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Reportage

L’UPPA : la plus espagnole des facs françaises

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Grâce au programme de mobilité UPPAss, l’université de Pau et des Pays-de-l’Adour rapproche un peu plus la France de l’Espagne. Les étudiants qui franchissent les Pyrénées ont accès à des doubles diplômes et à des stages boosters de CV.

L’UPPA met le cap sur le transfrontalier. L’objectif ? Tirer parti de la proximité de l’Espagne pour enrichir les formations et leur donner une tonalité hispanisante. “Nos étudiants sont prêts à partir étudier aux États-Unis, en Amérique du Sud, éventuellement dans le nord de l’Europe, mais ils ne pensent pas à traverser la frontière.

Un comble quand on sait que l’Espagne est là, de l’autre côté de la montagne”, lâche Jean-Yves Puyo, directeur adjoint de l’UFR langues, sciences humaines et sports, et, depuis juin 2012, chargé de mission transfrontalier. Et Émilie Desconnet, également chargée de mission transfrontalière, d’ajouter : “L’Euskadi [le Pays basque, NDLR] est pourtant la deuxième région la plus dynamique d’Espagne”.

Université -UPPA-Site PauLe site de Pau // © Isabelle Dautresme

L’UPPAss : un passeport pour l’Espagne

Pour leur donner cette envie, l’UPPA a développé le projet transfrontalier UPPAss depuis 2012. L’objectif ? Permettre aux étudiants français de partir en mobilité dans l’une des trois universités partenaires : l’université du Pays-Basque, celle de Saragosse et l’université publique de Navarre. Au programme : doubles diplômes, stages rémunérés, cotutelles de thèses, bourses…

Le principe est simple : les étudiants de la licence 2 au doctorat qui souhaitent profiter du programme de mobilité doivent en faire la demande au bureau des relations internationales. “Les modalités et la durée du séjour dépendent de l’accord passé entre l’étudiant et l’université, précise Émilie Desconnet. Le plus souvent, elle est d’un semestre.”

De son côté, Étienne (photo ci-dessous), jeune diplômé du master LTDT (loisirs, tourisme et développement territorial), a décidé de partir une année complète. “J’avais suivi ma 3e année de licence en Irlande dans le cadre d’un échange Erasmus. J’en suis revenu des fourmis plein les jambes… Si j’ai opté pour le master LTDT de l’UPPA, c’est justement parce qu’il m’offrait la possibilité de décrocher un double master, français et espagnol.”

Université -UPPA-Etienne-UPPAss

En M2, Étienne met alors le cap sur Huesca, une antenne de l’université de Saragosse. “Quand je suis arrivé, je ne parlais pas plus de trois mots d’espagnol. Huit mois plus tard, j’étais capable de soutenir mon mémoire dans les deux langues, face à un jury composé de trois Espagnols et de deux Français”, glisse le jeune homme, un brin de fierté dans la voix.

Un réseau commun d’offres de stages

Olivier (photo ci-dessous), en M2 géographie et aménagement du territoire, a préféré, quant à lui, jouer la carte du transfrontalier dès la première année de master en choisissant de faire son stage dans une entreprise hispanique. “J’ai atterri dans un cabinet d’architecture et urbanisme à Pampelune [31] pour trois mois. Cette expérience m’a tellement plu que je compte passer mon deuxième semestre de M2 à l’université de Saragosse [en Espagne], histoire de décrocher un double master,” lâche le jeune homme.

Université -UPPA-Olivier-UPPAss

Pour aider les étudiants à trouver leur stage, les universités de chaque côté de la frontière ont mis en place un réseau de petites annonces. “Ce qui n’est pas un luxe quand on sait qu’en Espagne, la culture du stage d’études est nettement moins développée que dans l’Hexagone”, explique Jean-Yves Puyo. Autre avantage à partir dans le cadre de l’UPPAss : les stages sont rémunérés, 500 € en moyenne par mois. “C’est d’autant plus appréciable que les entreprises hispaniques ne rémunèrent généralement pas leurs stagiaires”, tient à préciser Olivier.

Employables dans les deux pays

Maîtrise d’une langue, ouverture d’esprit, découverte d’autres cultures… Les avantages à passer la frontière, ne manquent pas. Parmi eux, la question de l’emploi occupe une place centrale. “En partant en stage en Espagne, j’ai ajouté une corde à mon arc. Non seulement je me suis perfectionné en espagnol, mais j’ai appris en plus d’autres manières de faire, d’autres réglementations. Aujourd’hui, je peux décemment prétendre trouver du travail dans les deux pays”, s’enthousiasme Olivier.

Sauf qu’avec un taux de chômage de 26,7% (56,5% pour les moins de 25 ans. Source : Eurostat, septembre 2013), le marché du travail espagnol n’est pas des plus accueillants… Un argument qu’Émilie Desconnet relativise : “Avec 13 actifs sur 100 sans emploi, l’Euskadi est jusque-là relativement épargnée comparé au reste de l’Espagne.” Et Jean-Yves Poyo d’insister : “Sans nécessairement aller travailler de l’autre côté des Pyrénées, un double diplôme augmente l’employabilité des jeunes, y compris en France. Ça fait toujours bien sur un CV !”

En atteste Étienne. Son double master LTDT à peine en poche, le jeune homme a été embauché par une résidence de tourisme dans les Pyrénées. “Je le dois à mon cursus et à ma bonne connaissance des langues !”, affirme le jeune homme. “Bien maîtriser l’espagnol permet, en outre, d’élargir ses recherches à l’Amérique du Sud”, ne manque pas de souligner Jean-Yves Poyo.

Des candidats au départ encore frileux

Malgré les avantages d’un tel programme, les étudiants se montrent encore un peu frileux à l’idée de partir en mobilité. “Le projet n’en est qu’à ses tout premiers pas. Il faut laisser du temps pour que les choses s’installent et que le bouche-à-oreille fasse son travail”.

Côté Espagne, on ne se bouscule pas non plus au portillon. En cause : une maîtrise insuffisante du français. “Contrairement à une idée largement répandue, les Espagnols apprennent prioritairement l’anglais”, explique Émilie Desconnet. Jean-Yves Puyo se veut néanmoins résolument optimiste : “Dans quelques années le dispositif aura pris tellement d’envergure, qu’il faudra sélectionner les candidats”, glisse le responsable du projet un brin facétieux.

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