L'université Montpellier 3 : à chaque public son dispositif pour mieux réussir sa licence

Par Camille Stromboni, publié le 24 Juin 2014
7 min

Expérimenter, adapter, développer… L’université Montpellier 3 tente, via un bouquet de mesures, de lutter contre l’échec en première année de licence. Avec des accompagnements différents selon les étudiants : des grands décrocheurs à ceux qui frôlent la moyenne.

Rattraper les étudiants qui perdent pied. L'université Paul-Valéry - Montpellier 3 s'investit depuis plusieurs années pour diminuer le très fort taux d'échec qui touche les premières années universitaires. "Il n'y a pas de baguette magique, reconnaît la présidente de l'établissement, Anne Fraïsse. Nous développons pour cela un ensemble de petites mesures."

Découvrir l'université en "VIP"

Et cela commence avant même la rentrée de nouveaux arrivants, avec le dispositif "Prépafac". Une semaine de découverte de l'université et de ses méthodes, de manière ludique, à la fin août, ouverte aux nouveaux inscrits – une centaine devraient y avoir accès en 2014. "Il s'agit de découvrir l'université un peu comme en VIP, avant l'arrivée des 20.000 étudiants, décrit Isabelle Faurie, directrice du SCUIO-IP (Service commun universitaire d'information, d'orientation et d'insertion professionnelle).

"Je viens d'une petite ville de l'Aveyron et pour moi la fac, c'est gros. Je voulais avoir des repères avant la rentrée, décrit Julie, 18 ans, qui a rejoint une L1 de lettres modernes après un bac L. Ça m'a permis aussi de découvrir Montpellier, et de créer des liens avec d'autres étudiants. Comme ça on n'arrive pas tout seul."

Une application mobile sur le "campus", préparée par des étudiants de licence professionnelle sous une forme de petits jeux, va en outre être lancée à la rentrée 2014. L'idée : donner aux nouveaux les clés du grand campus de la route de Mende, où s'entrelacent bâtiments, fontaines, patios et de grands espaces de verdures.

Parcours relais : une action pour les grands décrocheurs

Pour les grands décrocheurs cette fois-ci, c'est un "Parcours Relais" qui a été mis en place par l'université. Après les partiels du premier semestre, le service orientation a contacté les étudiants qui ont obtenu entre 2 et 6, afin de leur proposer cinq semaines intensives pour remonter la pente.

"Je savais que je ne réussirais pas forcément du premier coup parce que j'arrivais avec un handicap sur la méthode de travail universitaire, notamment pour la prise de notes", décrit Mathilde, qui a rejoint une L1 d'histoire après un bac technologique en hôtellerie. "J'ai essayé de tenir le rythme mais parfois, je découvrais des cours où j'aurais dû aller... après coup", raconte aussi Mehdi, 18 ans, qui a rejoint une L1 de sociologie après un bac pro en accueil-relations clients et usagers. Résultat : les deux étudiants ont vite été débordés. Ils ont alors rejoint le "Parcours Relais".

Université Paul Valéry Montpellier 3 ©Camille Stromboni - avril 2014 - 3Mathilde a rejoint le "Parcours Relais" et a acquis des méthodes de travail qui l'ont beaucoup aidée. // © Camille Stromboni

La méthode à l'honneur : prise de notes, planning de révisions, manière d'apprendre

"On y apprend les méthodes de travail, comment gérer le stress, comment réviser de manière efficace, se faire des plannings, prendre des notes... On se renseigne aussi sur les métiers, explique Mathilde. Je ne m'attendais pas à ce que soit aussi bien, souligne la jeune fille. Au début, on se comparait un peu aux 'alcooliques anonymes' parce qu'on faisait des petits jeux avec des post-it en inscrivant nos 'petits bonheurs'... Ça paraissait ridicule mais en fait c'était très utile, ça nous a redonné confiance, pour ne pas se démoraliser trop vite ensuite." Mathilde compte d'ailleurs reprendre une première année d'histoire, mieux armée cette fois-ci, tandis que Mehdi a retravaillé son projet et veut se réorienter dans l'animation et le social.

