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Témoignage

Walid, salarié dans une agence de marketing à New York : “Venu pour mes études, j'ai remué ciel et terre pour trouver un stage”

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« Je suis tombé amoureux de New York et surtout du sentiment de liberté incroyable qui règne ici. » // © Marie Demarque
« Je suis tombé amoureux de New York et surtout du sentiment de liberté incroyable qui règne ici. » // © Marie Demarque

À 24 ans, Walid travaille depuis bientôt un an pour une agence de marketing new-yorkaise. Un rêve devenu réalité et qui était au départ loin d'être gagné. Venu passer un semestre d'études dans la Grosse Pomme, l'ex-étudiant de l'ISEG – école de commerce parisienne – décide seulement deux semaines avant la date de son retour en France, de tout faire pour trouver le moyen de rester…

En quoi consiste votre activité professionnelle à New York ?

“Je travaille pour une société qui s'appelle Mirrorball. Nous aidons des grandes marques comme Perrier, L'Oréal, Harley Davidson, mais aussi des plus petites moins connues à commercialiser leurs produits. Nous organisons notamment des événements festifs au cours desquels nous médiatisons et faisons découvrir leurs produits aux consommateurs.

Chaque équipe est en relation avec un ou plusieurs clients pour offrir de la visibilité et une bonne image à leurs produits. Concrètement, je dois étudier les marchés, établir des budgets et conseiller les responsables de ces marques dans leurs stratégies de vente. Nous faisons souvent appel à des célébrités montantes qui sont encore influentes auprès du public dans la mesure où elles ont encore un lien direct avec les consommateurs.”

Pourquoi avoir décidé de rester aux États-Unis ?

“C'est assez drôle, car quand je suis arrivé à New York, ma première impression fut loin d'être bonne. Je connaissais un peu les États-Unis, car j'étais parti plusieurs fois en vacances en Californie avec ma famille, or la côte Ouest est très différente de la côte Est. En m'installant à New York, j'ai trouvé que les rues étaient sales et la ville assez oppressante.

Pendant les 15 premiers jours, j'étais convaincu que je ne resterais certainement pas ici. Et puis de fil en aiguille, de belles rencontres en bonnes expériences, je suis tombé amoureux de cette ville et surtout du sentiment de liberté incroyable qui règne ici. En mai 2012, deux semaines avant la date de mon retour en France, je me suis dit qu'il fallait absolument que je trouve un moyen de rester ici. Il m'a donc fallu remuer ciel et terre pour trouver un stage et étendre mon visa. J'ai alors eu la chance de commencer à travailler avec ceux qui allaient devenir mes futurs employeurs.”

Comment avez-vous fait pour trouver ce stage et vous faire embaucher ?

Je sortais énormément et j'ai ainsi rencontré pas mal de personnes qui travaillaient dans l'événementiel. Il se trouve par ailleurs que je vivais en colocation avec Kevin Bracken, l'un des fondateurs des 'Pillow Fight Days', ces batailles de polochon géantes organisées dans plusieurs grandes villes comme New York. Kevin travaillait chez Mirrorball, et quand il est parti, les manageurs ont cherché un stagiaire. J'ai donc postulé, et j'ai été pris ! À l'époque, je trouvais que mon niveau d'anglais n'était pas exceptionnel, même s'il était loin d'être mauvais. Je garde un souvenir épique des premières réunions avec les autres membres de l'équipe dont certains venaient des quatre coins des États-Unis – et donc avaient tous un accent différent.

En août, au moment où mon stage allait s'achever, mon chef a décidé de me garder. Ce fut un bonheur immense. Je m'étais vraiment beaucoup impliqué auprès de mes clients pendant ce stage, et je voulais continuer à les suivre, à travailler avec eux. Administrativement, cela n'a pas été simple, il a fallu embaucher un avocat pour prolonger mon visa de stage dans un premier temps. Du coup, pendant cette période, j'étais payé en frais de services. Les procédures sont longues, compliquées et coûteuses mais normalement, je devrais enfin avoir un numéro de Sécurité sociale en septembre 2013 et ainsi obtenir un visa de travail.”

Quelles sont les principales différences entre la France et les États-Unis dans votre domaine ?

