait préparé le concours, probablement avec une prépa en ligne, plus abordable financièrement. « Je n’aurais jamais eu les mêmes clés en main », estime-t-il, notamment grâce au concours blanc organisé par PEI, ou à la semaine intensive organisée à l’IEP.

Et l’intégration à Sciences po ? Aucun problème. « Nous passons le même concours que tout le monde, dans les mêmes conditions, nous ne sommes pas privilégiés. Donc il n’y a aucune mise à l’écart ou stigmatisation quelconque », explique-t-il. Côté niveau, le jeune homme, qui était plutôt premier de classe au lycée, se sent dans la norme à l’IEP, ni moins bon, ni meilleur.

Et maintenant qu’il est passé de l’autre côté de la barrière, il a choisi à son tour, de participer au dispositif PEI en aidant les lycéens qui suivent la prépa. Que pourrait-on améliorer selon lui ? Le suivi à l’intérieur des lycées. « C’est un peu aléatoire. Par exemple, mon prof référent était très absent. Internet c’est bien, mais un concours ça se joue tous les jours et l’aide d’un enseignant est capitale ».

« Je le peux parce que je le veux » à Sciences po Bordeaux
A Sciences po Bordeaux, le dispositif « Je le peux parce que je le veux », mis en place en 2006 et labellisé « Cordées de la Réussite » par l’Etat en 2008, consiste lui aussi à accompagner les lycéens vers le concours d’entrée en première année de l’IEP destiné aux bac+0. 13 lycées partenaires y participaient à l’origine, 20 en 2010-2011. Les lycéens volontaires de ces établissements suivent, durant leur année de terminale, une préparation aux épreuves d’entrée. Egalement au programme : des rencontres avec des étudiants de Sciences po, et une visite de l’IEP. Les frais d'inscription au concours passent de plus de 100 euros à 20 euros pour ces candidats. Résultat : en 5 ans, près de 600 lycéens ont suivi cette préparation, 51 ont réussi le concours et intégré Sciences po Bordeaux, une dizaine un autre IEP.
La « démarche positive » à Sciences po Grenoble
Lancé il y a 4 ans, le dispositif de Sciences po Grenoble prépare des lycéens d’établissements situés en zone défavorisée ou en montagne (pour les sportifs de haut niveau) au concours d’entrée en première année. 5 lycées de l’Isère sont partenaires. Sélectionnés sur la base des critères sociaux définis pour les bourses de l’enseignement supérieur, des résultats scolaires et de la motivation, ces lycéens sont accompagnés par leurs enseignants dans le cadre d’une préparation spécifique, ainsi que par un parrain, étudiant de Sciences po. Résultat : depuis la création du dispositif, une cinquantaine de candidats ont suivi ce cursus jusqu’au bout en se présentant au concours et une quinzaine ont intégré l’IEP, ainsi qu’une une dizaine de sportifs de haut niveau.

Camille Stromboni
Mars 2011


À consulter aussi

- Admissions parallèles en ESC : réussir les concours
- Admissions parallèles : réussir l’oral
- Admissions parallèles : réussir les tests Tage-Mage ou Arpège
- Quelle est la meilleure formation pour entrer dans une école via les admissions parallèles ?
- Faire une ESC en apprentissage
Sommaire du dossier
Retour au dossier Ouverture sociale des grandes écoles : où ça coince encore La CPES d’Henri-IV : une « prépa à la prépa » pour les têtes de classe Passerelle ascenseur social : un bon plan pour intégrer une école de commerce « Une grande école : pourquoi pas moi ? (PQPM) » : un tremplin, pas seulement pour les meilleurs CEP : une voie d’admission spéciale à Sciences po Paris PEI : une prépa gratuite pour les lycéens à Sciences po Lille Passeport Avenir : soutien et tutorat pour élèves de prépa ou d’écoles Optim : révéler des potentiels « scientifiques »