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Enquête

Des bourses pour attirer les étudiants en médecine à la campagne

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Pour inciter les étudiants en médecine à s’installer dans les zones en manque de médecins, un texte de loi adopté par l’Assemblée nationale début mars 2009 prévoit la création d’allocations mensuelles en échange de leur engagement. Un système de bourses qui existe déjà depuis quelques années dans certains départements ruraux... Axel, un étudiant en quatrième année dans la Manche, témoigne.

"Petit village de campagne cherche médecin pour soigner population locale. Urgent." Le problème des déserts médicaux ne date pas d’aujourd’hui mais le projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoires" porté par Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, et examiné début mars 2009 par l’Assemblée nationale l’a propulsé sous les feux de l’actualité. Selon le ministère, le nombre de médecins devrait baisser de près de 10 % dans les dix prochaines années. Les nombreux praticiens formés dans les années 60 et 70 vont partir à la retraite. Le peu d’étudiants formés dans les années 80 et 90 ne pourront pas les remplacer. Et les effets de la hausse régulière du numerus clausus (soit le nombre annuel d’élèves en première année de médecine autorisés à poursuivre leurs études fixé par un arrêté ministériel), qui devrait se stabiliser à 8.000 places en 2011, ne sont attendus qu’en 2020. Or, dans certaines régions, notamment les zones rurales, les besoins se font déjà sentir… "Dans notre département, il faut parfois parcourir de 15 à 20 kilomètres pour se faire soigner", témoigne le docteur Mireille Janin, directeur adjoint chargé du service PMI prévention santé au Conseil général de Saône-et-Loire.
 

200 bourses de l’Etat pour 2010-2011

 
Pour remédier à ce problème, le gouvernement n’a pas osé revenir sur la liberté d’implantation accordée aux médecins. Et toutes les mesures contraignantes ont été repoussées à 2012. En revanche, un amendement au projet de loi Bachelot a été adopté à l’unanimité à l’Assemblée. Celui-ci porte sur la création "d’allocations" distribuées aux étudiants en médecine qui s’engagent à s’installer dans une zone déficitaire en médecins à la fin de leur cursus. Ces bourses pourront atteindre 1.200 € par mois (une somme réévaluée chaque année) et être versées dès la deuxième année d’études. Si un étudiant touche de l’argent pendant cinq ans, il devra exercer à un endroit donné pendant cinq ans. Roselyne Bachelot a avancé le nombre de 200 allocations en 2010-2011, financées à 100 % par l’assurance maladie. "Cette mesure est une bonne chose à condition que l’on s’assure que les étudiants s’installent vraiment dans les zones déficitaires et non dans des zones déjà bien dotées. Il faut donc une approche d’aménagement du territoire", déclare Jean-Paul Dufregne, président du Conseil général de l’Allier.
 

Opération Wanted

 
Et Jean-Paul Dufregne sait de quoi il parle… En 2006, l’Allier, situé en Auvergne, a lancé "l’Opération Wanted". Son principe : faire (re)venir de jeunes médecins dans un département où l’on attend de 15 à 20 départs à la retraite à partir de 2011 et où l’on compte aujourd’hui moins d’une dizaine d’installations par an (0 en 2007). Un système destiné aux internes en médecine générale, similaire à celui proposé par le gouvernement, a donc été mis en place. "Pendant leurs trois dernières années d’études, ils touchent 38.400 € : 8.400 € la première année (700 € par mois), 12.000 € la deuxième année (1.000 € par mois) et 18.000 € la troisième année (1.500 € par mois). Cela les aide à subvenir à leurs besoins pendant leurs études et à épargner pour s’installer", explique Jean-Paul Dufregne. En échange, les étudiants doivent six ans au minimum de service au département. "Aujourd’hui, six étudiants sont en contrat", indique Jean-Paul Dufregne. Des jeunes gens qui ne viennent pas forcément de la région mais de Paris ou de Tours, par exemple.
 

Une désertification générale

 
L’Allier n’est pas la seule collectivité locale à avoir anticipé son manque de médecins. La Manche avait déjà initié le mouvement en 2005 en proposant une bourse à cinq étudiants par an, et ce dès leur deuxième année (mais sait-on vraiment ce qu’on veut faire en deuxième année ?). En octobre 2008, le Conseil général a même voté l’extension du dispositif aux étudiants dentistes (deux bourses par an). La région Picardie œuvre également dans ce sens. Mais ces mesures incitatives ne suffisent pas toujours… En 2008, aucun étudiant en médecine n’a accepté l’indemnité (pourtant de 36.000 € répartis sur trois ans) offerte par le département de Saône-et-Loire. "Le problème de la désertification des campagnes dépasse le simple cadre médical. Les médecins n’ont pas forcément envie d’aller là où les autres ne vont pas", explique notamment Bertrand Boutillier, du site remede.org. "Il faut revoir toute l’implantation du territoire. Par exemple, il faudrait développer les infrastructures destinées à l’accueil des enfants", précise le docteur Mireille Janin, qui souligne au passage la féminisation de la profession. En attendant, les collectivités locales tentent de favoriser la création de maisons pluridisciplinaires, où médecins, kinés, infirmières et autres professionnels de la santé peuvent se regrouper. Histoire que la phrase – devenue célèbre – de Pierre Morel-à-L’Huissier (député UMP de Lozère), "dans les zones rares, il vaut mieux, aujourd’hui, être une vache qu’un homme", ne soit plus d’actualité.

 

La densité médicale en chiffres
En 2006, on comptait 327 médecins pour 100.000 habitants en France. Cette moyenne devrait chuter à 292 en 2030. Il existe d’ores et déjà des régions sous-dotées (moins de 300 médecins pour 100.000 habitants) comme la Picardie (260 médecins pour 100.000 habitants en 2008), le Centre (271), la Haute-Normandie (275), la Champagne-ardenne (283), la Basse-Normandie (285), les Pays de la Loire (287), la Bourgogne (288) ou l’Auvergne (299). En comparaison, la région PACA (419 médecins pour 100.000 habitants) et l’Ile-de-France (414) sont très (trop ?) bien loties.

 

Sommaire du dossier
« En zone rurale, le champ d’action des médecins est plus vaste »