“Ici tout est plus grand, nous ne vivons pas à la même échelle. Aux États-Unis, le rêve peut devenir réalité parce que le champ des possibles est beaucoup plus vaste. Au niveau du marketing par exemple, les marques vont investir beaucoup plus d'argent, et quelque part, c'est normal, les États-Unis font presque 17 fois la taille de la France ! Et puis, il y a ici, une énergie que je n'ai pas connue à Paris.

Le fonctionnement interne de l'entreprise est également différent. Au sein de mon agence, on est aussi recruté pour sa personnalité. C'est très important. Nous sommes tous très différents et travaillons dur mais au-delà des diplômes, c'est la capacité de chacun à ‘vendre du rêve’. Quand j'étais plus jeune, je faisais partie d'un groupe de métal. Je n'ai pas peur de m'exprimer devant une foule et mon patron a beaucoup apprécié cet aspect de ma personnalité. Je ne suis pas sûr que face à un employeur français, cela aurait eu le même impact. Enfin, si l'on fait ses preuves, on peut monter en grade et voir son salaire croître beaucoup plus rapidementqu'en France.”

Paris-New York, bilan express

Son meilleur souvenir ?
“Le jour où j'ai été convoqué dans le bureau du directeur des ressources humaines parce que mon supérieur hiérarchique avait quitté l'entreprise. Le boss a alors décidé de me confier la responsabilité d'un dossier sur lequel mon chef et moi travaillions. C'était comme dans un film, j'ai pris cinq ans d'expérience en cinq minutes. C'est ce pragmatisme-là qui est incroyable aux États-Unis.”

Son pire souvenir ?
“La veille du jour où mon avocate a soumis mon dossier de demande de visa pour obtenir un permis de travail, je n'ai pas dormi. Je n'arrêtais pas de me dire 'et si ça ne marche pas' ? Je me sens complètement épanoui dans ce travail, je ne veux surtout pas le quitter.”

Son revenu mensuel ?
“Je gagne entre 50.000 et 70.000 $ par an (entre 38.000 et 53.000 €). C'est beaucoup plus que ce que je pourrais espérer toucher en France pour le même emploi.”

Son conseil à ceux qui voudraient l'imiter ?
“Il faut être malin, foncer et avoir une audace incroyable. Pendant mes trois mois de stage, je ne savais pas de quoi le lendemain serait fait. Je me suis certes bien intégré au sein de la communauté new-yorkaise, mais j'avais toujours le sentiment d'être un étranger parce que je ne savais pas si je pourrais rester. J'ai donc développé une sorte d'instinct de survie dans le milieu professionnel et je pense que mon entreprise m'a gardé parce que mes patrons ont apprécié ma capacité à me débrouiller tout seul et à prendre des initiatives et trouver sans cesse de nouvelles solutions.”

Un retour en France ?
“Non, sauf si j'y trouve une superbe opportunité de travail qui me permettra de très bien gagner ma vie. J'adore New York, je m'y suis fait de très bons amis et j'ai l'impression que ma personnalité colle davantage avec la culture américaine qu'avec la culture française. Il y a un rapport à l'argent beaucoup plus décomplexé qui me plaît ici et j'ai peur de l'ennui si je rentre à Paris, alors qu'à New York, il y a en permanence de nouveaux challenges à relever.”

Pour aller plus loin : Partir à l'étranger à la fac : comment ils en ont profité en master / Comment trouver un stage aux États-Unis / Partir étudier aux États-Unis : comment ils sont entrés à Harvard ou au MIT

Sommaire du dossier
Retour au dossier Benjamin : “Il a fallu que je parte au Texas pour réaliser mon rêve de viticulteur” Jessica : “Dès le lycée à New York, j’ai créé un réseau francophone de baby-sitting et de cours particuliers” Louis et Olivier : “On a quitté nos emplois dans la banque pour vendre des roses à New York” Geoffroy, product manager chez Foursquare : “À la fin du collège, j'ai créé un site Web de jeux en ligne” Walid, salarié dans une agence de marketing à New York : “Venu pour mes études, j'ai remué ciel et terre pour trouver un stage” Clémence : “J’ai repris mes études pour ouvrir une boulangerie française aux États-Unis” Clément : “Je suis parti en stage dans un ranch en Californie faire de l'agriculture biologique”