1. Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne : les doubles licences à l'honneur
Reportage

Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne : les doubles licences à l'honneur

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Étudiants au centre Tolbiac de l'université Paris 1. // © DR
Étudiants au centre Tolbiac de l'université Paris 1. // © DR

Spécificité de l'université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne : son collège de doubles licences, qui permettent de marier deux disciplines issues du droit, de l'économie ou des sciences humaines. Des cursus au rythme de travail soutenu qui donnent la possibilité à leurs étudiants – triés sur le volet ! – d'accéder à une large palette de masters.

L'université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne revendique la forte interdisciplinarité qui s'exprime entre ses murs. L'établissement possède en effet trois grandes familles de disciplines assez proches : droit et science politique, économie-gestion, arts et sciences humaines et sociales.

Pour la majorité des étudiants, inscrits dans une licence classique (monodisciplinaire), cela se matérialise par une unité d'enseignement complémentaire ouverte, où ils peuvent choisir une matière parmi les autres domaines disciplinaires de l'université.

Pas question pour autant de suivre une première année généraliste, mêlant un peu de droit, d'économie et d'histoire par exemple, pour se spécialiser plus tard. Comme dans les autres universités françaises, vous devrez vous décider pour une discipline principale dès la première année de licence. Les réorientations en cours de route et les passerelles d'une licence à l'autre restent limitées.

14 doubles licences réunissent 1.300 étudiants

En revanche, s'il est un endroit à Panthéon-Sorbonne où l'interdisciplinarité prend tout son sens, c'est au sein du collège – historique – des doubles licences ! Histoire-science politique, droit-géographie, droit-philosophie, histoire-histoire de l'art et archéologie, économie-science politique... 12 doubles cursus (1) sont proposés en interne, ainsi que deux avec l'université Paris 3, avec à la clé l'obtention des deux diplômes de licence. Quelque 1.300 étudiants suivaient ces formations en 2013, soit 7 % des effectifs de licence de l'université.

Réservées aux bons élèves

À l'entrée, ces cursus – ouverts le plus souvent dès la L1, et pour certains, seulement à partir de la L2 ou en L3 – sont sélectifs. Ils recrutent sur dossier (avec les relevés de notes du lycée) et lettre de motivation, via le site APB (admission-postbac.fr) pour les bacheliers de l'année, ou avec l'application Sésame pour les étudiants en cours de réorientation. Ces derniers viennent le plus souvent de prépas, comme Jessie et Gaspard, qui ont rejoint la double licence droit-économie après un début en prépa maths sup pour l'étudiante, qui a passé un bac scientifique, et un passage en prépa HEC pour le bachelier ES.

Quel est le profil des étudiants admis dans les doubles licences de Paris 1 ? De bons élèves – forte demande et sélection obligent – issus des séries générales (S, ES, L). "Nous retenons en général l'équivalent des mentions bien au bac, décrit Christine Boillot, enseignant-chercheur qui codirige la double licence droit-histoire de l'art. Nous regardons surtout les résultats dans les matières les plus pertinentes par rapport aux disciplines qui vont être suivies à l'université." L'enseignante reçoit environ 1.600 "candidatures APB" pour 60 places. En histoire-science politique, double cursus le plus demandé, l'université reçoit plus de 4.000 candidatures... pour moins de 100 places !

"Une majorité d'étudiants a eu la mention très bien au bac", décrit de son côté Jessie, en L2 droit-économie. "Ce sont des étudiants sérieux et bosseurs", reconnaît son enseignant Michaël Assous, maître de conférences en économie.

"Il ne faut surtout pas s'autocensurer, ajoute tout de même François, vice-président étudiant qui a lui aussi suivi un double cursus. Les doubles licences, ce n'est pas seulement pour les premiers de classe. Quelqu'un qui a suivi de manière très sérieuse ses cours au lycée a toutes ses chances." Dans tous les cas, prévoyez toujours plan B.

Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne - Centre Panthéon // © Camille Stromboni (oct 2013)
Centre Panthéon de l'université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. // © Camille Stromboni.

Un rythme de travail exigeant

Une exigence de niveau qui s'explique aussi par le rythme de travail qui va vous être demandé en double licence. Si vous ne suivrez pas deux fois plus de cours qu'en licence, cela représente tout de même l'équivalent de 150 % d'une année classique. "Ces diplômes sont exigeants car il faut suivre les matières fondamentales des deux licences et intégrer deux logiques de travail différentes", décrypte Christine Boillot.

"La manière d'enseigner et la progression sur les trois années en droit et en histoire de l'art par exemple, sont différentes, relate l'enseignante. Ce qui peut être difficile pour les étudiants. En droit, beaucoup de travail va leur être demandé d'emblée, tandis qu'en histoire de l'art, il s'agit plutôt de se mettre dans le bain artistique, de manière assez autonome. La charge de travail monte en puissance en troisième année, mais si les étudiants n'ont pas fait la démarche en L1 et L2, ils le payent assez vite."