Attention : ce parcours ne sera pas forcément reconduit à l'identique en 2014-2015. En effet, il n'a réuni que 6 étudiants cette année, alors qu'un millier avait été contactés ! "Expérimenter, cela permet ensuite de réfléchir à de meilleures formules. Nous avons accumulé énormément de matériel pédagogique que nous allons essayer de réutiliser pour l'ensemble des étudiants, explique Sandrine Faure-Mayol, chargée d'orientation et d'insertion professionnelle. Nous préparons un kit méthodologique - sur la prise de notes, l'organisation de son temps, les manières d'apprendre efficacement, etc. – avec des fiches, des cartes, des jeux. L'idée est de mettre ces outils à disposition des enseignants et des tuteurs."

"Et pourquoi pas en faire un MOOC sur la réussite en licence ?", envisage Isabelle Faurie, avec ses consœurs montpelliéraines.

Ne pas - trop - viser les décrocheurs potentiels

Faute d'avoir trouvé son public, un autre dispositif a lui aussi dû être adapté : la licence AES en quatre ans, destinée aux bacheliers qui avaient un très fort risque d'échec, principalement issus des filières technologiques et professionnelles. Cette voie sur-mesure n'a recueilli aucune inscription en 2013-2014...

"Quand un bachelier sort du lycée, quoi que disent les chiffres sur sa potentielle réussite, il ne l'entend pas le plus souvent. Il doit être vraiment confronté à l'échec pour recourir aux dispositifs", explique l'enseignante Cécile Poussard. "Beaucoup ne veulent pas être identifié comme 'décrocheur' ou 'en échec'. Nous devons nous adapter", complète Isabelle Faurie.

Résultat : la composante propose pour la rentrée 2014 un "parcours réussite", c'est-à-dire une licence en trois ans mais avec une première année renforcée.

Université Paul Valéry Montpellier 3 ©Camille Stromboni - avril 2014 - 7La bibliothèque de l'université Paul-Valéry avec son escalier, classé œuvre du XXe siècle, suspendu dans le vide. // © Camille Stromboni

Rattraper son premier semestre... en juin !

Dernier dispositif qui pourrait vous intéresser : le "semestre renouvelé". Destiné cette fois-ci aux étudiants "limite", c'est-à-dire qui ont frôlé la moyenne à l'issue du premier semestre (entre 9 et 10/20), il se déroule sur trois semaines organisées en juin, permettant de rattraper ses points pour avoir la moyenne.

Lancé initialement dans deux départements, il est monté en puissance puisqu'il est désormais ouvert dans l'ensemble des disciplines de L1. 130 étudiants l'ont suivi en 2013. "Il s'agit de semaines très intensives, souvent axées d'abord sur la méthodologie, où les étudiants travaillent énormément, entre 6h et 8h par jour le plus souvent", raconte Cécile Poussard.

Les trois quarts des participants 2013 ont ainsi obtenu la moyenne pour valider leur premier semestre. 30 % ont pu passer en deuxième année, la moitié a rejoint une L2 mais avec quelques matières de première année à rattraper, tandis que 20 % ont été recalés.

Résultat : quel taux de réussite ?

Cet investissement de l'université trouve-t-il un écho dans les résultats chiffrés de l'établissement sur la réussite en licence ? Près d'un tiers des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, soit un chiffre proche des autres universités, tandis qu'environ 45 % passent directement en L2.

"Globalement, nous sommes un peu meilleurs que les autres, dans nos disciplines, décrit la présidente Anne Fraïsse. Nous faisons aussi un peu mieux réussir les bacs pro et techno qu'au niveau national. Mais on ne peut considérer cela comme un 'bon' résultat." Le défi ne fait que commencer.

Du coaching en psycho
S'il est une filière qui attire, c'est bien la psychologie, sans pour autant que les bacheliers sachent bien dans quelle voie ils s'engagent. Afin de les aider à tenir le choc et à trouver leur voie, des ateliers de "coaching orientation" sont désormais organisés pour les 750 étudiants de L1. Intégrés dans l'unité de "projet professionnel", ils se déclinent sur cinq séances de 2h, à propos des compétences à développer à l'université, de la méthodologie et de l'orientation dans ses études. Ils sont dispensés par des étudiants de master.

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