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Présidentielle 2012 : le bilan des réformes du quinquennat Sarkozy

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Plan réussite en licence, réforme du lycée et du bac pro, masterisation, interdiction des stages hors cursus, RSA Jeunes, 10e mois de bourse… En cinq ans, les annonces à destination des lycéens et des étudiants ont été nombreuses. Retour sur les réformes du quinquennat de Nicolas Sarkozy et sur ce que cela a pu changer pour vous.

La réforme du lycée fait partie des gros dossiers du quinquennat écoulé. Après plusieurs rebondissements – manifestations de lycéens, blocages d’établissements, report des premières mesures, consultations partout en France -, Nicolas Sarkozy l’avait présentée lui-même à l’Élysée, en grande pompe, en octobre 2009. Accompagnement personnalisé, orientation choisie plutôt que subie, rééquilibrage des séries du bac …. Bilan de ce qui a été annoncé, de ce qui a été concrétisé et de ce que cela a changé pour les lycéens, concrètement.

Ce qui a été annoncé
La réforme du lycée est initiée dès 2008 par Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation nationale. Mais face aux mouvements qui s’élèvent contre le projet, le ministre annonce, le 15 décembre 2008, son report et de nouvelles discussions à partir de janvier 2009. Richard Descoings, le directeur de Sciences po, se voit alors confier une mission "d’analyse, d’écoute et de proposition" dans les lycées par Nicolas Sarkozy. Il entame un tour de France et crée un site Internet : lyceepourtous.fr.
 
En juin 2009, Luc Chatel, le nouveau ministre de la rue de Grenelle, reprend le dossier de la réforme. Il s’inspire largement du rapport Descoings. Ses objectifs : réduire les inégalités, mieux préparer les lycéens à l’enseignement supérieur, les associer davantage à la vie de leur lycée et passer d’une orientation subie à une orientation choisie et réversible.

Le 13 octobre 2009, Nicolas Sarkozy annonce lui-même une série de mesures : l’instauration de stages passerelles et de remise à niveau pendant les vacances scolaires, une classe de 1re plus générale, du tutorat, un accompagnement personnalisé, des groupes de compétences en langues, plus de culture, des banques de stages en entreprise, la création de nouvelles spécialités en terminale, d’une nouvelle série STI (sciences et techniques industrielles), etc. Une autonomie plus grande doit être laissée aux établissements.

Ce qui a été fait
=> L’accompagnement personnalisé pour tous
Depuis la rentrée 2010, les élèves de seconde bénéficient de 2 heures d’accompagnement personnalisé par semaine. Le dispositif a été étendu à la classe de 1re à la rentrée 2011 et le sera en terminale en 2012. Selon les profils, il s’agit de remise à niveau, de renforcement de connaissances ou d’aide à l’orientation. Une grande liberté a été laissée aux établissements et aux enseignants. L’accompagnement personnalisé connaît ainsi des résultats mitigés.

=> Les enseignements d’exploration
La réforme Chatel inclut deux matières d’exploration en seconde pour que les élèves testent leurs "goûts". Seule obligation : choisir au moins un enseignement d’économie parmi les deux proposés : les sciences économiques et sociales ou les principes fondamentaux de l’économie et de la gestion. La seconde matière choisie peut être scientifique, littéraire, artistique, technologique… En théorie, les enseignements d’exploration ne sont pas censés jouer sur l’orientation en 1re.

Les retours sont globalement positifs sur cette idée. Mais l’offre n’est pas complète sur tout le territoire (le ministère encourage donc la mise en réseau des lycées) et les mentalités peinent à évoluer. Des familles se tournent ainsi vers MPS (méthodes et pratiques scientifiques) avec la série S en ligne de mire. Selon le dernier rapport de la mission de suivi de la réforme, publié le 9 mars 2012, "les lycées qui offrent une série donnée orientent 10 fois plus leurs élèves vers cette série que ceux qui ne l’offrent pas". La mise en réseau des établissements est encore à construire.

=> L’orientation en douceur
Luc Chatel ne concrétise pas l’idée principale de Xavier Darcos : découper l’année scolaire en semestres, avec une semaine de bilan orientation à mi-parcours. En revanche, il met en place une classe de 1re plus générale, avec 60 % de l’emploi du temps dédiés à un tronc commun. Pour faciliter les passages entre les séries (et limiter le redoublement), des stages passerelles et des stages de remise à niveau sont prévus pendant les vacances scolaires pour les élèves qui souhaitent se réorienter ou qui rencontrent des difficultés. Un terrain qui reste à défricher… En pratique, les stages sont peu mis en place.

=> La revalorisation des séries
Selon le dernier rapport de la mission de suivi de la réforme, la série S continue d’être plébiscitée. À la rentrée 2011, un tiers des élèves de seconde l’ont choisie. Néanmoins, la série L progresse légèrement et dépasse les 10 % d’inscriptions après 4 ans de stabilité. Pour revaloriser celle-ci et en faire une "filière d’excellence internationale", un enseignement de littérature étrangère en langue étrangère est créé. De même qu’une nouvelle spécialité en terminale : droit et grands enjeux du monde contemporain.