"Ce n'est pas le rythme de prépa, mais c'est soutenu", témoigne Gaspard, en L2 droit- éco. "Ce n'est pas extrêmement chargé, assure également sa camarade Jessie. C'est juste le rythme de l'enseignement supérieur, en un peu exacerbé, qu'il faut réussir à prendre." La jeune fille apprécie en outre l'ambiance "fac" par rapport à la prépa. "C'est plus facile pour moi, car il n'y a pas l'esprit de compétition qui régnait en prépa, c'est une ambiance d'entraide", commente-t-elle.

Pour bénéficier d'une ambiance de "promo"...

Avec souvent en bonus un esprit "promo". Car si les étudiants de double licence sont mélangés aux autres dans les cours magistraux, ils sont tout de même le plus souvent ensemble en TD. Ils échappent ainsi souvent au sentiment d'être "perdus dans la masse", que peuvent avoir certains étudiants quand ils posent le pied à la fac.

"Nous avons tendance à rester entre nous, même pendant les cours en amphis, parce qu'on forme une petite promo qui se connaît, décrit Jessie. En plus, c'est vrai qu'on est un groupe assez homogène. On est plutôt assidu, on participe en cours et on occupe les premiers rangs des amphis." "Il y a aussi une association étudiante de la double licence qui organise pas mal d'événements, de soirées, et même un week-end d'intégration avec d'autres doubles licences", ajoute la jeune fille. "Et même un voyage de fin d'année, avec les étudiants de droit-histoire de l'art", complète Gaspard.

Plus difficile en revanche : l'organisation. Double licence signifie en effet souvent deux sites d'études différents. "C'est plutôt bien organisé pour aller d'un cours à l'autre, rassure Jessie. On ne fait pas nos emplois du temps, c'est l'université qui fixe nos horaires." "C'est vrai qu'il faut parfois courir un peu, mais on s'y habitue très vite", glisse François.

Pour se garder le plus de portes ouvertes

Outre ces conditions d'études plutôt favorables, les doubles licences présentent surtout l'avantage pour les bacheliers... de ne pas avoir à choisir tout de suite une orientation précise ! "Cela me permettait de garder le plus d'options ouvertes ", explique Jessie, qui se destine pour l'instant au métier d'avocate en droit fiscal. "Cela correspond, dans une forme universitaire, à une alternative aux classes préparatoires [qui mêlent plusieurs matières, NDLR]", reconnaît le président de l'université, Philippe Boutry.

"Il y a une vraie complémentarité entre les matières, apprécie Gaspard, en L2 droit-économie. Par exemple, quand on nous explique la crise financière de 2008 avec le phénomène de titrisation et les fonds d'investissements pour le côté économique, mais aussi la liquidation judiciaire pour le droit". "C'est très enrichissant, en termes de culture générale", résume François.

Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne (Tolbiac) - TD d'économie en double licence droit-économie // © Camille Stromboni (oct 2013)TD d'économie en double licence droit-économie à Tolbiac // © Camille Stromboni.

Une vraie valeur ajoutée pour décrocher une place en master...

Côté débouchés, obtenir deux licences offre avant tout l'accès à une palette de masters plus large. Car comme pour les licences généralistes classiques, la poursuite d'études est l'option principale.

"En droit-économie, je pense que le double cursus sera aussi très utile pour passer les concours de la haute administration, de l'ENA [École nationale d'administration] ou de directeur d'hôpital par exemple", ajoute l'enseignant-chercheur Michaël Assous. Gaspard espère lui tenter les concours Sciences po en fin de licence, ou bien rejoindre un master en droit des affaires. Ces deux cordes à son arc – le droit et l'économie – devraient en effet avoir toute leur importance pour obtenir un master 2 en droit des affaires.

... à condition d'observer une certaine cohérence

En revanche attention, selon votre projet professionnel et le master 2 que vous visez, l'intérêt, ou la "rentabilité" d'une double licence pourront être plus ou moins forts. Certes, "une double licence ne pourra jamais vous pénaliser, note Christine Boillot. Je pense même qu'un directeur de master 2 pourra y voir une compensation, si vous n'avez pas obtenu de mention par exemple, par rapport à un autre candidat." Mais, fait tout de même observer François, vice-président étudiant de l'université, "il ne faut pas croire qu'une double licence excusera une très faible moyenne dans chacune d'entre elles."

Surtout, si vous visez un master de droit pénal par exemple, l'alliance du droit et de l'économie pourra paraître peu utile à un responsable de master 2. Ou "si vous voulez devenir professeur de droit, ce ne sera pas forcément très pertinent non plus", illustre Jessie. La double licence apportera réellement une valeur ajoutée, pour rejoindre un master 2 si cela est en cohérence avec les différentes disciplines concernées. Vous n'êtes donc pas dispensé de bien réfléchir à votre projet professionnel, le plus tôt possible !

(1) À noter, parmi les 12 doubles cursus, figurent deux bilicences – donnant lieu à l'obtention d'un seul diplôme à l'issue des trois ans. Elles seront transformées en doubles licences – donnant lieu, elles, à l'obtention de deux diplômes – à la rentrée 2014.

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