1. « Le bac pro, bien mieux qu’un BEP »
Reportage

« Le bac pro, bien mieux qu’un BEP »

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Il existe en France des filières où l’ascenseur social fonctionne encore, où il est possible à un jeune d’origine modeste de progresser. Ces formations, inscrites dans le paysage éducatif depuis longtemps, concernent des milliers d’élèves chaque année. Et leur mérite est tout aussi appréciable que les dispositifs d’égalité des chances créés par Sciences po Paris, Henri-IV ou l’ESSEC. Reportage dans ces filières cachées de la diversité.

"Le savoir est une arme." Cette phrase, inscrite sur une immense affiche hip-hop, tapisse les murs du CDI (centre de documentation et d’information) du lycée professionnel Gustave-Ferrié, dans le Xe arrondissement populaire de Paris. Sur les étagères, des dizaines de mangas disputent la place aux journaux sportifs – l’Equipe, Onze, France Football – pour "inciter les élèves à lire", précise le documentaliste.

En ligne de mire : le BTS…


10 heures : la sonnerie du lycée siffle la récré. Celle-ci finie, 22 élèves de première bac pro électronique embarquée s’installent dans le CDI, pour une heure d’intercours. Hassan, 17 ans, est le premier à prendre la parole. Il habite dans le Xe, comme la plus grande partie des élèves de cette classe, originaires du nord-est parisien et de la Seine-Saint-Denis. "L’électronique, c’est ce que je veux faire depuis toujours, explique-t-il. J’ai vu dans une brochure qu’on enseignait cette filière à Ferrié, alors je suis venu ici." Lui voulait entrer en "générale" – comprendre seconde générale – pour faire un bac scientifique, mais son premier vœu a été refusé. Qu’importe. Une fois qu’il aura son bac en poche, Hassan sait qu’il veut poursuivre ses études en BTS d’électronique, pour "mieux se former". "Si j’y arrive", se reprend-il.

… voire même une école d’ingénieurs ou de commerce


Le proviseur du lycée, Lydia Andreu, l’écoute, le rassure : "Si tu travailles, tu vas y arriver". "Les familles comme les élèves, poursuit-elle, ont bien intégré l’intérêt du bac pro, surtout en électronique, un secteur porteur." Massi, 19 ans, confirme sans sourciller : "Avec la réforme, on fait maintenant son bac pro en 3 ans au lieu de 4. En fait, on gagne une année. Et c’est bien mieux qu’un BEP [brevet d’études professionnelles] !" Lui veut également poursuivre ses études en BTS et non à la fac, pour ne pas "être laissé à soi-même". "BTS", tous ou presque ont ce mot à la bouche. "L’incertitude du recrutement fait qu’ils aiment se prémunir le plus possible, décrypte le proviseur. Avec le système de passerelles, nos élèves savent qu’ils peuvent progresser, s’élever dans la société, intégrer une école d’ingénieurs ou une école d’informatique…" Au lycée René-Cassin de Strasbourg, une prépa vient même d’ouvrir pour permettre aux élèves de bac pro d’intégrer en 3 ans une école de commerce, comme HEC ou l’EM Strasbourg.

Des stages valorisants


Pour permettre aux élèves de "progresser", la formation comprend également des périodes de stages suivis, réparties en 22 semaines en 3 ans. "Ils en reviennent souvent apaisés, valorisés", observe Lydia Andreu. Mohammed, vif petit brun de 18 ans, a trouvé l’entreprise où il fera son stage la semaine prochaine, dédiée au service après-vente. "J’y étais déjà l’année dernière et ça s’est bien passé, explique-t-il. On m’a confié des responsabilités." Ça tombe bien : Mohammed souhaite, plus tard, créer sa "propre entreprise". Et les autres, quel métier veulent-ils faire dans 10 ans ? "Ingénieur du son", "ingénieur en électronique", "informaticien", lancent-ils à l’unisson. "Parce qu’on est des cracks !"

Sommaire du dossier
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