Comme l’avait souhaité Richard Descoings, la série STI (sciences et technologies industrielles), dont les effectifs ne diminuent plus, est rénovée. Le rapport indique toutefois qu’elle souffre encore "d’un déficit d’image" et "manque d’attractivité". À la rentrée 2011, 3 nouvelles séries de 1re technologique voient le jour : STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable), STL (sciences et technologies du laboratoire) et STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués). Très fier, Luc Chatel a annoncé l’ouverture de classes STI2D dans quelques lycées parisiens prestigieux tels que Louis-le-Grand ou Janson-de-Sailly.

=> Le bac : sécurisé mais inchangé… pour le moment
Les péripéties qui ont entouré le bac 2011 ont poussé le ministère à plancher sur une série de mesures destinées à le rendre moins exposé aux fraudes. Deux rapports ont été publiés le 12 mars 2012 sur ce sujet riche en débats.

=> Les langues : parlons beaucoup, parlons bien
En février 2012, Luc Chatel présentait ses pistes pour repenser l’apprentissage des langues. En attendant la mise en œuvre de ce plan, la LV2 a fait son entrée dans le tronc commun en séries générales, des stages d’anglais ont été organisés pendant les vacances, un enseignement de littérature étrangère en langue étrangère a été créé en L, le site englishbyyourself.fr a été lancé, les groupes de compétences ont eu du mal à se mettre en place… Une rénovation des épreuves de langues au bac, avec une évaluation de l’oral, est également prévue dès la session 2013.

=> La culture au lycée passe bien
Le lancement de la plate-forme de films Ciné-Lycée, avec France Télévisions, et la désignation d’un référent culture dans les établissements n’ont pas posé de problèmes. Reste à monter de vrais projets culturels…

=> L’histoire-géo, les SES et la philo
Ces trois matières ont été particulièrement sous les feux de la rampe avec la réforme du lycée. L’histoire-géo devient une épreuve anticipée en S, comme le français, et passe en option en terminale. Logique, si on veut rééquilibrer les séries. Dans la réforme Darcos, il était même prévu de sortir la matière du tronc commun de 1re. La philosophie est enseignée dès la seconde et la 1re dans des établissements expérimentateurs. Mais il n’y a pas de cours spécifique créé : l’initiation est prévue dans le cadre des cours d’ECJS (éducation civique, juridique et sociale), des enseignements d’exploration en seconde ou du soutien personnalisé.

Enfin, les élèves de seconde étudient obligatoirement l’économie par le biais des SES (sciences économiques et sociales) et PFEG (principes fondamentaux de l'économie). Les enseignants auraient aimé une intégration dans le tronc commun.

Le tutorat en mode diesel
Le tutorat démarre timidement, voire pas du tout, dans les lycées. Celui-ci repose sur le volontariat (des élèves et des professeurs). Pour les enseignants, il s’agit d’un investissement supplémentaire, en plus de leur service. Et les proviseurs sont pessimistes quant à leur motivation. Autres idées à la peine : la banque de stages en entreprise ou le développement de la vie lycéenne.
 
Ce qui a changé pour vous, les lycéens
Le gros changement dans votre emploi du temps reste l’introduction des heures d’accompagnement personnalisé (2 heures par semaine) et, pour les élèves de seconde, des enseignements d’exploration. De quoi tester vos goûts… si un lycée proche de chez vous propose les matières qui vous attirent. A priori, vous êtes aussi plus libre de changer d’avis (et de voie) question orientation. Reste à voir ce que les stages passerelles donneront sur le terrain... Il faut également attendre les résultats des mesures prises pour revaloriser les séries non scientifiques. Les établissements d’enseignement supérieur en recruteront-ils davantage ?

Côté langues, vous êtes censé avoir plus de cours. De même pour l’économie (impossible de passer au travers en seconde) et la philosophie, si vous êtes inscrit dans les établissements qui l’expérimentent avant la terminale. En revanche, si vous êtes en 1re S et que vous voulez continuer à étudier l’histoire-géographie en terminale, vous devrez choisir la discipline en option.

Une politique en faveur de la personnalisation

Au-delà de la réforme du lycée, plusieurs dispositifs ont été mis en place au cours du quinquennat : les internats d’excellence, les ERS (établissements de réinsertion scolaire), le programme ÉCLAIR (Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) ou encore le programme « Cours le matin, sport l’après-midi »… Avec une idée fixe : personnaliser les parcours et les solutions.

70.700 postes supprimés

Entre la rentrée 2008 et la rentrée 2012, 70.700 postes auront été supprimés dans l’Education nationale, avec un pic en 2010 et 2011. (Source : ministère de l'Éducation nationale.)


Pour aller plus loin

• sur les langues au lycée :
Le bilan sur le terrain, trois mois après la rentrée
• sur le tutorat dans les lycées :
Réforme du lycée : des signes encourageants mais de grandes marges de progrès
• sur Educpros :
Bilan du quinquennat Sarkozy. Lycée : une réforme en demi-teinte


Virginie Bertereau
Avril 2012
Sommaire du dossier
Plan réussite en licence : quel bilan pour les étudiants ? Réforme des études de santé : ce qui a changé pour les étudiants Mesures pour l’apprentissage : du mieux pour les jeunes ? Le bac pro en 3 ans : une réforme en 5 ans Le RSA Jeunes : combien de bénéficiaires à la veille de la présidentielle ? Réforme de la formation des enseignants : quel bilan de la masterisation pour les étudiants ? Les stages étudiants : quelles avancées 3 ans après le plan pour les jeunes